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elle était délicieuse ..., C'était du vrai markobrünner.!
Noss riait; joignant alors les mains devant sa bouche, il fit entendre un cri guttural, le cri de la
5 caille qui s'éveille .., , C'était tellement vrai que tout au loin, dans les champs, une caille y fut trompée; s’imaginant voir le jour en pleine nuit, elle chanta* trois fois.
«Que fais-tu donc? dit le jeune homme,
10 — J'avance l'heure, répondit Noss tout joyeux; il est quatre heures * autour de la brasserie.»
En effet, il répéta plusieurs fois le même cri à de longs intervalles, et les campagnes d'alentour semblaient s'animer de mille rumeurs confuses,
15 (Laisse-moi faire,‘ disait-il à Théodore, laissemoi faire....Gretchen va sortir,..Le vieux Reebstock a le sommeil dur il ne s’éveillera pas!»
Et se penchant sur la palissade, Noss imita le
so premier chant du coq, enroué par le brouillard ...grasseyement bizarre, lent et grave; vous eussiez cru voir le coq secouer ses plumes et frissonner sur son perçhoir. Cinq ou six poules
1 markabriünner, a fine species of grape, from which is made the wine of that naïme.
#chanta, wistled, or called—ckanter is used of the natural note of birds in general.
* quatre heures, that is, daybreak, in summer.
4laisse-moi faire, /ef me alone.
Sa le sommeil dur, és & sourd siceper.
descendirent l'échelle du poulailler, regardant la lune au-dessus du toit.
«Oh! mauvais gueux, murmura Théodore, qui donc a pu t’apprendre! de telles ruses !»
Mais Kasper Noss riant, lui dit tout bas: 5
«Ne m'interroge pas....je suis fou! ...»
Les poules, surprises de leur erreur, voulurent remonter l'échelle; mais le fou du village, plein de malice, les chassa et les fit crier. Puis subitement, il imita le chant de l’alouette saluant l'au- 10 rore. Il y mit tant d'amour, que Théodore en avait les larmes aux yeux et se disrit :
«O Gretchen!...viens .... vie ….. Gretchen, mon amour....ma joie,...ma 1..!...Gretchen ....c'est mon cœur qui chante pour toi....c'est1s moi qui t’appelle !»
Il était rentré dans la cour, et le dos contre le mur, la tête inclinée, il rêvait, tandis que Noss déroulait ses gammes frémissantes.
Or Gretchen, un peu surprise, avait entendu la 20 caille dans le vague du sommeil. Elle n’y avait pas cru. Elle avait entendu le coq....et n'y avait pas cru. Puis les poules, et ses yeux s’‘taient ouverts. Aucune lueur ne brillait enrore au volet, elle s'était retournée, rêvant à Théodore. 25 Mais quand elle entendit l’alouette....quand les notes veloutées et tendres arrivèrent à son âme, alors se levant tout doucement, elle se dit :
la pu t'apprendre, can have tausht you.
Le ici
« Oui, c’est le jour !»
Elle passa ! sa petite jupe et fut ouvrir le volet. Théodore l'avait entendue se lever....il tremblait ....il aurait voulu fuir;...mais, au mo-
s ment où le volet s’ouvrit, toute sa timidité disparut ; il se pencha dans la fenêtre, et, malgré un petit cri de la jeune fille, lui saisissant la main:
«Oh! Gretchen.... Gretchen.... dit-il, je t'aime!»
io À peine eut-il prononcé ces paroles, que ses jambes fléchirent. Gretchen, émue comme une tourterelle surprise dans son nid, les joues brûlantes, balbutiait doucement :
«Théodore !...cher Theodore!...»
15 Elle ne put en dire davantage, car le volet du père Reebstock s'ouvrit brusquement au-dessus de la fenêtre, et l’on entendit dans la nuit un juron terrible....un véritable juron allemand suivi de ces mots :
20 (Qu'est-ce que je vois là?»
Tout le monde fut consterné. Théodore et Gretchen tombèrent dans les bras l’un de l’autre, puis ils se séparèrent épouvantés de ce qu'ils venaient de faire. Noss, les bras en l'air, fuyait à toutes jam-
25 bes,® imitant les cris d’un canard poursuivi dans les roseaux par un caniche. Sa voix nasillarde
! passa, tArew on.—fut = alla. | ? ne put en dire davantage, could say no more—en, again with no English equivalent.
3 à toutes jambes, at j'ull speed,
retentissait au loin. Il y avait de quoi rire;! mais Reebstock ne riait pas; aussi le peintre, rabattant son feutre, franchit la palissade et se mit à courir dans les vergers, tandis que Gretchen, toute tremblante, fermait vivement sa fe- 5 nêtre.
«Ah ! brigand, criait nspoue le bras étendu, tu me le payeras !»
Et le gros chien du it réveillé par le tapage, aboyait en secouant sa chaîne. 10 Théodore courut jusqu’au petit jour,? à droite et
à gauche, répétant comme dans un rêve:
«Gretchen! Gretchen! je t'aime!»
Puis il ajoutait :
« Théodore ! cher Théodore !» 15
—et se trouvait le plus heureux des mortels.
Vers cinq heures il rentra chez iui, et quand il se fut couché sur son petit lit, songeant que le vieux Reebstock l'avait peut-être reconnu, et qu’il pourrait bien à l'avenir lui fermer sa porte, cette pen-20 sée le rendit fort triste.
Le lendemain, sa tristesse était plus grands encore.
« Est-il possible d’être aussi malheureux que moi ? s'écriait-il Oh le vieux Reebstock doit m'en 25 vouloir ? terriblement.... Je ne reverrai peut-être plus Gretchen.... Si je pouvais seulement la voir
1 Il y avait de quoi rire, if was laughable.
petit jour, duyéreak. 8 doit m'en vouloir, sust be angry with me.
