‹ Contes;Chapitre 26 sur 56 · I.KNKCIi lii:s AMAMKS CUI K I.I.KS · texte numérisé non relu

I.KNKCIi lii:s AMAMKS CUI K I.I.KS

Il V iivail aiilicinis à liavcnuf, \illr ln''>-Miulciiiii' ile la Himiamic, iiii i^iand iKiiiilirc (le f,;i'iitilsliniiiiiics, [lariiii l('S(|iicls on (li>tini;iiail un jciiiic lioniiiic iionniH' Aiiastasc ilps lInniuMos, (|iii, par la mort do son jiitp et (l'Ilc irnii de ses oncli's dont il avait ln'iitc, se trouvait puissamment rielie. Il élait déjà dans ràfie de se mariei', Idisqu'il devint amoureux d'une jeune fille de messire l'au! des Traversaires, (rune maison hien jilus amieniie el jilus illustre que la >ienne. il ne désespéra ])as néanmoins de s'en l'aire aimer, et mil tout on usajio poiu' lui jdairo ; mais il eut la douleur devoir ses soins mal aceueillis ; on ne lui louait tiiiii|ile de rien, el plus il (''lait attcntir à l'aire sa eonr, plus la licllr se niimtrail ilédaiuneuse. I!lli' l'iait si sollemeul lirre de sa naissanee, ipi'ille eut ir\i s'avihr en auiianl un homme d une noidesse moins anoienne ipu' eelle de sa maison. Aussi Anastase no put-il jamais parvenir à se rendre af;réal)lo à ses yeux ; il suffisait (pi'il parût désirer une eliose, pour qu'elle la refusât. (!os rigueurs sontomu's désespéraient le jeune Iioumio. au point qu'il lui vint i)lusiours fois dans l'idée do se (huiiu'r la m(ut. Il l'amail mémo l'ail, >"il n'eût eru llalter par là sou inliumainr. il iiiit doue (pi'il ferait iiiieu\ de l'aliaUilonuor, de ne plus |}ens(i- à elle, ou de n'v penser (pu' pour tâcher de la haïr. Vain piojcl : un ni ur forleinenl l'jiris ne iciionic pas faeilenu'nl à Tidijel (jui l'a enllauuné; plu> il Inone do résistance, |)lus le fou (pii l'aiiilo devient \iideul. Anastase, ne pouvant donc se délacher do l'iuf^rate, continue ses folles dépenses et ses assiduités. Ses parenh, ipii le voyaient dépenser inutilement >ou hien et sa sauté, lui représentèrent mui c\lravai;auee, el lui cimseillèreni de (|nillel' liaxemic, jnnpi'à ce i\\\c l'alisencc rei'il i;neri d'une passion qui ne [touvait niamiuer de le ruiner, et |ienl-élre de le conduire , ni tondo an. (!e niallicuroux amant no put prendre de huifitcnip^ >\ii lui de >ni\re un avi>< au>>i >ai;o; mais enfin, pressé, sidlieih'' |iar tons ses amis, il leur promit do s'éloi^nei i\t' navenne, el lit def;rands piéparalifs de voyajio, comme s'il eut été (pieslion d'aller en I rancc, un en l^pa^Mc, lui dan- qm lipic aniic pays éloif^né. (jnand Ioni fut di,-<|)osé, il part avec (picli|ncv-nn> de m> anii>, el s'en va à uni' lampagne, nommée Chiarcio. (pu nC-l qn à une lii ne cl diniie de Ha\cnne. Il \ III ilresser plusieurs h nie- qu'il loiidda iiiai;niliqneMienl , e| dit à sc> amis ipTil

CINQriKME ,101'RNKE. r.O!t

voulait demeurer là, el qu'ils iiouvaiout retnuriior h la ville, s'ils le juj^eaicul à propos. Fixé dans ce lieu champèlre, il ne songea qu'à mener une vie joyeuse, faisant plus de dépense que jamais, et tenant tal)le ouverte à tous allants et venants. C'était tous les jours nouvelle compagnie et nouveaux plaisirs.

