‹ Contes français (volume 2)Chapitre 18 sur 43 · LA RANÇON DE ROME · texte numérisé non relu

LA RANÇON DE ROME

Les Massaliotes racontaient dans l'antiquité, avec une satisfaction facile à comprendre, que Marseille avait rendu à Rome un immense service dans une circonstance terriblement grave. L'existence même de la ville éternelle était compromise sans leur intervention généreuse, disaient-ils, d'une manière absolument affirmative.

Toute improbable, et même certainement inexacte qu'elle soit, peut-on dire, quand on y regarde un peu de près, l'aventure est assez intéressante pour mériter d'être rapportée en détail.

On va voir avec quel art et quelle habileté

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elle était arrangée par les ancêtres des Marseillais pour avoir les apparences suffisantes de la réalité.

Lorsque l'expédition phocéenne qui venait fonder Massalie fut arrivée dans le bassin de la Méditerranée, disaient les Massaliotes, apportant avec elle non seulement les colons destinés à la nouvelle ville, mais encore et, ce qui était plus précieux, la statue de Diane d'Ephèse, placée sous la garde d'Aristarché ; une inspiration de la déesse leur suggéra l'idée de commencer au préalable par faire acte d'amitié avec la ville naissante de Rome, dont les Dieux avaient lié le destin avec le destin de Massalie, d'une manière intime.

Les Phocéens firent donc voile vers l'embouchure du Tibre ; ils furent accueillis très sympathiquement par le roi et le peuple, et après avoir accompli des cérémonies religieuses imposantes, Massaliotes et Romains se jurèrent une amitié réciproque pour le présent et l'avenir.

Puis les Phocéens firent voile vers la côte où devait s'élever leur nouvelle ville métropolitaine ; et nous savons comment par le fait d'un hasard mille fois heureux, Protis devint

Tépoux de Gyptis, Massalie sortit victorieuse de toutes les embûches si nombreuses et si variées que lui tendirent les Celto-Lygiens.

Or tandis que Massalie se développait d'une manière très heureuse et voyait la fortune lui sourire, Rome subissait de dures épreuves ; son territoire était envahi par les Gaulois qui vinrent assiéger la ville de Romulus et qui même l'emportèrent d'assaut.

On sait combien le malheur fut grand, Brennus implacable déclara qu'il lui fallait une rançon considérable et que si elle n'était pas fournie immédiatement, il détruirait Rome de fond en comble.

Or il faut dire que, juste à ce moment, les Massaliotes, qui étaient aussi pieux vis-àvis des dieux que loyaux amis vis-à-vis de leurs alliés, avaient envoyé une députation de notables à Delphes, pour accomplir un vœu fait par la population à Appolion.

Les députés massaliotes quirevenaientdans leur pays, après avoir déposé dans le temple du Dieu du jour de riches ex-votos, et fait des sacrifices solennels, eurent la bonne pensée de passer à Rome, pour dire une fois

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de plus aux Romains combien leur affection e'tait toujours vivace.

On devine sans peine combien les Massaliotes furent touchés de compassion en apprenant les grands malheurs de Rome; la prudence leur aurait peut-être commandé de ne pas témoigner aux Romains une sympathie qui pouvait attirer contre Massaiie l'animadversion de Brennus victorieux. Mais les liens d'amitié qui existaient entre les deux villes étaient si étroits, que la générosité fut plus forte que la crainte des dangers qu'on pouvait courir en plaignant les vaincus.

Brennus voulait de l'or, les Romains avaient déjà donné tout celui qu'ils avaient; et le barbare ayant jeté au dernier moment sa lourde épée dans le plateau de la balance, pour que le prix de la rançon fut impossible à fournir.

L'effort suprême fait par Rome pour sa libération était impuissant. Le barbare triomphait, il allait avoir le grand bonheur de mettre ses menaces à exécution, la ville éternelle allait mourir irrémissiblement à son immense joie.

Poussés par un sublime mouvement, les

députés Massaliotes ne craignent pas, dans ce moment solennel, de demander résolument à Brennus combien ii voulait encore d'or "pour laisser vivre leur allié.

Le brutal vainqueur aussi cupide que farouche leur fixa en ricanant la somme la plus élevée qui lui vint à la pensée, persuadé qu'il découragerait ainsi leur générosité ; mais son étonnement fut grand quand il vit les Massaliotes lui répondre aussitôt : C'est bien, nous vous paierons cette somme si vous voule\ vous retirer sans brûler la ville.

La haine du sauvage contre Rome était grande, mais son avarice était plus grande encore ; aussi l'amour du lucre l'emporta, et il accepta le marché.

Les députés Massaliotes laissèrent des otatages entre les mains du gaulois tandis qu'une partie d'entre eux partit en toute hâte pour Massalie, où ils racontèrent les malheurs de Rome, leur alliée, aux timouques et au peuple assemblé.

D'un commun accord tous les Massaliotes résolurent de fournir la rançon; chaque habitant apporta sur la place publique tout l'or qu'il possédait.

Aussi dès le soir même jour les députés

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firent, en toute hâte, voile vers l'embouchure du Tibre. La rançon de Rome fut paye'e par eux et Brennus aveuglé par un si riche butin consentit à se retirer sans de'truire la ville éternelle.

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