LT
iii r
encore une fois.,... Mais je n’oserai jamais passer
Et tout en réfléchissant à ces choses désolantes,
il descendit l'escalier et se mit en route au hasard, s regardant de loin la brasserie, la girouette et l'enseigne.
Rien ne paraissait changé.... Tout semblait comme à l'ordinaire. Le pâtre descendait le village en jouant de la cornemuse, et suivi d’une longue
10 file de chèvres et de pourceaux....les jeunes filles se rendaient à la fontaine, leur cuveau sous le bras, et Kasper Noss, étendu sur le banc de la maison commune,! dormait tranquillement le dos au soleil.
15 À force de regarder,? Théodore s'était approché, son carton sous le bras; il passait devant la brasserie, n’osant tourner la tête, quand plusieurs coups retentirent aux vitres. Il s'arrêta tout épouvanté.
«Est-ce moi qu'on appelle ?» se dit-il.
20 Les fenêtres de la grande salle étaient ouvertes, et déjà bon nombre de buveurs se trouvaient attablés. La vieille Berbel® rangeait des pots de lait caillé derrière le fourneau de fonte, et de grandes nappes de soleil, toutes fourmillantes
25 d’atomes, s’étendaient le long des tables et sous les bancs.
! maison commune, ‘own hall.
? A force de regarder—by dint of looking—or, as we say, following his eyes.—carton, his painters’ portfolio.
8 Berbel, dimin. for Barbara.—lait cai!lé, curd, or clabber.
Théodore entra fort inquiet.
Le père Reebstock, revêtu de son habit brun garni de boutons d'acier, était assis contre la boîte ! de l'horloge, en face de la porte. Gretchen, près de la fenêtre, baissait les yeux. On cau. sait.... Personne ne paraissait songer à rien; mais, au moment où le peintre parut sur le seuil, Reebstock, levant les bras vers lui, s'écria :
«Monsieur Théodore, aimez-vous ma fille Gretchen?»
Le jeune homme se sentit pâlir ; il ouvrit la bouche pour répondre et ne put proférer une parole.
Reebstock, la figure ? ouverte et franche, répéta:
«Aimez-vous ma fille Gretchen ? »
Tout le monde était ébahi; chacun, le verre en main, restait dans l'attitude qu'il avait auparavant, regardant tour à tour Théodore, Gretchen et le brasseur. Enfin Théodore, d’une voix étouffée par les battements de son cœur, dit : 20
«Oh! Dieu, si je l'aime! .,.»5
Il regarda Gretchen d'un regard si suppliant que la jeune fille accourut d'elle-même vers lui, et, se jetant dans ses bras, fondit en larmes. Alors le vieux brasseur partit d'un grand éclat des rire :
«Ha! ha! ha!...je savais bien qu'ils s'ai-
1 Ja boîte de l'horloge, 4e clcck-case, ? la figure, here, face, or expression.
4 si je l’aime—a strong asseveration, as: don't Z love her ?
maient! dit-il; ce n’est pas à moi qu'on peut en faire accroire !»'!
Et tous les assistants, le voyant rire ainsi, s'é. crièrent :
5 «Ha! ha! ha!iles' fin, le vieux Reebstock.... il savait tout !
— Eh bien! reprit le brasseur, puisque tu l'aimes tant.... prends-la donc, que diablel*...
prends-la pour ta femme, mais reste avec moi....
10 dans ma maison.»
Puis il ajouta d'un ton plus grave en se rasseyant :
«C'est entendu....vous vous marierez dans quinze jours!»
15 À quoi toute la salle répondit:
«Dans quinze jours nous serons de la noce!»
Ce qui fut fait.
Or, Reebstock eut des petits-fils et des petitesfilles qu’il balança longtemps sur ses genoux. Plus
2otard, étant devenu tout à fait vieux, il dit à son gendre et à sa fille:
« Mes enfants, vous saurez une chose: si nous sommes tous heureux, c’est le ciel qu'il faut en remercier. J'ai entendu le coq chanter avant le
25 jour, et comme je regardais par la fenêtre, je vis Gretchen ouvrir son volet. Alors, j'eus grande
1 faire accroire—to make believe—impose upon,—always of something not true.—en, as heretofore: you can't foolme!
* que diable, what the deuce, meaning, wky not ?
s vous saurez—you shall know, that is: 7'/7 tell you.
envie de me fâcher.... mais la Providence m'éclaira: « Marie-les bien vite, me dit-elle, de peur qu'ils ne se marient tout seuls! ...»
Théodore et Gretchen edmirèrent la sage prévoyance du vieillard, et remercièrent le Seigneur $ D'eu, qui gouverne ici-bas toutes choses comme il convient.
Quand toutes vos passions sont éteintes, dit Christian, quand vous êtes revenu des illusions de la gloire et de la fortune, alors naît dans votre cœur une passion étrange, mystérieuse, aux jouis-
s sances? infinies : l'amour de la pêche à la ligne.
Ah! mes chers amis, vous ne connaissez pas le bonheur de suivre le bouchon sur la rivière, de le diriger avec adresse au bord de l’écume tournoyante, ou sous les grands saules, entre les roches
1o moussues, où s’embusquent la truite et le saumon. Vous n’imaginez pas l'émotion du pêcheur, lorsqu'il voit le liége filer sous la vague bleuâtre, qu'il sent le poisson se débattre à l’hamecon et que, d'un vigoureux coup de poignet, il le lance à
istravers les airs sur la prairie, tout frétillant et miroitant au soleil. Non....vous ne vous figurez pas un tel plaisir!
Le plus adroit pêcheur à la ligne que j'aie connu est M. Zacharias Seiler, ancien juge au tri-
1 Grinderwald (Germ. Wald = wood, forest).
3 aux jouissances, descriptive use of à, of or wifh.
