‹ Contes forestiersChapitre 9 sur 21 · PO M M ES SAUVAGES · texte numérisé non relu

PO M M ES SAUVAGES

pels des huppes, le tout entrecoupe par la mystérieuse mélancolie de la chanson du coucou.

En automne, c'était une autre jouissance non moins vive, encore que plus matérielle. Les petites pommes aux tons verts et cramoisis, à l'odeur musquée, foisonnaient aux noeuds des branches; je les happais à la volée et j'en bourrais mes poches, tandis que les feuilles déjà jaunissantes s'éparpillaient dans l'air humide et que les coups de fusil des chasseurs pétillaient dans la plaine.

Un jeudi, par un tiède soleil d'arrière-saison, j'étais juché sur mon pommier, — faisant ma cueillette et grignotant les petites ce pommes de bois )) dont la verte saveur m'emplissait la bouche d'une eau parfumée. Des grives chantaient dans les alisiers; le bleu pâli du ciel automnal me souriait à travers les ramures déjà plus claires; une odeur anisée de champignons émanait des taillis, et je me sentais vaguement attendri à la pensée que la belle saison tirait à sa fin. Tout à coup, du pied de l'arbre, une voix caressante et hardie monta :

— Elles sont mûres, les pommettes, dites?

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