LA COMTESSE MIN N A
Chez tous ces jeunes gens de vingt-cinq à trente ans, si l'art était la pensée dominante, l'amour aussi tenait sa place et jetait une note discrète. A notre cénacle masculin, une femme se mêlait parfois : une jolie personne un peu énigmatique, à laquelle un demi-mystère ajoutait une séduction plus attirante. Elle habitait une sorte de villa à la lisière delà forêt et elle était connue sous le nom de la ce comtesse Minna ». Elle avait pour mari ou pour amant — on n'était pas bien fixé là-dessus — un certain comte Stepanovitch, un de ces grands seigneurs slaves très affinés, très épris de belles choses, qui se mêlent d'art et de littérature en dilettantes, avec une merveilleuse facilité d'assimilation et une irrémédiable médiocrité
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d'exécution. Ce comte Stepanovitch faisait un peu de peinture, et un séjour de six mois à TÉcole l'avait mis en relations avec quelques-uns de nos amis. Pour le quart d'heure, il se trouvait absent, des affaires d'intérêt l'ayant rappelé en Serbie; mais celle qui passait pour sa femme séjournait encore dans la maison où il avait installé son atelier.
La comtesse Minna courait sur ses vingt-quatre ans. C'était une Viennoise souple et câline, à la taille élancée, aux épaules tombantes; une créature pâle aux traits délicats, avec des yeux gris limpides comme l'eau d'un lac et une magnifique chevelure blonde. Ajoutez à cela un espritcultivé, une certaine grâce caressante et un joli timbre de voix. Il en eût fallu moins pour émouvoir nos cœurs et nous étions tous peu ou prou amoureux d'elle. Tout en nous traitant en camarades, elle dispensait avec une égale mesure ses sourires à chacun de nous et savait allier une habile coquetterie à une prudente réserve. Elle nous accompagnait souvent en forêt, partageait notre enthousiasme et prenait part à nos discussions, mais