OI
bunal de Stantz,! en Suisse, et plusieurs fois membre du grand conseil séant à Lucerne?
Après avoir sommeillé pendant vingt-cinq ou trente ans, aux clameurs de maître Ludwig Kilian, de maître Hemmerdinger et d’autres juris- 5 consultes de l’endroit, le bonhomme avait enfin demandé grâce et jouissait de sa retraite, rue de Kusnacht, près de la porte d'Allemagne, sous la direction de Mile. Thérèse, vieille gouvernante fort dévote, au nez crochu et le menton garnit1o d'une légère barbe grise.
Ces deux êtres calmes; pleins d’indulgence l’un pour l’autre, respectaient leurs manies réciproques ; Mlle, Thérèse veillait à la tenue de monsieur, repassait son linge, avait soin de renouveler 15 sa provision de tabac, enfermé: dans un grand pot de grès qu’elle humectait de temps en temps; puis elle était libre de songer à ses oiseaux, de lire ses heures,‘ d'aller à la messe.
Maître Zacharias approchait de la soixantaine ; 20 il portait perruque, et n'avait d’autre distraction que de cultiver quelques fleurs, et de lire la gazette.
La première fois qu’il eut l’idée d’aller pêcher
1 Stantz, a town in the canton of Unterwalden.
? Lucerne, capital of the canton of Lucerne—a beautiful city and favorite resort.
s demandé grâce, retired.— maître is here a professional epithet, like our ‘‘squire.”
‘ses heures, 4er prayer-book,
si ps ‘e F4 À a
Éanhentis
ai jen Heu
à la ligne et qu’il se pourvut d’une gaule, d’un grand chapeau de paille, d’un sac à pêche et autres accessoires, ce fut une véritable affaire d'État. Durant quinze jours Mlle. Thérèse ne 5 sut où placer ces nouveaux objets ; elle murmura, elle eut des impatiences et dut se confesser! dans le mois une ou deux fois de plus qu'elle n’en avait l'habitude... puis, tout rentra dans l’ornière.
Seulement, lorsque monsieur voulait faire un
ic tour de promenade à la pêche, l'excellent homme, qui déplorait lui-même sa faiblesse, contemplait ie ciel d’un œil mélancolique et se prenait à dire :
«Il fait bien beau ce matin, Thérèse .... Quel
istemps! Nous n’aurons pas de pluie d'ici trois semaines.» *
Thérèse le laissait languir un instant, puis, déposans son tricot ou son livre d'heures, elle allait chercher le sac à pêche, la camisole et le
20 grand chapeau de monsieur.
Alors, la figure de maître Zacharias s’animait ....ilse levait et disait:
« Je pars! vous avez une excellente idée, Thérèse.... Je vais à la pêche.
25 — Oui, monsieur; mais vous serez de retour à sept heures, les soirées sont fraîches.
— Bah! voilà deux mois que je ne tousse plus
1 dut se confesser, 4ad to go to confession—the idea being that she had lost her temper more than once.
# d'ici trois semaines, jor three weeks to come.
.... Vous avez mis une croûte de pain dans le sac ....€et ma petite bouteille, Thérèse?
— Ne vous inquiétez donc pas, monsieur....
Est-ce que j'oublie jamais quelque chose!»
Elle l'aidait à s’affubler de son costume, et 5 lui, ne se possédant plus! de joie, murmurait avec impatience :
«C'est bien....c'est bien ....merci....je suis prêt.»
Enfin, prenant sa gaule, il descendait l'escalier. 10 Thérèse, à la fenêtre, le regardait s'éloigner jusqu’à ce qu’il fût hors de la porte d'Allemagne; alors elle se rasseyait gravement et reprenait son ouvrage. Lui, tout en marchant, pensait:
«Thérèse aimerait mieux me voir assis au1s bureau, à lire mon journal....mais le moyen de rester * chez soi par un temps pareil. ... Eh! eh! Zachaïias, tu ne sens plus tes jambes....Oh! la verdure ....le grand air!»
Et il allongeait le pas dans le petit sentier qui 20 traverse les hautes herbes dans les glacis. Illui semblait déjà voir la rivière ....les grands arbres tamisant l’ombre et la lumière autour de lui; il lui semblait respirer l’âpre parfum des mousses, du lierre, la résine odorante des sapins.... 1125 entendait le murmure lointain des eaux, et le sifflement des sources vives au sortir des roches.
Une heure après, son rêve était une réalité...
1 ne se possédant, #eside himself.
3 le moyen de rester, £ow stay at home,
ES NE ER EE on Ro
pi ‘
EF
‘1 prendre .... Après les avoir lavées dans la source
RS
et, chose bien rare, une réalité plus complète que le rêve lui-même!
Oh! c’est que la nature des grands bois, avec | ses halliers touffus, ses éclaircies lumineuses, ses s torrents resserrés dans les gorges profondes, et | ses immenses perspectives dans les vallées désertes — avec ses mugissements sonores, ses chants | d'oiseaux, différents à toutes les heures du jour | — c'est que la nature des bois, la grande nature, ne se laisse point égaler par l'imagination de | l'homme: toujours du nouveau, toujours de l'imprévu—aujourd’hui et hier ne se ressemblent pas—Le sublime artiste ne se repose je mais.
Un jour du mois de juillet 1845, le sac à pêche 15 de maître Zacña-‘ias se trouva si plein de petites truites saumonées, vers trois heures de l'aprèsmidi, que le bonhomme ne voulut plus en
voisine, et les avoir enveloppées soigneusement 20 d'oseille des prés et d’orties, pour leur conserver
de la fraîcheur ; après avoir replié sa ligne et s'être
lavé les mains, il éprouve. le désir de faire un bon
somme dans les bruyères .... La chaleur était |
excessive : il voulut attendre que les ombres se 25 fussent allongées, pour remonter la côte de Bigel- | berg.
