QUATRIÈME PARTIE
CONTES POPULAIRES DES PROVENÇAUX DE L'ANTIQUITÉ SE RAPPORTANT A LA PÉRIODE GALLO-ROMAINE.
ans cette partie du présent recueil j'ai réuni les contes des Provençaux de la période gallo-romaine que j'ai pu recueillir. Ils ne sont ni aussi nombieux, ni aussi variés que ce que j'aurais voulu, mais les exigences du format de la collection de M. Ernest Leroux ne m'ont pas permis de faire cette partie plus longue.
Toute restreinte que soit la série de con-
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tes de cette partie, elle nous montre, je crois, la transformation profonde qui se produisit dans la population de notre pays lorsque les Massaliotes et les Romains se furent ligués pour asservir les populations celtolygiennes.
Ajoutons qu'un œil exercé pourrait déjà pressentir dans la tournure des idées de ces contes populaires, que le temps où Massalie serait à son tour absorbée sous Phégémonie romaine, c'est-à-dire que, d'alliée flattée avec soin qu'elle avait été, elle allait devenir une simple cité de l'empire romain, sans plus conserver aucune autonomie politique, n'était pas éloigné.
C'est en effet ce qui eut lieu, on le sait.
Mais d'autre part, l'histoire nous apprend que, malgré cet événement politique qui priva Massalie de son existence indépendante, le sort des Provençaux, ou si on aime mieux, la spécialité de la contrée, ne devait pas changer.
Cette fois encore, il arriva que les éléments étrangers apportés en Provence, subirent, quels qu'eussent été le mode et les circonstances de leur intrusion, les modifications habituelles, qui firent que bientôt après ils
furent fondus dans l'ensemble provençal et devinrent dissemblables de ce qu'ils avaient été auparavant.
Le premier conte de cette série a pour sujet l'aventure du ligurien de l'armée de Marius qui prit la ville de Gafsa d'une manière si extraordinaire. Le cadre de ce recueil ne me permet pas de raconter que pareil épisode se retrouve nombre de fois dans les contes populaires de l'antiquité, par exemple dans ceux qui ont trait à la légende Sémiramis.
Mais ce qui est caractéristique dans celuici, c'est qu'il s'agit d'un humble devenu tout à coup un grand chef, du fait seul de son intelligence.
On voit dans l'aventure de ce Ligurien, non seulement cette idée qui fait sentir combien l'influence démocratique de Massalie la commerçante avait imprimé son cachet plus profondément que celle de Rome l'aristocratique dans l'esprit des Provençaux ; mais en outre, on voit aussi percer cette croyo du provençal, qu'on me passe le mot, qui démontre qu'un modeste et grossier paysan fut plus habile, en même temps que plus intelligent, que les gros bonnets de l'armée de Marius.
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Dans les contes de la campagne de Marius en Provence, nous voyons maints sentiments être mis en relief.
C'est par exemple la récompense insigne donnée par le général en chef devant toute l'armée à celui qui pour rester dans le chemin de Thonneur n'avait pas craint de tuer un homme, même alors que cet homme était non seulement son chef hiérarchique, mais encore le neveu du général en chef. Il y a là, on en conviendra, un hommage rendu à la justice en même temps qu'à la supériorité de la démocratie sur l'aristocratie, qu'on ne saurait méconnaître.
Dans le conte des vautours au collier d'or, de Marthe la Syrienne, il y a la mesure du sentiment de la religiosité et de la superstition des Provençaux de l'époque qui nous occupe.
C'est avec grande raison qu'on a dit que lorsque les populations de la Provence , longtemps angoissées par la crainte des Teutons, apprirent que ces ennemis si redoutables avaient été exterminés, elles s'écrièrent : Honneur à Marthe ! pénétrées de respect qu'elles étaient du rôle surnaturel de la Syrienne, alors que l'armée romaine
criait : Gloire à Marius, pénétrée d'admiration qu'elle était pour la brillante stratégie du général.
Le troisième conte, celui du héros de Tauroentum, se rencontre chez les Provençaux Gallo-Romains comme chez les Romains et chez les Grecs, de sorte que sa réalité est plus que contestable ; mais ce n'est pas la question qui nous occupe ici. Le fond de vérité de l'aventure disparaît pour nous devant la production de l'imagination du conteur qui peint l'acharnement belliqueux si improbable d'un guerrier, qui ayant la main droite coupée d'un coup de hache, avance sa main gauche, et puis enfin se sert de ses dents. Pareilles exagérations sont de mise dans la bouche de ceux qui parlent de guerre aux heures tranquilles de la veillée, mais ne se rencontrent pas sur les champs de bataille réels.
Enfin les détails de la mort de Maximien Hercule peuvent être mis à côté des précédents pour appuyer cette proposition : que le goût de l'exagération, l'amour de l'improbable, de l'impossible même, est inné chez les Provençaux en passe de raconter des aventures émouvantes. Les frais que fait
dans ce cas leur imagination pour frapper l'esprit auditeurs sont véritablement étonnants.