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OLIATKIÈME JOURNÉE. 953
di' sus Ijoniies aiiiius, à l'église de Saint-Gai, pour y gagner l'indulgence plénière, et, accompagnée de sa camarade, elle courut droit au jardin. Son amant l'v attendait avec un de ses amis, nomme Puccin, mais qu'on appelait le plus communément le Strambe. Celui-ci profita de l'occasion pour l'aire connaissance avec Lagine. 11 la complimenta siu- sa gentillesse, et ils devinrent bientôt bons amis. Pendant que ceu.\-ci étaient tout occupes à s'entretenir d'amourettes, Pasquin et Simone se retirèrent dans un coin. Il est aisé de deviner ce qu'ils y firent. Il y avait dans cet endroit une grande et belle plante de sauge. Pendant (|uc nos deux amants se félicitent de se trouver dans un lieu si agréable, et qu'ils prennent des mesures pour y revenir bientôt, Pasquin cueille une leuille de cette sauge, et s'en frotte les dents, sous prétexte qu'il n'y a rien de meilleur pour les blancbir. Mais à peine cette plante a-t-elle touché ses gencives, qu'il pâlit; bientôt après il perd la vue, la parole et la vie. Simone, surprise d'un accident si funeste et si prompt, jette les hauts cris, pleure, se désespère. Elle appelle Strambe et Lagine, qui volent à son secours. Rien d'égal à leur étonnemcnt, quand ils voient Pasquin étendu par terre et sans mouvement. Le Strambe, qui s'aperçoit que le corps de son ami est enllé, et son visage couvert détaches noires : « Ah! malheureuse, s'écrie-t-il, tu l'as empoisonné ! » Les voisins et les maîtres du jardin, accourus aux cris de Simone et trouvant le corps de son amant tout noir el enflé, joignent leurs soupçons et leurs reproches à ceux de Strambe, et cette pauvre fille, que l'excès de la douleur empochait de se justifier, achève, par son silence, de leur persuader qu'elle est coupable. Elle eut beau vouloir s'en défendre quand ses sens furent un peu calmés, on la saisit, et elle fut conduite devant le podestat, en jirésence duipiel elle fut accusée par Strambe, et par deux amis de Pasquin, qui étaient survenus, dont l'un portait le nom d'Attio, et l'autre celui de Malaisé. Le juge travailla sans délai à l'instruction de l'affaire; il interrogea Simone, el d'après ses réponses, ne pouvant se figurer qu'elle fût criminelle, voulut se transporter avec elle à l'endroit où l'événement était arrivé et où le corps du mort était encore étendu, pour apprendre d'elle-même toutes les circonstances de celte nmrt subite. .Vrrivée sur les lieux, Simone raconta au juge dans le plus grand détail connnenl la chose s'était passée. Pour mieux persuader qu'elle n'en inqiosait pas, elle se mit à répéter les discours de Pasquin, la situation el l'attitude où il se trouvait, ses niouvemcnls, ses gestes, et porla la représentation jusiiu'à prendre ime feuille de la même sauge, dont elle se frolla les dents, à son imitation. Les siiectateurs traitèrent toutes ses simagrées de dessein frivole. Strambe et |es deux autres témoins l'accusaient avec encore plus de chaleur, et demandaient instamment qiu^ le feu fût son supplice, lorsque la malheureuse Simone, à (pii le chagrin d'avoir |)erdu sou (lier amant et la crainte de la peine sollicitée pai' ses accusateurs étaient l'usage de la paiole, loinba morte, au
Ihi CONTES DK KOCOACi:.
j?i';iiiil riiiiiiit'iiitnl ili' liuis les assislanU. Ainsi liiinriil l'ii un jinir, cl |iii'S(|iu' à l;i iiKiiic liciMc, iMiiionr fl la vie de cos deux aiiiaiils; liciiit'nx tdiis liciix, s'ils s'aiiiK'nl dans l'anirt' monde coniini' ils s aiinairiil dans cclni-ii ! mais lims lois pins heureuse la tendre Simone, ilonl riinioccncc liiomiiiia, |iai- celle moii, du Taux témoignage de Strand)e, d'Altio et de .Malaisé, gens de la lie du [leuple, mais |dns méprisables encore par la bassesse de leurs sentiments ipie par rohsenrili' de leur naissance!
Le juge el le reste des spectateurs claienl au coinlilc de rétonnement. Cependant, après les prenners moments de surprise, le podestat, voyant que cette sauge devait être veninuuise, donna des ordres pour ipi'oii l'arrachât, alin de prévenir de |)areils accidents. A peine en eut-on abattu le pied, (pi'on trouva, sous les raeiiu;s, un crapaud d'une grosseur énorme, cl l'on ne douta point (pi'il n'eût infecté cett(' plante de son venin, et (|uc ce ne lut la cause de la mort de ces deux personnes. La vue de cet animal lit Icllcmcnl iiémir les assistants, ipie (lersonne n'eut le courage de le tuer. (Ihacnn (raignail avec raison d'en approdici', de peur du venin (ju'ii pouvait cxiialer. On [iril le parti de jeter beaucon|) de l'eu dans le creux on il élail, el de le bn'der \ivaiil avec la plante (ju'il avait empoisonnée.
il. est, je pense, inutile de dire ipi'on ne continua pas le procès coninieneé contre rinl'ortunée Simone. Un l'enterra avec son amant, dans l'église de Saintl'aul, sa paroisse; el ses [)ro|)res accusateurs se lircnl un devoir d'assister à ses l'unérailles.
NOl'VKLLi: vili