EN PROVENCE
La campagne de Marius en Provence lors de Tinvasion des Cimbres et des Teutons fut un fait tellement important dans le pays qu'il dût laisser des traces profondes dans l'esprit de nos ancêtres. Aussi fut-elle l'origine d'une infinité de contes que le populaire répéta pendant longtemps.
Ces contes, quoique ayant subi des variations profondes, sous l'influence des modifications éprouvées par l'état politique ou religieux de la contrée, sont venus en partie jusqu'à notre époque; ils seraient encore reconnaissables, si on s'attachait à les rechercher avec attention.
l36 CONTES POPULAIRES
Je n'ai certes pas la prétention de les rapporter en de'tail, ni même de les citer tous ; mais cependant quelques-uns d'entre eux durent, on le devine, en lisant la vie de Marius racontée par Plutarque, faire une impression profonde sur les Provençaux de la période gallo-romaine.
Et par exemple celui du drame de Trébonius.
Trébonius avait, on le sait, et pour les raisons que spécifie Plutarque, tué Caïus Lucius, neveu de Marius, qui était son chef hiérarchique; il fut traduit en conseil de guerre et allait être condamné à mort, alors qu'en somme il n'était pas coupable, bien au contraire. Mais les juges se souvenant qu'il s'agissait de la mort du propre neveu du général en chef craignaient de lui déplaire par un acquittement.
Or voilà qu'après que la cause eut été entendue par le fait de la déposition des témoins, Marius se lève, prend une des couronnes qu'on décernait dans l'armée romaine à ceux qui avaient fait une belle action, couronne qui était en tout comparable, pour l'honneur qu'elle conférait, aux décorations qu'on porte de nos jours sur la poitrine, et
DES PROVENÇAUX DE L'ANTIQUITÉ I 3j
il la place sur la tête de Trébonius en lui disant : Soldat, tu as agi en brave, ton général te donne la récompense que tu as méritée.
Il y a aussi une histoire de vautours à collier d'or dont parle Plutarque, et qui apparaissaient à l'armée toutes les fois qu'un succès devait être obtenu sur l'ennemi.
Enfin, il y a le fameux récit qui se rapporte à Marthe la Syrienne, et qui a fait une telle impression sur l'esprit de nos ancêtres, qu'il s'est transmis d'âge en âge jusqu'à nous, des détails si remarquables, si saisissants, que pour ma part j'en ai été frappé profondément.
Les limites de ce livre ne me permettent pas de rapporter le détail de ce récit des faits et gestes de Marthe. Je renvoie le lecteur à mon étude sur les réminiscences populaires de la Provence où, dans le chapitre consacré à la Tarasque, j'ai dit ce que je pensais à ce sujet.