Ayant donc cassé sa croûte de pain et humecté ses lèvres d’une gorgée de Rikevir,! il gravit à
AE
1 Rikevir—German Rickweiher—a wine named from the
quinze ou vingt pas au-dessus du sentier, et s'étendit à l'ombre des sapins sur la mousse, les paupières appesanties.
Jamais le vieux juge n'avait eu si sommeil; * l’ardeur accablante du soleil, dardant ses longues flè- 5 ches d’or dans l'ombre des bois, l'immense murmure des insectés sur la côte, dans les prairies, sur les eaux ; le roucoulement lointain des ramiers blottis sous le dôme sombre des hêtres et des chênes, formaient une si grande harmonie, que l'âme 10 de Zacharias se fondait dans ce concert universel .... Il bâilla—entr'ouvrit les yeux, vit une bande de geais traverser le feuillage—puis, s'étant retourné, il exhala un soupir et crut voir le liége de sa ligne tourbillonner et descendre—un saumon 15 était pris—il tirait—la gaule se pliait en demicercle. — Le bonhomme dormait profondément —
il rêvait — et l'immense orchestre poursuivait autour de lui sa musique éternelle. — Et le temps passait ! 20
Un milliard d'êtres animés avaient vécu toute leur longue vie d’une heure, quand M. le juge s'éveilla au sifflement d'un oiseau qu’il ne connaissait pas.
Il s'assit pour voir, et concevez sa surprise : le 25 susdit oiseau était une jeune fille de dix-sept à dix-huit ans, fraîche, les joues roses, les lèvres
district where it is produced ;—known also locally as ‘*Knipperle.” 1 n'avait eu si sommeil, £a never been so sleepy.
LES FIANCÉS DE GKiNDERWALD. 97
vermeilles, les cheveux bruns flottant en longues tresses, le petit nez retroussé, la jupe courte couleur coquelicot et le casaquin de moire bien serré *... une jeune paysanne qui descendait à grands
s pas le sentier sablonneux du “igelberg, un panier en équilibre’ sur la tête et le bras un peu hâlé, mais rond, dodu, gracieusement recourbé sur la hanche,
Oh ! le joli oiseau ....qu'il sifflait bien....et
10 que son petit menton, arrondi comme une pêche, faisait plaisir à voir!
Maître Zacharias se sentit tout ému....un flot de ce sang chaud qui fait battre le cœur à vingt ans, se prit à courir dans ses veines... Il rougit,
set se levant:
«Bonjour, ma belle enfant, » dit-il.
La jeune fille s’arrêta....ouvrit ses grands yeux....le reconnut....(qui ne connaissait pas au pays le bon vieux juge Zacharias?)
2o «Hé! fit-elle avec un sourire, c'est mor‘ieur Zacharias Seiler !»
Le vieillard descendit dans le sentier.... voulut parler.... mais il ne baïbutia que quelques paroles inintelligibles, comme un tout jeune homme
25....Si bien que? la jeune fille parut tout embarrassée, Enfin il lui dit:
«Où donc allez-vous par les bois à cette heure, chère enfant?»
1 en equilibre, #a/anced.
%si bien que, so (wc so) that.
Elle étendit le bras, et lui montrant tout au loin, au fond de la vallée, une maison forestière :
« Je retourne chez mon père, dit-elle, le garde! Véri Foerster, que vous connaissez sans doute, monsieur le juge. 5
— Comment, vous êtes la fille du brave Yéri?
.. Ah! si je le connais.... Un bien digne homme .... Alors vous êtes la petite Charlotte, dont il me parlait autrefois en m'apportant ses procès-verbaux ?? 10
— Qui, monsieur le juge .... Je viens de la ville et je retourne à la maison.
— Vous avez là un bien joli bouquet de fraises, » dit le vieillard.
Elle détacha le bouquet de sa ceinture et le lui rs présentant : ,
«S'il vous fait plaisir, monsieur Seiler ? »
Zacharias fut attendri.
(Eh bien, oui, fit-il, j'accepte....et je vous accompagne .... Je ‘eux revoir ce brave Foerster 20 .... Il doit se faire un peu vieux.ÿ
— Il est à peu près de votre âge, monsieur le juge, dit Charlotte d'un accent naïf....de cinquantecinq à soixante ans. »
Île garde, the warder—or keeper (of forests). Vériis for German Jeremias, our ‘‘ Jerry.” ‘The surname Foerster indicates the hereditary employment: Jerry, the forester, becomes at last Jerry Forster, or Foster. . : à
? procès-verbaux, reports, or accounts.
*il doit se faire, etc., 4e must be getting a little ola,
D De TR
de
ter 20
for ter
Cette réponse si simple ramena le bonhomme en lui-même, et tout en marchant il devint pensif. Que pensait-il? Personne ne le sait... mais combien ....combien de fois il est arrivé qu'un
5 brave et digne homme, qui s'imaginait avoir rem. pli toujours ses devoirs, a fini par découvrir qu'ii avait négligé le plus grand, le plus saint, le plus beau de tous: celui d'aimer ! — Et qu'ilen coûte! d'y penser un peu trop tard!
10 Bientôt maître Zacharias et Charlotte atteigni. rent le détour de la vallée, où le sentier saute pardessus un petit pont de bois et mène à la maison forestière. Ils aperçurent de loin Yéri Foerster avec son large feutre surmonté d'une brindille d
15 genêt, l'œil calme, les joues brunes et les tempes grises, assis sur le banc de pierre près de sa porte; deux beaux chiens de chasse d’un poil roux étendus à ses pieds, et la haute treille montant derrière lui, jusqu’à la cime du pignon.
