‹ Contes françaisChapitre 39 sur 89 · LE DIABLE BATTEUR I · texte numérisé non relu

LE DIABLE BATTEUR I

Le Diable, car c'était lui, on Ta deviné, le savait bien ; il ne fît qu'un bond jusqu'à la porte, saisit la jeune fille et l'emmena hors de la maison , malgré les supplications de son pauvre père.

« Permettez au moins que j'emmène ma sœur Catherine ! dit Jeannette au démon.

— Je le veux bien ! » répondit le Diable en riant dans sa barbe.

Jeannette emmena Catherine, et le Diable les plaça avec lui sur un grand cheval noir qu'il fît sortir du sol rien qu'en frappant du pied sur les cailloux de la route. Le cheval allait rapide comme le vent, et bientôt on arriva devant un grand château.

«l Est-ce ici ? dit Jeannette.

— Pas encore, » répondit le Diable.

Une heure après, ce fut un autre château, bien plus beau que le premier.

« Est-ce ici? demanda encore Jeannette.

— Pas encore, » lui dit le démon.

Enfin on se trouva à la porte d'un palais superbe.

« Nous voici arrivés; descendez et hâtez-vous. » Le Diable descendit avec les jeunes filles et les fît entrer dans le château. Jamais les filles du fermier n'avaient rien vu d'aussi beau. Les mursétaient d'argent , les portes d'or, et les glaces taillées dans un seul diamant. Puis, partout des

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sacs remplis d'or et de pierres précieuses, des armes et de la vaisselle du plus grand prix.

« Jeunes filles, sachez que je suis le Diable et que je ne me suis mis au service de votre père que pour avoir votre âme. Comme elle ne me serait utile en rien , vous vivantes , il faut que je vous tue. Je vais commencer par Jeannette. »

Le Diable prit la selle de son cheval noir, puis il dit :

« Pose, ma belle, pose, ma belle, Pose ton cou sur la selle.

— Attendez, mon bon monsieur, attendez que je quitte mon beau tablier, mes beaux bas que ma mère jamais plus ne me donnera!

— Je le veux bien, mais dépêche-toi. »

Et le Diable alla mettre son cheval à l'écurie.

« Vite, ma sœur; vite, ma sœur; monte dans la grande tour et vois si ma marraine la sainte Vierge ne vient pas à notre secours. »

Catherine monta dans la tour et regarda par toutes les routes et par tous les sentiers.

« Catherine, Catherine, vois-tu venir quelque chose ?

— Je ne vois rien, rien, par toutes les routes et par tous les sentiers. »

Le Diable revint, prit son grand sabre et dit :

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c Pose, ma belle, pose, ma belle, Pose ton cou sur la selle.

— Attendez, mon bon monsieur, attendez que je quitte ma belle chemise que ma mère jamais plus ne me donnera.

— Je le veux bien, mais hâte-toi. »

Le Diable sortit encore pour aller donner à manger à son cheval.

a Catherine, Catherine, vois- tu venir quelque chose (

— Je ne vois venir qu'un petit papillon blanc tout au loin dans le ciel bleu.

— C'est ma marraine, la sainte Vierge! Fais-lui signe de venir bientôt, car voilà le Diable qui accourt.

— Allons, allons, est-ce fini ?

« Pose, ma belle, pose, ma belle, Pose ton cou sur la selle.

— Attendez, mon bon monsieur, attendez que je tire mon beau scapulaire que jamais plus ma mère ne me donnera.

— Mon cheval a soif et j'y vais, mais c'est la dernière fois. »

Dès qu'il fut sorti, Jeannette appela sa sœur: * Catherine, Catherine, vois-tu le papillon ï

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— Me voici, ma gentille filleule, me voici! dit la sainte Vierge qui venait d'arriver. »

Le Diable revint avec son grand sabre. Mais la sainte Vierge le saisit et le plaça dans une grande boîte, et, comme une ■ grande chaudière d'eau bouillante était là, on y jeta le Diable.

« Grâce, grâce! criait-il. Laissez-moi aller, et je laisserai en paix le fermier et ses filles.

— Le jures-tu, demanda la sainte Vierge, et donneras-tu à ma filleule tout l'or et tous les diamants qu'elle pourra emporter d'ici r

— Oui, oui, je le jure. Mais, de grâce, laissezmoi aller! »

La sainte Vierge mit le Diable en liberté et aida les jeunes filles à emporter chez leur père une partie des trésors du démon, dont jamais on n'entendit parler depuis à la maison du fermier.

(Conté en 1882, par M. Joseph Vouaux,à Neuilly iChery.

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