‹ Contes françaisChapitre 50 sur 89 · LA COQUETTE TUNIE 2CU · texte numérisé non relu

LA COQUETTE TUNIE 2CU

pain blanc, du vin vieux et du raisin rouge. »

Et par la cheminée, le maçon fit descendre ce que le pèlerin venait de demander.

« Quel saint homme vous êtes! » s'exclamèrent le paysan et sa femme.

Le pèlerin soupa et se prépara à se coucher sur deux chaises.

« Halte-là! lui dit le paysan. Il ne sera pas dit que je vous ai mal reçu. Vous coucherez avec ma fille.

— Mais

— Ne refusez pas, je vous en prie; je n'ai pas d'autre lit à vous offrir.

— Alors j'accepte. »

Le pèlerin se déshabilla et se coucha avec la coquette.

Tout à coup celle-ci s'écria :

a Père, père; le saint me touche.

— Laisse-le donc taire, ma fille; tu seras mère d'un saint évêque. »

La coquette ne souffla plus mot!

Vers minuit, le pèlerin se leva, sortit dans la cour et fut remplacé par le menuisier.

« Mon père, vous avez bien froid aux p : eds!

— C'est que je me suis levé pieds-nus, mon enfant. »

Une seconde fois, la coquette cria :

« Papa, papa, le saint ne me laisse pas tranquille.

— Laisse-le donc faire, ma fille; nous aurons un cardinal. »

Lorsque deux heures sonnèrent à l'église, le menuisier céda sa place au maçon. Et la jeune fille de crier, et le père de dire :

« Tais-toi, sotte ; tu pourras te vanter d'avoir pour fils un pape pour le moins! »

Le pèlerin eut soin de partir avant le jour et cela chagrina fort le paysan et sa femme qui n'avaient pu lui demander sa bénédiction.

La coquette se trouva enceinte et ne put trouver à se marier quoique sa mère eût publié partout que sa fille ayant couché avec un saint devait pour le moins accoucher d'un évêque ou d'un pape.

{Conté en février 1881, par M. E. Wattelet, de Bou- \incourt, ISomme]).

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