‹ Contes;Chapitre 10 sur 56 · C.ONÏKS DE lìOCCACl · texte numérisé non relu

C.ONÏKS DE lìOCCACl

iramour, de coiiliaiice cl tlf respect que j'aui'ais pdur lui s'il était ici, et je ne vous caclierai lien. J'ai lonjoiirs eu pour vous beaucoup d'esliuie, et je \(ius avime (pic je ne saurais veiis expiiiiier la joie île vous avoir recoiiini la [ireiiiirre. \'ous aile/, lire dans iiiiiii cieiir, et connaître ce ipie, dans mes plus uraiids iiialliciirs, j'ai pris soin de caclier à tout le iiiiuidc. Si, après avoir eiileiidii le récit lidcle de tout ce qui m'est arrivé, vous jugez à propos de me rendre à mon premier état, je vous prie de le faire; mais si vous juj^e/. ipie la iliose ne soit pas faisalile, je vous conjure de ne dire à qui ipic ce soil au inonde que vous m'ayez vue, on ipic vous avez entendu parler de moi. »

A|irès ce |)réaiiilinle, elle lui lit le détail de toutes ses avenlur(>s, depuis son iiaufraue sur les côtes de Majorque jusqu'au moment où elle lui parlait, et son récit lut [ilnsieurs l'ois interroinjui par ses soupirs et par ses larmes. .\iitii;(ine, toiiclié de pitié, mêla ses pleurs aux siens; et après quelques nionieiits de réflexion, il lui dit : « Puisqu'on n'a jamais su, dans vos malheurs, qui viMis ('lie/, cl qu'on ignore encore si vous vivez, je vous promets, madame, de vous rendre an roi votre père, plus aimée que jamais : je ne doute nullement qu'il n'ait lieaiicoiip de plaisir de vous revoir, et qu'il ne vous envoie ensuite au roi de Garlie, votre fiancé, à qui vous n'en serez que plus chère. » Alaciel demanda comment cela se pourrait. Antigone lui expliqua, par ordre, ce qu'ils avaient à l'aire. Aussitôt, sans perdre un seul moment, il retourne à Famagosle, et va trouver le roi. « Sire, lui dit-il, vous pouvez, si tel est votre plaisir, l'aire, sans qu'il vous en coûte prescpie rien, une chose glorieuse pour vous, et qui deviendra très-avantageuse pour moi qui ai perdu ma fortune à votre service. — Par quel moyen? dit le roi. — La lille du Soudan d'Alexandrie, répondit Antigone, cette fille si célèbre par sa beauté, et qui passait pour avoir |iéri dans un naufrage, est arrivée au port de Baffa. Pour conserver sa vertu, elle a longtemps souffert la misère, et se trouve encore aujourd'hui dans la plus grande indigence: elle désire de retourner chez son père; et s'il vous plaisait de la lui envover, je suis persuadé que le Soudan n'oublierait jamais un tel service. »

Le roi de Clivpre, naluiidleuienl bon et généreux, lui répondit favorablement. Il donna des ordres pour qu'on la lit venir à la cour, où elle reçut du roi et de la reine tous les honneurs qu'elle pouvait désirer. Elle satisllt à toutes les questions qui lui furent faites sur ses aventures, seliui les instructions qii'.Vntigone lui avait données. Quelques jours après elle l'ut envoyée au soudan, avec une suite nombreuse d'hommes et de femmes, sous le coinmandement d'Antigone. Il serait diflicile de peindre le plaisir et la joie que le soudan éprouva à la vue (l'une fille qu'il croyait pour jamais perdue. Il lit raccueil le |dus gracieux à Antigone et aux gens de sa suite.

Après que la princesse cul pris quelques jours de re|)os, le soudan voulut

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savoir d'elle-mciiio [lar (|iicls moyens elle avait édiappé du naiii'rage, et pour (|uclles raisons elle avait passé tant de temps sans lui donner de ses nouvelles. Alaciel, qui savait parfaitement par cœur la leçon que lui avait faite le sage Anti;4one, parla en ces termes :

« Vous saurez, mon cher père, que vin^l jours, ou environ, après mon départ iPAlexandrie, le vaisseau, agité et entr'ouvert par la plus horrible tempête, fut jeté pendant la nuit sur certaines côtes du Ponant, voisines d'un lieu nommé Aigucs-Mortes. Je n'ai jamais su ce (ine devinrent les gens de ma suite : je me souviens seulement que, lorsque le jour eut paru et que je fus revenue de l'évanouissement que m'avait causé l'approche de la mort, le vaisseau était partagé en deux et attaché à un banc de sable. Des paysans qui le virent accoururent, sur l'heure de midi, pour en piller les débris. Ils furent suivis de tous les gens de la contrée ; ils me trouvèrent dans un coin sur des planches avec deux femmes exténuées, comme moi, de frayeur et de faiblesse. On me fit descendre avec elles au rivage. Des jeunes gens s'emparèrent de ces pauvres filles, et les emmenèrent, celle-ci d'un côté, celle-là de l'autre. Je n'ai jamais su non plus ce ipi'elles sont devenues. Deux de ces jeunes gens, qui étaient du nombre de ceux (pii m'avaient conduite sur le rivage, voulurent aussi m'emmencr avec l'ux, malgré la défense que je faisais et les larmes que je répandais. Ils me tiraient lantùl jiar le bras et tantôt par les cheveux, selon mon plus ou moins de résislancc, et me conduisaient ainsi vers une forêt. (Connue nous étions sur le point d'y arriver, je vis venii' quatre cavaliers. Mes ravisseurs ne les eurent pas plus tôt aperçus, qu'ils me lâchèrent et s'enfuirent à toutes jambes. Les cavaliers, (|ui me parurent des personnes de considérai ion et d'autorité, accoururenl vers moi. Ils m'interrogèrent: je répondis; mais ils ne purent m'entendre, et je ne les entendais pas. Après avoir parlé (pielcpie tenqis entre eux, et m'avoir fait plusieurs signes aux(|uels je répondis du mieux que je pus, ils me firent monter sur leurs chevaux, et me menèrent dans un monastère île ieumies, (ju'on appelle religieuses, dont toute l'occupation est de prier Dieu, selon la loi du pays. Je fus très-bien reçue de toutes ces dames, avec lesquelles j'ai dévotement servi une de leurs idoles favorites. On l'appelle saint Croissant, pour le(|uel saint, les fenmies de ce pays-là ont une très-grande dévotion. Oui'l- (pie tenq)s après, lorsque j'eus appris leur langue, elles me demandèi cnl (jiii j'étais et (juelle était ma patrie. Dans la crainte d'être chassée de leur maison, oi'i les honunes n'entraient jamais, je n'eus garde de leur dire ijue j'avais une religion ennemie de la leur; c'est pourquoi je leur répondis que j'étais fille d'un gentilhomme de Chypre, qui m'avait envoyée à mon futur époux en Candie, où j'avais fait naufrage sur le point d'arriver. Quand la maitresse de tontes ces'femmes, qu'on appelait madame l'abbesse, iii'eut demandé si je serais bien aise de retourner en Chv|Me, je répondis (pie je ne désirais autre chose.

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