‹ Contes français (volume 2)Chapitre 12 sur 43 · ET · texte numérisé non relu

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l'autorité des femmes celto-lygilnnes

Chez les Celto-Lygiens de l'antiquité les femmes avaient dans la société une autorité qu'on ne leur reconnaissait pas dans d'autres pays.

Elles intervenaient dans certains débats, avaient voix consultative, et prépondérante même, lorsqu'il s'agissait de faire la paix ou la guerre. On raconte que dans maintes circonstances les hommes se rendirent à leur opinion d'une manière éclatante et solennelle.

Leur autorité était rattachée par la tradition à un événement que les conteurs spécifiaient de la manière suivante en l'enjolivant de plus ou moins de détails dramatiques.

Un jour il survint des contestations entre

deux villages au sujet de la possession de certains pâturages dans lesquels les troupeaux trouvaient une abondante nourriture. On discuta beaucoup, chacun voulut avoir raison de son côté et on ne put arriver à s'entendre.

Chaque village fît part au voisin de la discussion qui était pendante ; la chose prit de grandes proportions, les uns étaient pour ceux-ci, les autres pour ceux-là ; bref, il arriva un moment où les populations étaient partagées en deux camps absolument hostiles.

Bien plus, la passion, s'y mettant on passa de la discussion à la dispute, aux gros mots, aux injures. Et môme, les têtes s'échauffant, on se menaça de part et d'autre d'une manière très violente.

La question ne pouvant rester pendante, il fut résolu qu'à un certain jour des experts se réuniraient pour la trancher; mais chacun de son côté étant fermement résolu à ne pas avoir tort. On se disposa donc dans les deux camps à venir en armes au rendezvous.

Il était évident pour le moins clairvoyant qu'il y aurait collision et qu'une véritable guerre civile allait s'allumer.

DES PUOVENÇÀUX DE L'ANTIQUITÉ 3j

Pendant ce temps les femmes qui ne s'étaient pas mises en colère aveuglément comme leurs maris, déploraient la triste tournure que prenaient les choses et cherchaient à calmer les disputeurs sans pouvoir y parvenir. Cependant elles ne perdaient pas courage et se promirent bien de ne pas aisser leurs parents s'entr'égorger ainsi d'une aussi absurde façon.

Donc le jour de la grande discussion, c'està-dire de la bataille, étant arrivé, elles suivent leurs maris. Au moment où les deux partis, les armes à la main, se mesuraient de l'œil et allaient fondre l'un sur l'autre pour commencer une lutte homicide; voilà qu'elles passent subitement de chaque côté du dernier rang au premier.

Là ayant établi une séparation vivante entre les adversaires, elles demandent, chacune à son mari ce qu'il veut, ce qu'il a à dire dans cette affaire. Elles arrivent ainsi à' connaître d'une manière parfaitement précise le détail de la discussion, c'est-à-dire, les revendications des deux partis.

Aussitôt elles chargent d'un commun accord quelques-unes d'entre elles de juger la question et de régler le différent.

Les unes et les autres sont vite entendues sur les faits et décident que ceci appartiendra à tel village, que cela appartiendra à tel autre, que telle ligne de démarcation existera et ne sera pas franchie, etc. Bref, elles terminent par un arrangement amiable ce qui allait entraîner inutilement une effusion de sang.

Une fois la décision rendue, le traité fut ratifié séance tenante ; et en définitive tout le monde fut content. Chacun se félicita en lui-même de la tournure qu'avait pris l'événement.

Or, comme nos ancêtres étaient généreux et faciles à l'enthousiasme, on vota par acclation que désormais les femmes seraient consultées de droit dans les graves questions de paix ou de guerre.

Elles de leur côté, elles eurent soin de ne pas laisser tomber le droit qu'on leur conféra, à cette occasion, en désuétude. Aussi désormais elles l'exercèrent lorsque cela fut nécessaire.

C'est en exécution de ce privilège que lorsque Annibal traversa nos pays allant d'Espagne en Italie, il accepta la clause qui spécifiait que toutes les fois qu'il s'élèverait

un conflit quelconque entre ses troupes et les populations Celto-Lygiennes, c'est au tribunal des femmes qu'il serait soumis.

Comme je le disais ailleurs (Origines de la race provençale, p. 108), on prévoit à priori que si les juges du sexe féminin étaient disposés à être sévères contre ceux qui s'attaquaient aux récoltes de la campagne et aux animaux domestiques , cette magistrature avait un fond d'indulgence pour les larcins amoureux surtout si le mariage pouvait être l'arrêt prononcé pour vider le différend.

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