‹ Contes forestiersChapitre 11 sur 21 · POMMES SAUVAGES · texte numérisé non relu

POMMES SAUVAGES

rience allait se renouveler, quand derrière nous, au tournant du chemin, une rude voix d'homme grogna :

— Ah! mâtine, c'est comme ça que tu te donnes de l'air pendant que je me décarcasse!... F.. .-moi le camp à la carrière, et vivement... Et que je t'y reprenne à margauder avec les polissons du bois!...

En un clin d'œil elle fut sur pied et, sans même se retourner, décampa à toutes jambes par les friches. Après m'avoir jeté un méchant regard, l'homme la suivit en grommelant je ne sais quoi entre ses dents.

Je demeurai ébaubi sur l'herbe jonchée de pommes. Quand je fus certain que le farouche carrier était loin, je me levai à mon tour et m'enfonçai sous bois. Mais j'étais tout autre au retour qu'au départ. Comme Eve, j'avais goûté au fruit défendu; un monde nouveau m'était révélé et je sentais en moi l'aiguillon de la puberté soudainement éclose...

Je n'ai jamais revu la fille du carrier. Je l'avais parfaitement oubliée, quand l'apparition de ce

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