20 L'ombre descendait alors du Romelstein? en face, et le soleil couchant étendait sa frange de pourpre entre les hauts sapins de l’Alpnach.
Le vieux garde, aux yeux perçants comme ceux de l'aigle, reconnut de loin maître Zacharias et
25 sa fille ; il vint à leur rencontre, et, soulevant son feutre :
« Salut, monsieur le juge, dit-il de l’air franc et
let qu’il en coûte, Æow painful it is.
3 Romelstein—Alpnach, mountains.
cordial du montagnard; quelle heureuse circonstance me procure l'honneur d'une telle visite ?
— Maitre Yéri, répondit le bonhomme, je me suis un peu trop attardé dans la montagne...
Est-ce que vous auriez! un petit coin vacant à 5 votre table, et un lit à la disposition de vos amis?
— Hé! s'écria le garde, quand il n'y aurait qu'un lit à la maison, ne serait-il pas pour le meilleur, le plus honoré de nos anciens magistrats de Stantz? Ah! monsieur Seiler, quel honneur vous 10 faites à l'humble demeure de Yéri Foerster!»
Et montant les six marches de l'escalier:
«Christina .... Christina.... s'écria-t-il, cours à la cave.... M. le juge Zacharias Seiler veut bien ? se reposer sous notre toit.» 15
Alors une bonne vieille femme toute petite, la figure ridée comme une feuille de vigne, mais encore fraîche et riante, la tête surmontée d'une coiffe à grands rubans de moire, parut sur le seuil et repartit aussitôt en murmurant: 20
«Oh! Dieu.... est-ce possible .... monsieur le juge !»
Et bien vite, elle descendit au cellier.
« Eh ! mes bonnes gens,’ disait maître Zacharias, en vérité, vous me faites trop d'accueil.... je2s n'espérais pas....
lest-ce que vous auriez—the form is euphemistically polite; as in English: What might your name be? etc.
? veut bien, condescends—graciously consents.
s Note the gender : donnes gens ; also the idiomatic imperfect, disait,
LES FIANCÉS DE GRINDERWA LD. IOI
— Monsieur le juge, si vous oubliez le bien que vous avez fait, les autres s’en souviennent.» Alors la petite Charlotte, déposant son panier sur la table, parut toute fière d’avoir amené un tel shôte à la maison. Elle sortit le sucre, le café, toutes les petites provisions qu’elle avait achetées en ville pour le ménage. Et M. le juge, regardant son joli profil, se sentit encore une fois ému, son pauvre vieux cœur remuait doucement dans sa spoitrine et semblait lui dire: «Il faut aimer, Zacharias !... il faut aimer! ...il faut aimer! ...» Que vous dirai-je, mes chers amis? Maitre Seiler passa la soirée chez le garde Yéri Foerster, oubliant les inquiétudes de Thérèse, sa promesse 15 d’être de retour avant sept heures, ses vieilles habitudes d'ordre et de soumission.
Représentez-vous la grande salle, le plafond rayé de poutres brunes, les fenêtres ouvertes sur la vallée silencieuse ; la table ronde au milieu, 2ocouverte d’une belle nappe blanche à filets rouges ; l'étoile de la lampe éclairant les graves figures de Zacharias et de Yéri Foerster, la douce physionomie de Charlotte, rose et souriante, et le petit bonnet de dame Christina aux longues 25 ailes! tremblotantes. Représentez-vous la grande soupière au large ventre fleuronné, d'où s'échappe une vapeur appétissante, le plat de truites garni de persil, les assiettes couvertes de fruits et de rayons de miel jaunes comme de l’or.... puis le taux longues ailes, i.e. of ribbons,
digne papa Zacharias présentant tour à tour ces fruits et ces beaux rayons de miel à la petite, qui baissait les yeux, étonnée des compliments et des tendres paroles du vieillard.
Le brave Yéri se redressait tout fier de ces 5 éloges, et dame Christina disait :
«Oh ! monsieur le juge, vous êtes trop bon... Vous ne savez pas combien cette petite nous donne de chagrin.... Elle est si vive, si entêtée quand elle veut quelque chose!... Ah! vous allez 10 nous la gâter avec tant de belles paroles. »
A quoi Zacharias répondait :
« Daine Christina, vous possédez un trésor!.., mademoiselle Charlotte mérite tout ce que j'en dis de bien. » 15
Alors, maître Véri, levant son verre, s'écriait :
«À la santé de notre bon et vénérable juge Zacharias!» Et tout le monde buvait.
Représentez-vous aussi l'horloge chantant les 10 heures d’une voix enrouée : les chiens de chasse se promenant sous la table, happant les os et projetant leurs ombres bizarres sur le plancher... En dehors, le grand silence des bois, le dernier chant de la cigale, le vague murmure de la ri-25 vière.
«Qu'on serait heureux de vivre ici, avec une jeune et jolie compagne, ayant le pain assuré, calmes, tranquilles,! obéissant à sa bien-aimée, un peu folle, capricieuse, mais riante....à quatre 30
1 Note the double sense of on—singular and plural.
Lous tée Allez 10
j'en
it :
Juge
les 20 asse pronier | ri-25
une uré, un atre 30
pas de la rivière, où l’on jetterait de temps en temps sa ligne; à l'ombre des grandes forêts, où se promènerait la chasse du beau-père Yéri Foerster, éveillant les échos d’alentour.... Quel bon- 5 heur! quelle existence!»
Ainsi rêvait Zacharias.
Enfin, entendant sonner onze heures, et sentant la fraîcheur du soir arriver, il se leva. Qu'il était jeune! qu'il se trouvait frais et dispos! avec
roquelle ardeur il aurait déposé un baiser sur la petite main de Charlotte! — Oh! mais il n’y faut pas songer encore .... Plus tard!
