‹ Contes forestiersChapitre 3 sur 21 · OO LA ROSEL1ERE · texte numérisé non relu

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le nez long et fin, la moustache en brosse et la bouche dédaigneuse qui m'avaient frappé autrefois. Seulement, l'homme avait vieilli et sa moustache grisonnait.

— Pardon, repris-je en soulevant mon chapeau, n'est-ce pas à M. de Nonsart-Cressolle que j'ai l'honneur de parler?

— Parfaitement, monsieur, répliqua-t-il d'un ton moins rogue ; vous me connaissez donc ?

Je lui rappelai dans quelles circonstances je l'avais vu, puis revenant à mes premières préoccupations, je lui demandai si j'étais encore loin de Vivey. Il me répondit d'abord par un sifflement ironique :

— Vous en êtes à trois lieues et vous n'y arriverez qu'à la nuit serrée, en supposant que vous teniez bien votre chemin, ce qui est douteux.

— N'y a-t-il pas près d'ici un village où je pourrais coucher?

— Il y a Santenoge, à une lieue, mais l'auberge est un ignoble cabaret.

Il parut réfléchir un instant, puis, me tapant sur l'épaule :

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— Vous ave/ une figure qui me revient!... Faites-moi le plaisir Je venir chez moi... La Koselièreestà une portée de fusil... Vous y souperez mal et vous aurez un lit dur, mais ça vaudra encore mieux que le cabaret.

— Merci, monsieur, murmurai-je.

— Merci, oui, hein?... Allons, en route!...

Nous enfilâmes sur la droite un chemin bordé de tilleuls. Dix minutes après, nous débouchions en face d'une maison de paysan, passablement délabrée, couverte en lave et flanquée d'un pigeonnier. En arrière, un jardinet et un bout de pré descendaient jusqu'au ruisseau, dont on entendait le glouglou dans l'ombre.

— Voici ïhousteau, dit ironiquement M. de

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Nonsart-Cressolle... Ça n'est pas riche, mais on y est reçu de bon cœur.

Il me précéda dans un couloir obscur qui séparait l'é table de l'habitation et, ouvrant une porte, m'introduisit dans une grande pièce éclairée par le brasillement d'une cheminée ou flambaient des ramilles.

— C'est-y vous, monsieur de Nonsart? grogna une femme accroupie devant l'âtre où le plat du souper cuisait dans la co quelle. Au fumet qui s'échappait du couvercle entr'ouvert, on subodorait un civet de lièvre.

— C'est moi, Reine, et je t'amène un convive... Allume la lampe!

Reine obéit, tout en continuant de ronchonner. A la clarté du lumignon, je vis une femme de quarante ans environ, brune, maigre, avec des sourcils rejoints et de petits yeux perçants. Je pus en même temps constater que la pièce où je me trouvais servait à la fois de cuisine, de réfectoire et de chambre à coucher, car, dans une encoignure, une alcôve à rideaux de cotonnade rouge laissait apercevoir un lit garni. Sur la table

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massive, la nappe était mise, et Reine — sans Joute la servante-maîtresse dont j'avais ouï parler jadis — y déposa la lampe.

— Tiens, dit M. de Nonsart en se débarrassant de son carnier d'où il tira deux canards sauvages, mets ça dans le garde-manger... Ajoute un couvert, et vivement!... Monsieur doit avoir appétit, et moi je tombe de faim.

Il me fit asseoir, et tandis que Reine apportait la soupière, mon hôte tourna la tête et parut chercher quelqu'un des yeux. Je m'aperçus alors qu'il y avait, en face de moi, un quatrième couvert.

— Eh bien! demanda brusquement M. de Nonsart, et Désirée?...

— Me voici! répondit une jolie voix claire, qui semblait venir du couloir. — En effet, la porte entre-bâillée livra passage à une jeune fille de dix-huit ans, qui entra une lanterne à la main.

— Où étais-tu donc? reprit mon hôte d'une voix singulièrement radoucie.

— Je l'avais envoyée traire la vache, murmura Reine.

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M. de Nonsart fronça les sourcils et darda sur sa gouvernante un regard irrité.

- — Sacredieu! jeté l'avais pourtant défendu!. Ce n'est pas la besogne de cette enfant-là...

— Oui, grommela Reine en dressant le civet, on sait que c'est une duchesse!

— Duchesse ou non, je ne veux pas qu'elle traie la vache... La Zénobie est méchante et Désirée risque d'attraper un coup de corne.

— Mieux vaut que ce soit moi, n'est-ce pas donc? riposta sarcastiquement la servante.

— Assez!... Viens, ma gâchette ; assieds-toi près de moi et mange ta soupe...

En même temps il prenait dans ses deux mains la tête de la jeune fille et lui baisait le front. Tandis que sa caresse se prolongeait d'une façon quasi amoureuse, Reine, derrière lui, ricanait, haussait les épaules, et je surpris un regard haineux, lancé en dessous, à l'adresse de Désirée qui, après s'être laissé mignoter avec une moue d'enfant gâtée, s'était assise en face de moi. J'avais plaisir à reposer mes yeux sur cette fillette aux fins cheveux châtains crêpelés. — Mince,

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svelte, à peine formée, avec des prunelles bleues un peu mystérieuses, un nez retroussé aux narines mobiles, une bouche boudeuse, elle avait la grâce et la pâleur rosée d'une anémone des bois.

— C'est la fille d'un vieux camarade, me dit M. de Nonsart en manière d'explication; son père s'est tué en ébranchant un arbre et elle n'a plus de famille... Je l'ai prise chez nous où sa mignonne frimousse met un peu de gaieté et me rajeunit...

Nouveau haussement d'épaules de Reine, qui manifesta sa mauvaise humeur en posant violemment le civet sur la table; après quoi, elle nous tourna le dos et alla s'accroupir sous la cheminée.

— Reine, cria M. de Nonsart, tu ne viens pas souper?

— Merci, je n'ai pas faim.

— Tu boudes contre ton ventre? A ton aise! Il y eut un silence gênant. Je commençais à

deviner un drame domestique entre l'ancienne maîtresse qui se voyait peu à peu supplantée, et

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cette jeunesse qui prenait chaque jour plus d'empire sur le maître vieillissant. Pour rompre les chiens, je dis en dégustant ma part de lièvre :

— Voilà un civet exquis!... Je vois que vous êtes toujours chasseur, monsieur de Nonsart...

— Oui, répondit-il avec une nuance de mélancolie; seulement, je ne suis plus locataire de la chasse... Les temps sont durs et ma bourse est à sec... Bah! ça ne m'empêche pas d'attraper du gibier à la barbe des gardes. Ils ont beau m'espionner, je me fiche d'eux et je leur rafle leurs plus belles pièces..., Si vous venez me revoir en février, je vous ferai manger du chevreuil... J'en connais un que je pincerai un de ces jours...

— C'est vous qui serez pincé une belle nuit, monsieur de Nonsart! grommela Reine qui s'était levée pour desservir... Donnez-vous de garde et méfiez- vous!...

Tout en parlant entre ses dents, elle coulait vers lui un méchant regard oblique, plein de menaces...

— Allons nous coucher! interrompit mon hôte en allumant une lanterne...

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