‹ Contes français (volume 2)Chapitre 15 sur 43 · LE MARIAGE DE PROT1S ET GYPTIS · texte numérisé non relu

LE MARIAGE DE PROT1S ET GYPTIS

En Tan 599 avant J.-C, les Phocéens qui, on le sait, descendaient des habitants de l'Attique ou de l'Ionie, et qui s'étaient établis depuis assez longtemps sur les côtes de l'Asie- Mineure, eurent le désir d'accroître leurs relations maritimes avec les pays de l'Europe occidentale.

Les Phocéens formèrent donc le projet d'établir un comptoir sur les rivages de la Gaule, et, comme la religion tenait une grande place dans leur société, ils commencèrent par consulter les dieux.

Or la réponse des dieux ayant été favorable, une expédition composée d'hommes et de femmes, emportant les instruments, les

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plantes, tout enfin ce qu'il fallait pour fonder une colonie, se mit en route. Cette expédition était placée sous les ordres d'un chef que les uns appellent Protis, d'autres Euxène, d'autres enfin Simos.

Les émigrants touchèrent d'abord à Ephèse où l'oracle avait prescrit d'aller prendre une personne que Diane leur désignerait, et qui se chargerait de la direction spirituelle de l'expédition.

Pendant que les Phocéens étaient à Ephèse, un phénomène surnaturel se passa : une des principales prêtresses de Diane, qui s'appelait, dit la légende, Aristarché, vit en songe la déesse qui lui commanda de prendre une des statues et d'embarquer sur le navire qui allait fonder une colonie sur la côte ligurienne.

Outre la statue de Diane, la prêtresse prit une portion du feu sacré qui brûlait à perpétuité dans le sanctuaire du temple, afin qu'on pût établir sans retard un culte régulier de la déesse dans le nouveau pays.

Ainsi munie de tout ce que le temporel et le spirituel réclamaient pour la réussite de l'entreprise, l'expédition fit voile vers les côtes de la Gaule.

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Elle aborda dans la baie de Marseille qui était désignée dans l'esprit de son chef depuis bien avant son départ ; car il faut ajouter, toujours d'après la légende, qu'un navire phocéen qui , en revenant des Colonnes d'Hercule, avait été atteint dans ces parages d'une furieuse tempête avait trouvé dans la baie de Lacydon un refuge excellent et avait rapporté dans la mère-patrie la notion d'un pays favorisé à tous égards par tout ce qui pouvait en faire un lieu de promission.

Protis arriva donc avec son navire et son monde dans la baie de la future Marseille.

Or il s'agissait d'obtenir tout d'abord l'autorisation du roi des Ségobriges qui régnait dans le pays pour y fonder une ville, de sorte qu'aussitôt après être arrivé, Protis se mit à même d'aller voir ce chef ségobrigien.

Pour cela faire, il se revêtit de ses plus beaux habits et se fit accompagner sinon précéder par les cadeaux les plus agréables aux naturels de la contrée. Quelques objets d'utilité ou de luxe bien brillants, des étoffes de couleur voyante, et du vin ou telle autre liqueur fermentée, bien certainement.

Précisément, ce jour-là, le vieux roi ségo-

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brigien, qui s'appelait Mann, Nan ou Cénoman, suivant les conteurs, et qui avait pour unique héritière une fille du nom de Gyptis pour les uns, du nom de Péta pour les autres, avait résolu de prendre un gendre afin d'avoir un successeur mâle et une descendance assurée.

La coutume du pays voulait que ce choix fut l'objet d'une grande cérémonie que voici : tous les jeunes gens de marque du voisinage qui désiraient obtenir la main de la fille étaient venus en habit de fête; un repas solennel était servi, et tous les étrangers avaient le droit d'y prendre part à titre égal. Après le repas, la jeune fille apparaissait tout à coup parée de ses plus beaux ornements, et elle allait offrir une coupe pleine à celui que son cœur avait choisi.

Le fait de la présentation de la coupe était significatif. L'heureux élu devenait mari de la reine future et, par conséquent, roi désigné du pays ségobrigien, après la mort de son beau-père.

Gyptis, frappée de la beauté, de l'air noble, de la vaillante tournure de Protis, lui présenta la coupe.

Au lieu de satisfaire les vœux d'amour

ou d'ambition de quelqu'un d'entre de ses compatriotes, d'un de ses compagnons d'enfance, la belle provençale préfe'ra donner son cœur, sa main, son trône futur à un séduisant étranger qu'elle voyait ce jour-là pour la première fois.

Grande fut la surprise et l'émotion de tous, on le comprend facilement. Les nombreux amoureux délaissés furent vivement blessés, sans doute.

Mais le vieux Mann, très superstitieux par ailleurs, au lieu de se fâcher, trouva au contraire dans cet événement conduit par le pur hasard et absolument imprévu un ordre de la divinité pour bien accueillir les Phocéens. Ce fut à ses yeux un présage surnaturel évident pour la prospérité de sa descendance et de son pays.

Dans une pareille disposition d'esprit, il consentit au mariage, et il donna à Gyptis pour dot le pays désiré par les étrangers; de sorte que la ville de Massalie se trouva fondée ainsi la première année de la quarantecinquième olympiade (499 ans av. J.-C).

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