«Allons! maître Véri, fit-il, voici l’heure de dormir .... Bonne nuit, et merci, grand merci de
15 votre hospitalité.
— À quelle heure monsieur le juge se lève-t-il ? demanda dame Christina.
— Oh! dit-il en regardant Charlotte, nous sommes matinal. Tel que vous me voyez,! chère
20 dame, je ne me sens pas encore de l’âge: je me lève à cinq heures!
— C'est comme moi, monsieur Seiler, s’écria le garde, je me lève avant le jour; mais on a beau dire c'est fatigant tout de même....on n'est
25 plus jeune, hé! hé! hé!
— Bah! je ne me suis encore senti de rien,
1 Tel que vous me voyez, implies : Though I look a little old.—The phrase nous sommes, etc., is playful, for Z am.
* on a beau dire, sf is no use talking. Note the euphemistic use of the following on = we.
maître Foerster; je n’ai jamais été plus vigoureux. plus alerte.»
Et le voilà qui! monte d'un pas dégourdi les hautes marches de l'escalier. Vraiment maître Zacharias n'avait alors que vingt ans; mais ces 5 vingt ans ne durèrent qu'un quart d'heure; et une fois couché dans le grand lit de plumes, la couverture tirée jusqu’au menton, et le mouchoir noué autour de la tête, il se dit en lui-même:
«Dors, Zacharias, dors; tu es bien fatigué, tu ro as grand besoin de repos !»
Et il allait s'endormir quand, rouvrant les yeux et rêvant à Charlotte, il reprit:
«Non, je ne suis pas las! J'ai vingt ans; oui, mon cœur a vingt ans! Oh! je ne ferai pas las folie de m'’enfermer dans les bibliothèques, de passer ma jeunesse sur les Pandectes et les Commentaires? Je veux aimer, je veux être heureux !»
Et le bonhomme s'endormit profondément. 20 Jusqu'à neuf heures, il ne ft qu’un somme.
Encore fallut-il* que le vieux garde, rentrant de sa tournée matinale, après l'inspection des coupes, des filets tendus dans la rivière, et des lacets dans les broussailles, inquiet de ne pas le voir descendre, 25
! le voilà qui, idiom : and away he goes, etc.
*les Pandectes et les Commentaires, for legal textbooks in general. The Pandects are the body of the old Roman civil law.
* fallut-il, connects with entrât.
entrât dans sa chambre en lui souhaitant le bonjour. Alors, voyant le soleil haut, entendant tous les oiseaux s’égosiller dans le feuillage, le bonhomme, un peu honteux de ses forfanteries s de la veille, se leva, alléguant les fatigues de la pêche et la longueur du souper de la veille.
«Hé! monsieur Seiler, dit le garde forestier, c'est tout naturel; j'aimerais aussi à faire.la grasse matinée,! s’il ne fallait marcher, toujours
iomarcher. Ce qu'il me faudrait, voyez-vous, ce serait un gendre jeune, un solide gaillard pour me remplacer .... Je lui céderais volontiers mon fusil et mon sac.»
Zacharias ne put se défendre d’un grand trouble
isà ces paroles. S'étant habillé, il descendit en silence. La bonne dame Christina l’attendait, Charlotte était partie faire les foins.?
Le déjeuner fut court, et M. le juge, plus grave,
ayant remercié ces bonnes gens, reprit le chemin 20 de Stantz, tout méditatif, se rappelant les inquiétudes qu'avait nécessairement éprouvées Mile. Thérèse, mais ne pouvant se détacher de ses espérances, et des mille illusions charmantes qui venaient d’éclore dans son âme, comme une tardive
25 nichée de fauvettes.
Il est inutile de vous peindre la réception que
l faire la grasse matinée means, to lie late in bed. The expression is founded on the analogy of jour gras, jour maîgre, meaning feast days, fast days.
? faire les foins, fo make hay.
lui fit la digne gouvernante, ses reproches, sa colère même : elle n'avait pas fermé l'œil de la nuit ; elle avait cru Monsieur noyé dans la rivière; elle avait mis dix personnes à sa recherche, etc., etc. 5 M. Seiler écouta ces plaintes avec calme, comme jadis les métaphores d’un avocat plaidant une cause perdue.... Bref, il persévéra dans ses conclusions ; les bouderies de Mlle. Thérèse n’y purent ! absolument rien. 10 | Au commencement de l’automne, il avait telle- 1 ment pris l'habitude d’être à la maison forestière 4 qu'on le trouvait là plus souvent que chez lui, et 4 que le vieux garde ne sachant à quelle ferveur de A pêche attribuer ses visites, se trouvait fort embar-rs5 k rassé de refuser les présents que le digne magis- à trat, du reste fort à son aise, le suppliait d’accep- É ter en compensation de son hospitalité journalière. | Bien plus, M. Seiler voulait partager ses occupations, le suivre dans ses coupes; ? il voulait être 20 de toutes ses excursions dans le Grinderwald et l’Entlibach.5 Véri Foerster, secouant parfois la tête, disait :
« Je n'ai jamais connu de meilleur juge, d'homme plus savant en toutes sortes de choses, plus intègre, 25
In'y purent rien, 4aa no effect.
dans ses coupes, is wood-cuttinys.—être de, fo take part in.
*l’Entlibach (Germ. Bach, #r00k), here proper name, untranslated.