Pendant qu'il cliereliait ainsi à dissiper son chagrin loin de l'objet qui le causait, un vendredi du commencement de mai, (pi'il n'avait personne, et qu'il se promenait accompagné de quelques domestiques, les cruautés de sa maîtresse lui revinrent dans l'esprit, et l'occupèrent si fort, qu'il ordonna à ses gens de le laisser seul, pour pourvoir rêver plus à son aise. Sa rêverie le mena insensiblement jusque dans un bois planté de pins. Il avait fait plus d'un cpiarl de lieue dans cette forêt sans s'en apercevoir ; et l'heure du dîner était déjà passée, lorsque, tout occupé de celle qu'il aimait, ils crut entendre la voix d'une femme qui poussait des plaintes et des cris douloureux. Ce bruit l'arraclie à sa profonde rêverie : il lève la tête, prête mie oreille attentive, et est fort .surpris de voir que les cris partent du milieu du iiois. Il le fut bien davantage, lorsque, après avoir porté ses regards de tous côtés, il vit venir à lui, à travers des broussailles, une belle et jeune femme nue, échevelée, ayant le bas de son corps déchiré et sanglant, poursuivie par deux gros matins qui la mordaient presipu^ à chaque moment, et dont l'approche lui faisait jeter des cris lanieulables. Un moment après, il vit paraître un cavalier fort basané, monté sur un cheval noii', le visage enflannné de cedere, tenant une lance à la main, courant après elle, l'accablant d'injures et la menaçant de la hier, (.e spectacle remplit tout à la fois le cœur d'Anastase d'étonncmeut, d'horreur et de pitié. Ému de compassion pour celte femme, son premier mouvement fut de la secourii' : mais, se trouvant sans armes, il coupe une branche d'arbre, et se met au-devant des chiens. Le cavalier lui tria de loin : «Anaslase, c'est vaineiiieiil que lu voudrais défendre cette méchante femme; il faut qu'elle subisse la punition qu'elle mérite. » Dans ce même moment, les chiens l'ayant saisie par les lianes, la renversèrent à terre. Le cavalier descend presque aussitôt de cheval, et s'approche de celte infortunée. « J'ignore qui vous êtes, lui dit Anastase, et d'où vous me connaissez ; mais je ne saurais m'empècher de vous dire que c'est une grande lâcheté à un homme armé de vouloir tuer une femme nue et sans défense, et de la faire ainsi chasser comme une bête féroce. Vous avez beau vouloir m'arrêter, je la défendrai de toutes mes forces, dùt-il m'en coûter la vie. — Tu sauras, mon cher Anastase, répliqua le cavalier, ipuî je naquis dans la même ville que toi; et je me souviens que tu étais encore bien jeune lors- (jue tu fus nommé Gui des Anastases. Tu sauras aussi que j'étais alors plus amoureux de cette femme que lu ne l'es aujourd'hui de la lille de Paul des Traversaircs. Elle me traita si cruellement, et avec tant de fierté, que je nie tuai de désespoir du même javelot que tu vois, et je fus condamné aux enfers. Cette

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iiii-i'iili' III' jiiiiil |ia> Idiiuli'nijiN ilii |il;ii>ii i{iii' lui ciii-.i 111,1 111(11 1 , cllr iiioiiriil liirnlol ;i|iri''s : cl pairi' cim'cIIc iif >'('lai| |i(iÌmI i i'|iiMitir de m aMiir liailt' mncc laiil lie ri;;iiiMir t'I ili' iiiiaiili'', l'Ilc lui ilaiiiin'i' aiisvi liicii (jiu' iimi. Il luiiis a i'\t'

iiii|ios('' pour |i('iiu\ à elle ile Inir divani inni, ri .' i i|iii l'ai laiil aiiiu'c pcn-

ilanl ma vie, de la |mnrsiii\ii' niniini' ma |dns iiiandr riinrinii' dans rn|nipafif' où In iiif vnis. ToHics 1rs rni> inic je ralti'iiis, je la |)cice de rillr lami', je lui aiTaclic II' cii'iir, rc nnir i|ui lut Inujoiiis dur et iiisciisiiiic |iiiiir inni, l'I j'en

