‹ Contes français (volume 2)Chapitre 32 sur 43 · LA PROUESSE DU COMTE BÉRENGER · texte numérisé non relu

LA PROUESSE DU COMTE BÉRENGER

Bérenger,. comte de Provence, fit un jour un acte de prouçsse très remarquable que voici : Il y avait une impératrice d'Allemagne, belle, sage, honnête, qui eut le mal>heur d'inspirer un amour violent à un des gentilshommes de la cour de son mari.

Ce gentilhomme, tout traitre et déloyal qu'il fut, était vaillant, belliqueux et adroit dans tous les exercices du corps, ne connaissant pas de maître dans le jeu des armes.

Comme l'Impératrice indignée des propositions déshonnêtes de cet homme, le chassa de son entourage, il répandit des bruits calomnieux sur son compte, et formula des

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accusations si graves et si précises que la réputation de la pauvre femme fut ternie.

L'Empereur, son mari, ayant la faiblesse de croire à la réalité de ce qui était imputé à sa femme, résolut de la faire juger, et condamner à mort si elle était reconnue coupable.

Le tribunal s'assembla, l'accusateur fut accablant, la pauvre femme innocente ne put pas se défendre d'une manière suffisante, Bref il fut décidé que si dans un délai de dix jours personne ne se présentait pour démontrer, les armes à la main, la fausseté des accusations, elle serait tuée.

Or, le chevalier accusateur était, avonsnous dit, un si terrible guerrier, que plusieurs jours s'étaient écoulés déjà sans qu'aucun des gentilshommes du voisinage eut eu le courage de prendre le parti de l'Impératrice, quand Bérengerj arrivant fortuitement a la cour, apprit ce que nous venons de raconter.

Comme c'était un homme prudent autant que brave, il se déguisa en religieux et demanda à voir la prisonnière qu'il trouva dans les larmes. Il l'exhorta à la piété et à la prière avec une telle onction que l'impératrice, le prenant pour un vrai homme de

Dieu, voulût se confesser à lui. Il apprit ainsi, sous le sceau sacre' du sacrement de la confession, qu'elle était innocente.

Bérenger se retira sans avoir désabusé la pauvre prisonnière sur sa qualité; mais en lui recommandant de prier avec ferveur; et il alla revêtir son armure.

Le dernier jour du délai indiqué par le tribunal était arrivé, l'accusée fut conduite devant l'assemblée des seigneurs. L'accusateur était à cheval dans le champ clos, armé et cuirassé, pour soutenir les armes à la main ce qu'il avait dit contre l'impératrice.

Le bourreau était prêt à exécuter la sentence du tribunal dès quelle serait prononcée, et un hérault fit la sommation d'usage pour demander si personne ne se portait défenseur de l'accusée.

Tout à coup un chevalier armé, visière baissée se présente, et offre le combat pour faire prévaloir l'innocence delà malheureuse qu'on poursuivait à tort.

L'accusateur accepte avec joie le défi, l'assemblée tremble déjà sur l'issue de la lutte, car cet accusateur avait la réputation du plus dangereux adversaire qu'il y eût.

Mais Bérenger, fort de l'innocence de l'im-

pératrice dont il avait reçu la confession, avance avec courage dans l'arène.

Le combat fut terrible, la victoire, d'abord indécise, à cause des prodiges de valeur des deux champions, se décida enfin en faveur de Bérenger, qui terrassa son adversaire et le força à déclarer sa félonie. Le chevalier, convaincu ainsi de son crime, fut pendu et l'Impératrice réhabilitée.

L'Empereur et l'Impératrice voulurent connaître le brave chevalier, qui avait ainsi fait prévaloir les droits de l'innocence. Mais, aussitôt après sa victoire, Bérenger s'était dérobé au triomphe ; et il rentra dans son pays sans que personne eût su que c'était lui qui venait d'accomplir cette belle action*

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