S, Sa de ja ière ;
mme une conpu-
tellestière ui, et ur de
bar. 15 nagis- Ccepilière.
occu-
t être 20 Id et
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plus respectable que M. le juge Zacharias Seiler. Autrefois, quand je lui portais les rapports que j'avais faits, il ne me donnait que des éloges, et c'est à lui que je dois mon grade de brigadier!..., s Mais, disait-il à sa femme, je crois que l'esprit de cet excellent homme déménage?...Ne voilàt-il pas* que, l’autre jour, il veut me prêter la main pour construire la hutte aux mésanges ....il se donne un mouvement, une activité singulières... 10 Et puis ne va-t-il pas * aider Charlotte à retourner les foins, au milieu de tous les paysans qui riaient .... En vérité, Christina, cela ne convient pas... surtout à un tel personnage... Je n'ose le lui dire....il est tellement au-dessus de nous! Et 15 puis, est-ce qu’il ne veut pas maintenant me forcer de recevoir pension‘....et quelle pension...
cent florins par mois !... Et cette robe de soie au’il donne à Charlotte pour le jour de sa fête‘ .... Est-ce qu'on porte des robes de soie dans 20 nos vallées ?... Est-ce qu’une robe de soie convient à la fille d’un garde forestier ?
— Eh! disait la femme, laisse-le faire ....avec un peu de lait....du miel....ce bon M. Zachalbrigadier—in forestry—ckief.
ne voilà-t-il pas, phrase : don't you know.—déménage, is weakening—leaving him. ’ne va-t-il pas, don't he go help C. turnthe hay (to dryitin the sun) the present in vivid expression, for the past.
“recevoir pension, to take pay for his board. “jour de fête, may be éëirfhday or name day (of patron
saint),
rias est content ... Il se plaît chez nous... c'est tout simple ; à la ville il est seul avec sa vieille gouvernante dans sa grande maison ....tandis qu'ici notre petite a soin de lui....il aime à causer avec elle !... Qui sait !...il finira peut-être 5 par l’adopter....et, s'il meurt, elle sera couchée sur son testament. » !
Le garde, ne sachant à quoi s’en tenir,? haussait les épaules ; son jugement naturel lui faisait entrevoir quelque mystère; mais il n'allait point jus-10 qu’à soupçonner la folie du bonhomme.
D'ailleurs, un beau matin, il vit descendre de la côte du Bigelberg une voiture chargée de trois grands tonneaux de vieux vin de Rikevir.
C'était, de tous les présents qu’on aurait pu lui15 faire, le plus agréable; car Yéri Foerster aimait par-dessus tout un verre de bon vin:
«Ça réchauffe, » disait-il en riant.
Et quand il eut goûté celui-là, il ne put s’empécher de crier : 20 «Ce bon M. Zacharias est vraiment le meilleur,
le plus honnête homme du monde .... ne voilàt-il pas qu’il nous remplit le cellier! .... Charlotte, va lui cueillir les plus belles fleurs du jardin .... Tu couperas toutes les roses.... entends-tu ?....25 les plus beaux jasmins....tu en feras un bouquet, et, quand il viendra, tu le lui présenteras toimême .... Dieu, quel vin! quel feu! .... Ah!
1 couchée, etc., set down in his will.
% à quoi s’en tenir, wat to make of it,
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j'aurai donc quelques tonnes de bon vin dans ma cave.... Voilà ce que je désirais depuis vingt ans !... Charlotte .... Charlotte.... dépêche. toi ....il arrive ! avec sa grande gaule.
5 — Oui, mon père.»
En effet, le bon vieux apparaissait sur la côte, à l'ombre des sapins. ... Il marchait d’un pas vif. Du plus loin que Yéri Foerster put lui adresser la parole, levant son verre, il cria :
10 (À la santé du meilleur homme que je connaisse .... À la santé de notre bienfaiteur !» Et Zacharias souriait.
Dame Christina avait déjà mis la cuisine en feu; ? un lapereau tournait àla broche .... on entendait 15 le remue-ménage.ÿ Les yeux du vieux juge brillaient de satisfaction ; mais quand il vit Charlotte, en petite jupe coquelicot, les bras nus jusqu'au coude, courir par les allées du jardin et cueillir des fleurs. ... quand 20 il la vit apparaître avec son grand bouquet, qu’elle lui présenta humblement, les yeux baissés, disant : «Monsieur le juge, voulez-vous accepter ce bouquet de votre petite Charlotte ?» — alors une rougeur subite colora ses joues vénérables, et 25 comme elle se baissait pour lui prendre“ la main : «Oh! non, chère enfant, dit-il, non.... mais
lil arrive, he is coming.
% mis...en feu. Aaa lighted the fire.
8 remue-menage. {4e bustle of preparation.
4 Meaning here, /o kiss his hand.
om,
acceptez de votre ami.... de votre meilleur ami .... un baiser plus tendre. »
Et il l’embrassa sur ses joues roses.
Le vieux garde, riant aux éclats,! s'écria :
« Monsieur Seiler, venez donc vous asseoir sous 5 l’acacia .... venez goûter votre vin.... Ah! ma femme a bien raison de dire que vous êtes notre bienfaiteur !»
Maître Zacharias s'étant assis devant la table de sapin, en plein air, sa gaule contre le mur, Char- 10 lotte en face de lui et Véri Foerster à sa droite, le dîner fut servi et M. le juge se mit à parler de ses projets pour l'avenir.
Il avait des économies? et tenait de sa famille une jolie fortune bien ménagée. Il voulait ache-15
ter quelques cents hectares de bois autour de la vallée .... bâtir à mi-côte une maison forestière.
« Nous serons toujours ensemble, disait-il à Véri Foerster .... tantôt vous chez moi.... tantôt moi
chez vous !» 20 La mère Christina vint à son tour, et l’on devisa de choses et d’autres. Charlotte paraissait contente et Zacharias s’imaginait être compris de ces braves gens.
C'est ainsi que le temps s’écoula, et quand la 25 nuit fut venue, quand on eut bien fêté le rikevir,
1 riant âux éclats,wi/4 a burst of laughter. Note that embrasser means, usually, fo kiss.
3 avait des économies, ad made some savings.
3 À mi-côte, on the hill-side.
