‹ Contes forestiersChapitre 8 sur 21 · IO · texte numérisé non relu

IO

guérie en me tournant vers le seul amour qui ne trompe pas.

— Lequel? demanda naïvement Manette en écarquillant les yeux.

— Je vous l'expliquerai plus tard... En attendant, ajouta-t-elle après avoir embrassé tendrement l'abandonnée, vous vivrez avec moi, je vous aimerai comme Dieu veut qu'on aime ceux qui peinent et je ne vous mettrai jamais à la porte...

Cette chaude pitié toucha plus Manette que tous les sermons des curés. Elle s'attacha à Sidonie comme un bon chien. Elle se donna à elle corps et âme et Sidonie la donna à Dieu. Elles demeuraient ensemble, au grand scandale du village, et Manette obéissait docilement à sa protectrice.

A cette époque, Sidonie s'était mis en tête un ambitieux projet. Sur l'un des versants de la gorge de Vivey, il y avait une chapelle en ruine, dédiée autrefois à sainte Claire. Ce sanctuaire délaissé jouissait néanmoins encore d'une antique réputation de sainteté. On prétendait que jamais les araignées n'avaient osé y ourdir leur toile. Si-

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donie, en souvenir de la vierge qui fut l'amie de François d'Assise, rêvait de restaurer et de rendre au culte la chapelle de sainte Claire. Elle s'était abouchée avec un maître maçon et lui avait, avec cette éloquence que donne le cœur, persuadé de fournir gratuitement les moellons destinés à réparer la ruine. Un bûcheron, dont elle avait guéri l'enfant, lui promit à son tour de raccommoder la charpente. Pour parfaire les fonds indispensables, la pauvre fille ne rougissait pas d'aller mendier de village en village. Manette entra dans ses vues et, à elles deux, elles déployèrent tant de zèle, multiplièrent si bien les pas et démarches qu'au bout d'un an elles réunirent assez d'argent pour décorer l'autel.

Déjà les murs étaient relevés, la toiture achevée et recouverte de lave. Mais les courses par la neige et la pluie avaient rudement éprouvé le fragile corps de Sidonie, et elle se sentait sérieusement malade. Pourtant, un matin d'avril, elle voulut porter sur l'autel de la sainte les premiers muguets du printemps, et elle partit courageusement par un temps brouillé de nuées. Elle eut une

grande joie à voir la petite chapelle tout embellie et embaumée par les muguets. Mais quand elle s'en revint, les nuées crevèrent; elle rentra au logis trempée jusqu'à la peau, grelottant la fièvre. Manette la força de se coucher, et, à peine au lit, le délire la prit. Elle parlait tout haut à sainte Claire, et la remerciait d'être venue la chercher pour l'emmener en paradis. Et, avec un tendre sourire sur les lèvres, elle répétait : « Amour, amour, mon Jésus désiré, Jésus, mon époux, je te demande la mort en t'embrassant! »

Le lendemain, la pluie avait cessé, le soleil avait reparu clair et beau, et Sidonie était morte. Le corps presque redressé, le visage transfiguré par une joie surhumaine, elle gisait sur sa paillasse de bruyères. Soudain, un vent très vif poussa les battants de la fenêtre, et, éparpillées par cette brise printanière, des fleurs de cerisier, des fleurs d'aubépine neigèrent sur le lit de leur sœur Sidonie, comme pour célébrer ses noces mystiques avec l'époux de ses rêves.

Pommes sauvages

Pommes sauvages

u printemps dernier, lorsque j'ai aperçu à Torée d'un bois, parmi les lisières verdissantes, la rose floraison du pommier sauvage, l'odeur fine des corolles éparses a réveillé en mon cerveau de lointains souvenirs, et j'ai senti refleurir, comme aufà-Ride rougissants boutons, mes premières émotions ondoiescent, pendant les après-midi passées en un bois qui appartenait à ma famille. Nous avions, nous

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aussi, un pommier sauvage étendant à la lisière du taillis ses branches noueuses sur l'herbe courte d'une friche embaumée d'origan et de serpolet. Notre arbre robuste et haut en branches était le parangon des fruitiers du voisinage. Ce pommier paternel faisait mon orgueil ; j'avais lié amitié avec lui et une bonne partie de mes jours de congé s'écoulait tantôt à l'ombre de ses frondaisons généreuses, tantôt à la fourche de sa plus haute ramure d'où l'on découvrait, d'un côté, la forêt onduleuse et moutonnante; de l'autre, les friches mamelonnées, les blés roux et les colzas dorés de la plaine, puis à l'horizon les cimes bleutées de l'Argonne, semblables à une mer vaporeuse.

Au printemps, c'était délicieux de grimper dans le pommier et de s'y bercer, noyé par la houle des floraisons blanches et roses, dont les pétales vous frôlaient les tempes et dont la molle senteur vous emplissait les narines. Des milliers d'abeilles gourmandes bourdonnaient emmi les branches; aux entours, des rossignolades d'oiseaux fusaient de la forêt : sifflets des merles, trilles des fauvettes, gazouillis des mésanges, rap-

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