‹ Contes forestiersChapitre 14 sur 21 · I. ! IHI.INnUANT 2' M · texte numérisé non relu

I. ! IHI.INnUANT 2' M

Le dimanche suivant, au marin, le clocher Je Bay égrena dans l'air bleu ses claires sonneries qui s'envolèrent à la débandade par-dessus les bois ensoleillés. De tous les chemins de la foret, les fidèles débouchaient, se dirigeant vers l'église où stationnaient déjà des théories de fillettes en blanc et de garçonnets en blouse ou en veste neuves. Parmi ces populations très pieuses de la montagne langroise, la première communion est une fête de famille autant qu'une fête religieuse. Les parents les moins pratiquants se feraient scrupule de ne pas accompagner leurs enfants à la grand'messe. M. Fréchingle seul, n'ayant point de progéniture, avait profité de la circonstance pour aller passer vingt-quatre heures à Langres. Dans

l'église bourrée de paroissiens, la cérémonie commençait. A travers les portes closes, le majestueux ronflement des orgues et les chœurs de voix enfantines arrivaient jusqu'à la place solitaire et baignée de soleil.

Une heure après environ, les rares vieillards impotents qui étaient demeurés dans les logis voisins, virent avec stupéfaction deux gendarmes bien astiqués et gantés traverser la place au pas cadencé de leurs bottes d'ordonnance et se poster de chaque côté du portail, immobiles et sérieux comme des statues. Ils y restèrent une bonne heure sans bouger. Enfin, les cloches carillonnèrent de nouveau, un dernier chœur de cantiques retentit sous la nef, puis les portes s'ouvrirent, livrant passage aux fidèles qui se répandaient bruyamment sur les degrés du modeste parvis.

Dans le flot des paroissiens on distinguait la haute taille de Mammès Pitoiset. Revêtu de son vieil habit de noce, il donnait la main à sa fille cadette engoncée dans sa robe blanche et il tournait joyeusement la tête pour inviter Mme Pitoiset à jouer des coudes afin de sortir au plus vite. Il

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était déjà sous le porche, quand une poigne vigoureuse s'abattit sur son épaule et le brigadier Bleigcr lui dit avec un léger accent alsacien :

— Minute, Pitoisct... au nom de la loi, je vous arrête!

En même temps, il exhibait le mandat du parquet.

Pitoiset pensa tout d'abord à bousculer le brigadier et à jouer des jambes; mais le second gendarme ne lui en laissa pas le temps et l'empoigna à son tour.

Abasourdi, le délinquant écarquillait les yeux et balbutiait:

— Allons donc, un jour pareil!... C'est pas une chose à faire! Vous n'allez pas me mener en prison?

— Pouvez-vous, objecta le brigadier, payer trois cents francs, plus les frais de capture?

— Pas seulement trois cents sous!

— Alors, en route pourLangresL. Vous vous expliquerez avec M. le procureur impérial...

Pitoiset pâlissait et suppliait :

— Non, le jour où ma gâchette fait sa pre-

mière communion, vous n'aurez pas le cœur de m'arracher d'auprès d'elle, brigadier Bleiger!

Tandis qu'il murmurait cela d'une voix étranglée, la petite l'embrassait par la taille et sanglotait, la femme Pitoiset se répandait en menaces et en lamentations et toute la paroisse faisait cercle autour d'eux. Les dévotes criaient au scandale, la place entière était en rumeur et les gendarmes, déconcertés, commençaient à craindre quelque bagarre quand, attiré par ce tapage, le curé apparut sous le porche et s'enquit de la cause de ce tumulte inconvenant. Vingt voix irritées le mirent au courant de ce qui se passait. Très digne, le prêtre interpella le brigadier. Il lui fit honte de se poster à la porte de l'église pour happer au passage un malheureux qui venait d'unir ses prières à celles de sa fille. C'était un excès de pouvoir, presque un sacrilège!... Làdessus, il ajouta qu'il se portait caution pour Pitoiset et invita les gendarmes à surseoir à l'arrestation jusqu'à ce qu'il en eût référé lui-même à l'autorité judiciaire.

Que faire? Devant cette attitude du curé et de

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la foule, le brigadier et son subordonne jugèrent prudent de ne pas insister; ils lâchèrent Pitoisct

et s'éloignèrent au milieu d'un brouhaha de protestations indignées...

Ce fut le lendemain, à Langres, que M. Frcchinglc apprit l'insuccès de ses poursuites et le scandale qui s'en était suivi. Le curé avait immédiatement écrit à l'évêque pour se plaindre de la quasi profanation de son église. Monseigneur, à son tour, avait porté plainte à la sous-préfecture. Cela se passait dans les premières années du second Empire, à l'époque où l'autorité laïque ménageait fort le clergé. Huit jours après, mon patron recevait de son chef de service une formidable semonce et YoAdministraiion, blâmant le zèle intempestif de son préposé, lui infligeait un changement de résidence.

M. Fréchingle céda aux objurgations de sa femme et demanda sa mise en non-activité. Mais le plus curieux, et ce qui prouve combien la routine du devoir professionnel avait fini par borner étroitement le cerveau de mon patron, c'est qu'il n'a jamais compris combien son procédé était

odieusement barbare. Il est mort en regrettant de n'avoir pas fait incarcérer le délinquant et en déplorant l'inconcevable faiblesse de YoAdministration.

La Comtesse Minna

La Comtesse Minna

Ç^&^S n causait de voyages et de villégia-

WA)$ tures.

0^tIîh4* — Moi, dit notre ami Jacques, je suis allé revoir la forêt de Fontainebleau. Était-ce l'effet de l'extraordinaire sécheresse de cette torride année, ou bien, en vieillissant, suis-je devenu moins facile à l'enthousiasme? Je ne sais, mais dussé-je passer pour un philistin, je suis forcé d'avouer que la royale forêt, ou ne chantent ni les sources, ni les oiseaux, n'a plus comme autrefois

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