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le lapereau de dame Christina et les #wechlein! sau. poudrés de cannelle, M. le juge Seiler, heureux, content, plein des pus riantes illusions, monta dans sa chambre, renvoyant au lendemain sa s grande déclaration, et ne doutant pas d’être agréé.
Il tenait le bouquet de Charlotte à la main, et, quand il fut seul, il se prit à le baiser, pleurant comme un véritable enfant et murmurant :
«Zacharias .... Zacharias....tu seras le plus
Inheureux des hommes....tu vas rajeunir.... et peut-être .... peut-être.... s'il plaît au Seigneur, tu renaîtras dans un petit Zacharias.... ou dans une jolie petite Charlotte, qui viendra sautiller sur tes genoux et te caresser de ses petites mains roses.»
15 À cette pensée le bonhomme s’assit, enivré d'espérance ; il resta plus d’une heure à rêver, le coude au bord de la fenêtre, les yeux tout grands ouverts? écoutant les grenouilles chanter au clair de lune dans la vallée silencieuse. Enfin il se cou-
20 cha vers une heure du matin, et s’endormit comme un bienheureux.
A cette époque de l’année, les montagnards du Härberg, de Kusnacht et des autres hameaux d'alentour, descendent de leurs montagnes vers une
25heure du matin, et viennent faucher les hautes herbes3 de la vallée. On entend alors leurs chants
1 kuechlein (German diminutive), Æftle cakes.
? grands ouverts, wide open.
ë les hautes herbes, f4e high grass, as food for the cattle on the mountains.
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monotones, au milieu de la nuit, accompagner en cadence le mouvement circulaire des faux, les grelots de leurs attelages, et les voix des jeunes filles et des jeunes garçons riant au loin dans le silence. C'est une harmonie étrange, surtout quand la nuit 5 est claire....que la lune brille....et que les gouttes de rosée, tombant du ciel, produisent sur les feuilles des arbres un immense et doux murmure,
Cr, maître Zacharias n’entendait rien de tout 10 cela, car il dormait de toute son âme, quand une poignée de pois, lancée contre les vitres, l'éveilla en sursaut.
Il prêta l'oreille :t entendit dehors, au pied du mur, un: «scit!...scit!...» murmuré tout bas,:1s si bas, qu’on eût dit'le frôlement de quelque oiseau .... Pourtant le cœur du bonhomme tressaillit.
« Qu'est-ce que cela ? » se dit-il.
Après un long silence, une voix douce...,.20 tendre .... reprit:
«Charlotte ....Charlotte....c’est moi!»
Zacha2rias frémit, et, comme il écoutait encore, les yeux écarquillés, le feuillage de la treille s’agita contre les petites vitres, une figure monta zs doucement .... doucement .... puis s'arrêta, regardant à l'intérieur.
Alors le vieillard indigné se leva et ouvrit la fenêtre, que l'inconnu enjamba sans bruit.
l'on eût dit, would have said it was, etc.
« N'aie pas peur, Charlotte, dit-il, je viens t'annoncer une bonne nouvelle .... Mon père sera ici demain....»
Et ne recevant point de réponse, car Zacharias, sla main tremblante, allumait la lampe :
« Où donc es-tu, Charlotte ?
— Me voici,» fit le vieillard en se retournant tout pâle et regardant son rival.
C'était un beau jeune homme, svelte, élancé, 1ol'œil noir bien ouvert, la joue brune, les lèvres vermeilles, couvertes d’une petite moustache, le large feutre incliné sur l'oreille.
L'apparition de Zacharias l'avait surpris au point qu'il restait immobile.
is Et comme le juge élevait la voix:
« Au nom du ciel, dit-il, ne criez pas! Je ne suis pas un voleur...,. j'aime Charlotte!
— Et....elle....elle...? fit Zacharias.
— Elle m'aime aussi....Oh! vous n'avez rien
20 à craindre si vous êtes un de ses parents.... Nous nous sommes fiancés aux fêtes de Kusnacht .... Les fiancés du Grinderwald et de l'Entlibach peuvent se visiter la nuit.... C'est un usage de l'Unterwald....Tous les Suisses savent cela !
25 — Yéri Foerster.... Yéri....le père de Charlotte ne m'en avait rien dit....le malheureux!
— Non....il ne sait pas encore nos fiançailles, fit l’autre d’un ton moins haut; quand je lui ai demandé sa permission l’année dernière, il m'&
godit d’attendre....que sa fille était encore trop
jeune....alors....nous nous sommes fiancés tout seuls....Seulement, comme je n'avais pas le consentement de Foerster .... je ne venais pas! la nuit.... C'est aujourd’hui la première fois....Je voyais Charlotte à la ville....les jours de marché 5 ...mais le temps nous paraissait long à tous les deux....si bien que j'ai fini par tout avouer à mon père....Il m'a promis de voir Yéri demain ....— Et que voulez vous, monsieur! je savais que cela ferait tant de plaisir à Charlotte que je 10 n'ai pu m'empêcher de venir lui annoncer cette bonne nouvelle. »
Le pauvre vieux tomba sur une chaise et se couvrit le visage des deux mains, comme abîmé de douleur. 15
Oh! qu'il dut souffrir?..., que d’amères pensées durent traverser l’âme de cet homme de bien! .... quelle triste déception, après tant et de si douces espérances !
Quant au jeune montagnard, il n'était pas ras- 20 suré non plus; appuyé contre le mur, les bras croisés sur la poitrine, il se disait :
«Si le vieux Foerster, qui ne connaît pas nos fiançailles, arrive, il me tuera d’abord .... sans
rien écouter .,...c'est sûr!» 25
lje ne venais pas; the imperfect shows the meaning to be: 7 never came o' nights.
* qu'il dut souffrir, what he must have suffered, 8 non plus—not more—not.,, either.