lais onsiiilp la ciiriH' à ces rliiins, i mniiK' In \as ir vnir dans un n il . ('.cl\v

i>|ii''ralion l'aiti-, il jilait à la jusliic ili\inr dr la rcssiisriliT ni iiniil a|iirs :

alors l'Ilr si' rcli'vi', icnininiriiri' à Inir Inni i\r nniivran : ri inni, |ni ri''di'' de l'es fjros niàtins, je continue à la |ionrsni\ri'. Tnns les vendredis à la niènie hcnro, je l'attoins ici, où je lui lais suliir le sn|i|)lice dont je viens de te |)arler. Ne pense |ias ipie nous soyons en repos les antres jonrs : je ne cesse point de la snivre, el je réventre dans Ions les lieux où elle a lait ou niacliiné (|nei(pie chose contre moi. De son plus leiidre ami, je suis di'M'iin snn pcrsi'culenr el son lionrreaii : ce ipii ilnrcra aniaiil d'aim(''es ipi'i'lle in"a l'ail sniilTrir de inni-, Laissc-inni dnnc cnitiiIit la \n|iin|i' du sniivi'iaiil M'ii^i'iir du i riiiie, ri ne l'a- \ise poini d'y inetire obstacle, parce ipie tes elTorls seraient inutiles, et ipi'il pourrait l'en mal arriver, n Anastase. entendant un jiareil discours, sentit plusieurs fois ses clievenx se dresser snr sa tète. Les derniers mots surloni l'ini iniidèrenl si t'oit, ipi'il recnla de frayeur. Il s'arrêta tontel'ois pour voir ce ijin arriverait ; et, lii'iiiissanl irimiienr. il vil le cavalier, linant sa lame en ai Tel . Tondre cnmmc un limi iiiragé sni' celle iimllienrense, ipii, à «ieiioux el les mains levées vci> II' rii'l. lui demandait à f^rands cris miséricorde, il Ini enfonça de Ionie sa force sa lance dans l'estomac, el la perça d'ontre en outre. 11 lui onvril ensnile le sein, lui arracha le cœur el les entrailles, el les jeta an\ chiens allâmes, ipii les di'viirèii'iil imniilim'nl . lu mniifelit apics, crtle jeune viclinii' se relève el se remcl à l'iiir du ciili' de la mer, les chiens louimirs attachés à sa pnur>nite. Ile snn cóli', le cavalier remniite à cheval, cl cniirl de nonvean après elle avec tant de vitesse, iprAnastase les eut liientùt perdus de vue.

Il est aisé de se lifjnrer la situation où un pareil speclacle dut le pliiiii;er. Son cœnr était parlaijé entre riiorrciii il la rnmpas>iiin. rievemi à liii-iiiéme, il pensa que celle aventiue pourrait lui itic iilile, puiMpir l,i M'èiie >'en lenoiivclait Ions les vendredis. Il en remaripia le lien, et s'en iclniima clic/, lui Ioni pensif.

Peux ou Imi s jnnrs après, il envnva (pieni- à lia\rinic plnsiciii^ de ses |iareiils el de ses amis. « Vous m'ave/, loni;lem|is jiressé, leur dit-il, de ne plus soiifier à I inhnniaine qui me déleste, el de cesser les folles dépenses tpie j'ai faites à son sujet; me voilà enlin, une l'nis pour tnull'^, prêt à suivre vntre conseil, si vous voulez m'accorder la j;ràce ipie je vais vous demander : c'est d'eni,fajier

|/Kiif(-r (les AiunnU's cruolk

CIM.il IKMK .HU'lìNKK. 511

iiii'ssiri' l'aul (lus TravLTsaiii's, sa l'eiiiiiie, sa lille, el aulaul tk' luuis pyreiils (|ifil soia possible, à venir diiier dans ma solitiule vendredi prochain. Jevons ferai connaître ce jour-là les raisons (pii m'engagent à les attirer chez moi. La chose paraissant facile aux amis d'Anastase, ils lui ])romirent de lui donner cette satisfaction, et ne furent pas plutôt retournés à la ville qu'ils se mirent en devoir de la lui procurer. La demoiselle seule lit quelque diflicullé ; ce[)eii- (iaiit elle se laissa gagner par les autres darnes qui devaient être de la partie.

