‹ Contes françaisChapitre 3 sur 89 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

nirs. Lorsque ce travail aura été fait non seulement dans nos pays d'Europe et d'Asie, mais encore che\ les races si diverses et si curieuses de V Afrique^ de V Amérique et de VOcéanie, on pourra facilement en tirer des conclusions probantes, certaines, appuyées qu'elles seront par cette connaissance approfondie, alors seulement réellement obtenue.

Cest du reste ce qu'ont fort bien cornpris nos plus savants érudits, les Lie" brecht y les Kœhler, les Rolland, qui pour Vinstant se bornent à faire la monographie de chaque thème légendaire, en en notant le pays, la région géographique, les variantes et les particularités, sans essayer a priori d'en remonter à l'origine, sans y chercher la figure de l'aurore, du soleil, de la lune, de l'ouragan ou de la foudre, comme on s'était trop plu à le faire jusqu'à présent .

C'est dans le but de fournir notre part de documents au travail préparatoire dont nous parlions tout-à-l'heure , que nous publions aujourd'hui celte collection de contes français.

A propos de ce titre Contes fravrçaÂ*,

qiCon nous permette une simple observa* tion. Il a été publié , dans ces dernières années, d'importantes collections de contes et de légendes de plusieurs de nos provinces françaises. Ces recueils formés de contes rassemblés dans une province déterminée, la Normandie, la Picardie, le Béarn, l'Anjou, etc., ont fait croire à beaucoup de personnes qu'il existait pour chacun de ces pays une littérature orale toute différente, que les contes bretons portaient un cachet particulier, renfermaient des thèmes tout autres de ceux retrouvés dans les récits du paysan normand , de l'ouvrier artésien, du pêcheur gallot ou du berger landais; on a fait en somme de la question une chose presque locale. Que des provinces soient plus riches que d'autres au point de vue légendaire, nous le comprenons, les conditions de milieu, les relations, l'ignorance, les croyances, étant des facteurs essentiels avec lesquels il faut nécessairement compter; mais qu'on pense différencier les contes de Haute Bretagne de ceux de la Bretagne bretonnante, de la Normandie

PUEFACE VII

ou duBerry et de la Provence y nous ne V admettons pas, la comparaison des récits puisés dans les diverses collections . nous les montrant identiques de fond quand ce n'est pas de forme. Du reste cette analogie remonte bien plus haut ; elle va jusqu'aux contes italiens, roumains, Scandinaves, lithuaniens, etc., et sans doute même jusqu'aux récits moghols % polynésiens ou américains. Il n'y a donc pas de Folk- Lore provincial.

De même qu'on ne jugerait pas utile de publier les contes slaves par volumes consacrés chacun particulièrement à une province détachée de l'empire russe — Kieip ou Astrakan, Moscou ou Novgorod, — de même nous jugeons pouvoir nous en tenir au titre générique de Contes français donné à ce volume. Si nous nous sommes étendus si longuement sur ce sujet, c'est pour répondre à une critique qu'un de nos savants érudits les plus estimés nous faisait il y a quelque temps lorsque nous lui parlions de donner en un volume des contes recueillis d'un bout à Vautre de la France.

Les quarante ou cinquante contes qui suivent ont été recueillis depuis six ans, soit dans nos excursions, soit de personnes amies qui ont bien voulu nous les communiquer. Dans ce travail de recherches^ il nous est arrivé bien souvent de recueillir des contes textuellement semblables à ceux des collections de MM. Sébillot, Bladé, Lu\el, Ortoli ou Vinson; nous n'avons pas jugé utile de les reproduire.

Nous n'avons donné que les contes les plus remarquables, ou comme types ou comme variantes curieuses. Bien entendu que nous avons éliminé tout ce qui nous paraissait venir d'arrangements ou de la lecture de quelque conte écrit. Le plus ordinairement, on ri a que peu à craindre ce dernier écueil. Il est rare qu'un paysan auquel vous demande^ un récit légendaire vous dise un des contes classiques des Mille et une Nuits, de Perrault

Page 1