‹ Contes forestiersChapitre 15 sur 21 · I O LA COMTESSE MINNA · texte numérisé non relu

I O LA COMTESSE MINNA

charmé mon cœur de forestier. En dépit de ses majestueux horizons, de ses monumentales futaies et de ses arbres historiques, elle m'a laissé froid. La main de l'homme l'a, à mon goût, un peu trop apprêtée et accommodée pour le plaisir des yeux. Les flèches bleues et rouges du Sylvain Denecourt s'y multiplient avec une agaçante complaisance; on y rencontre trop de buvettes en plein air, aux endroits pittoresques; trop de bourgeois venus pour y déjeuner en pique-nique. Même en ses beautés, elle a quelque chose de romantiquement théâtral qui choque ceux qui aiment surtout dans la nature le recueillement, le mystère et l'inattendu. Combien je préfère à Fontainebleau l'intime forêt mouillée de Compiègne, avec ses profondes allées silencieuses, ses sources vives, ses hêtraies vigoureuses, ses hameaux et ses étangs enclavés dans les bois!

Je ne pensais pas ainsi aux environs de 1866, quand dans Barbison non encore modernisé et embourgeoisé, je venais passer quelques jours de vacances avec les camarades qui travaillaient en forêt. Nous étions là une douzaine d'artistes et de

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