Pendant ce temps-là, Anastase avait fait dresser des tentes dans le bois planté de sapins. La table fut mise précisément vis-à-vis de l'endroit où s'était jiassée la scène effrayante dont il avait été témoin. Il [)laça les convives de manièie que sa maîtresse se trouvât la plus à |)ortée de voir ce spectacle. Le repas fut des |)his magniliques et des plus somptueux. Il était déjà fort avancé, lorsqu'on enlend des cris plaintifs poussés par une fennne. l'ont le monde est étoimé, et rhacuii dcMiande ce ipie c'est. Les cris redoublent: on se lève, on regarde de (ous côtés, et bientôt on aperçoit la jeune lille |)oursuivie par les chiens et par le cavalier. D'abord grandes menaces de la part des spectateurs contre les chiens, et ensuite contre riionuiie (pii semblait les exciter; niais celui-ci, leur avant parlé connue à Anastase, les ht non-seidement reculer, mais les glaça de sinpiisc cl (le iraintc lorsqu'il renouvela en leur présence ce qui s'était passé le venilrcdi précédent. Les dames de la compagnie, dont plusieurs étaient |)arentes, soit du cavalier, soit de la jeune lille, et qui se souvenaient encore de l'amour malheureux et de la triste lin du jeune lionuue, furent aussi touchées de cv spectacle douloureux que si elles en eussent été le sujet. Mais il n'y eu eut point (|ui le fût autant que la maitresse d'.VnasIase : elle avait tout vu et n'avait [lerdu aucinie paiole du récit du cavaliei-. Il lui fut facile de juger que cette aventure l'intéressait plus cpic Ionie autre, en se rappelant la duie insensibilité avec la(|uelle elle a\ail reiii les soins cl les assiduités d'un jeune homme ipii l'ailoiail. Elle eu fui si frappée, (pi'il lui semblait déjà qu'elle fuyait devant lui, et (pie les chiens la poursuivaient et lui déchiraient les fesses. Elle jiassa le reste du jour dans de [irofondes rêveries, et la nuit dans de cruelles appréhensions : enliii elle ne put recouvrer sa tiaïupiillité qu'après s'être reproché son inhumanité et s'être résolue à passer de la haine à l'amour. Elle ne s'en tini point là. A peine fut-il jour, (pi'elle envoya secrètement à .Vnastase une servante ijiii avait sa conliance, pour le prier de la venir voir, et l'assurer qu'elle était décidée à le payer du plus Iciidre reloiir. .\nastase s'étant rendu à l'invitation, la belle lui dit d'un air passionné (|u'elle était prête à faire tout ce ipii |iourrait lui être agréable. Le jeune homme répondit (|u'il était enchanté de ses nouveaux sentiments, et que, comme ses intenlions avaient toujours été hoiinéles, il ne voulait rien d'elh; que par la voie du mariage. La demoiselle, qui ne 'leiiiaiidail pas mieux, ailmiia sa générosilé, et se chargea d'en faire elle-même

:,1-2 CONTKS IIK HOCCACi;.

hi |tr(i|ni>ili(m ;i mmi jicti' cl à mi iik'ti', ijui const'iiliiciil rir lidiinc ijimc ii crltr union. Ll'!' noces l'nrcnl céléltrécs lìicntòl iiprcs, et les denx époux vécurent l()nj;tein|is enseinlile cl dans la plus pail'aitc inteilijience. Tel lut riieuieux elTet lie cette peur : mais le jilus reiiiari|ualilc île riii^tciire, c'est (|nr ilepuis cette aventure, les dames de liaveuue Inniit pliiv dmicev. plus seusiMes. et licauc(iu|i plus coniplaisanles pnm leiu> aiiiaiil>.

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