LA COMTESSE MINNA
poètes, logos dans une étroite auberge qui a disparu. Tous jeunes, amoureux de nature, d'art et de beaux vers, nous ne nous préoccupions que de gravir le plus vite possible le rude et chimérique escalier de la gloire et, comme dit la chanson de Robert Burns: ce Nous sifflions sur le reste! » De ces joyeux coureurs de bois qui tenaient leurs assises sous les futaies du Bas-Bréau et dans les gorges d'Apremont, combien, hélas! manquent aujourd'hui à l'appel! Deux sont morts fous, un troisième dort dans le petit cimetière de Barbison ; les événements de 1870 ont désagrégé et disséminé le reste de la bande. Mais en ce temps-là, tous étaient allègres, pleins de sève et de vivaces espérances. Chaque soleil d'après-midi nous retrouvait récitant des vers ou chantant des chœurs à travers bois. Le soir, accoudés à la table de l'auberge, nous nous livrions à d'orageuses discussions esthétiques qui se prolongeaient jusque passé minuit.