II. I- \l (.l»N
ll\ cul iiull'et'oi> ;i |- Imeuce un jeUMc i;eiil illi(iiiiliie loil liclie, unuuue l'edélie, lils de uiessire l'iiilippe AUmtÌhuì, d'une luaiMUi illustre. I.'arl cl la nature n'avaient rien épai^ii't' piiui' eu laiic un jeune liouiuie accenipli : il n'avait point son pareil parmi la jeune niddesse toseaiu'. Il devint amoureux, comme c'est assez l'ordinaire de ceux de son àf,a' et de son rauj;, d'inu- dame de condition, nommée .leainie, ipii, de son lem|)s, passait pour une des plus liclles et des plus aiujaliles l'eimues de llori'nce. Il n'épargna rien pour s'en l'aire aimer ; l'eslins, joutes, tnuruois, préseids maiiniliques, tout l'ut emplové; mais la dame, aussi vertueuse que l)(dle, se souciait Irès-peii d'être l'olijct de toutes ces l'olio dépenses, et n'en méprisait pas moins legalaul. Itih'ric lu' >e relmla point : il continua le même train, et lit tant, par ses priKligalités déplacées, cjne de tous ses grands liiens il ne lui resta jdns (pi'une petite métairie, dont le revenu modi(|uc sul'lisait à piiuc |iiiui- lui ddiuur à \i\ic, cl lU' (cin>erva de >a magnilicencc passée qu'un l'aucdu excclleut pour la clia>se. (Juniipie plu> amoureux (|ue jamais de celle piiiu' ipn il s'était ruim'', \ovaul cpi d ni' piiu\ait plus vivre décenuncnl àia ville, il prit le parti de se relii'er à la métairie cpii lui restait. Il v diassait avec son faucon le plus souvent (|u"il pouvait, autant pour tâcher de s'élonrdii' sur la unsère (pi'il n'imputait ipi'à liii-uiiiuc, (pie pour- ne point s'aliaisser à demander du secouis a persimiu'.
Il menait depui> ipulipie lem|is ce uouM'au iienre de\U', lorsque le mari de madame Jeamu' liuulia iiial.ide et umui'ul. Il n'eut ipu' Ir leiiips de l'aire son testament, par lequel d institua son lils. dejii nu peu grand, héritier de tous ses Ijicns, cpii étaient immenses; et, en cas ipie l'enlant vint à mourir sans hoir légitime, les substitua à sa l'emme, (pi'il avait aimée avec tendresse.
I.a helle saison étant venue, la \ruve alla, selon sa coutume, passer l'été à la
L-aiiipai^ne, à une maison qu'elle avait clans le voisinage de celle de Fédéric. A la faveur du voisinage, le [tetit enfant, qui se plaisait à rôder, eut bientôt fait connaissance avec lui ; il le visitait fréiiuemment, aimant à s'amuser avec ses chiens et ses oiseaux. Il eut occasion de voir son faucon, dont il avait beaucoup entendu parler. Cet oiseau lui plut tellement, qu'il en eut envie ; mais il n'osait le demander, sachant ([ue Fédéric lui était fort attaché. Le chagrin de ne pouvoir posséder ce ((u'il désirait le mina si fort qu'il en tomba malade. Il ht connaître à sa mère la cause de son mal en ces termes : « Ah! ma chère maman, si vous pouviez me faire avoir le faucon de Fédéric, je sens que je serais bientôt guéri. » La dame fut quelques moments à rêver et à réfléchir sur ce qu'elle devait faire ; elle savait que Fédéric l'avait longtemps aimée ; qu'il s'était ruiné en son honneur, et qu'elle s'était toujours montrée insensible à ses empressements. (( Comment, disait-elle en cUc-nième, comment oser demander ce faucon, qui est, dit-on, le meilleur qu'il soit possible de voir, et qui d'ailleurs fait vivre et subsister son maître'? Serais-je assez peu raisonnable pour vouloir en priver un gentilhonmie qui n'a dans ce monde d'autre plaisir (|ue celui-là? » Ces réflexions la tenaient dans une grande perplexité, quoiqu'elle fût bien certaine d'avoir l'oiseau, si elle le demandait. Ne sachant donc ijue répondre à son fils, elle garda le silence; mais l'enfant toujours malade, toujours chagrin, l'efuse tout ce qu'on lui offre, et dit qu'il veut avoir le faucon. Enfin, l'amour maternel l'emportant sur toute considération : sa mère, résolue de le satisfaire à quelque prix que ce fût, prend le parti de lui dire (|u'il aura cet oiseau, et se détermine effectivement d'aller elle-même le demander. « Ne te chagrine plus, lui (lit-elle, songe seulement à te rétablir ; je te promets que la première chose (pie je ferai demain malin sera d'aller chercher le faucon pour le l'apporter. » Cette promesse fit tant de plaisir à l'enfant, que le soir même il se trouva beaucoup mieux. Le lendemain, la dame, accompagnée seulement d'une autre femme, alla, en se [)romenant, à la petite maison de Fédéric. Lorsqu'elle y arriva, il était par hasard dans son jardin, occupé à le faire arranger, parce que ce jour-là le temps n'était guère propre pour la chasse du faucon. Elle se fait annoncer, disant (pi'elle désire de lui parler. On se figure aisément quelle dut êlre sa surprise, lors(]u'on lui dit le nom de la dame qui le demandait. Transporté de joie, il court au plus vite la recevoir, et la salue très-respectueusement du |)lus loin ipi'il l'aperçoit. Madame Jeanne, de son côté, va au-devanl de lui, et le salue de la manière la plus honnête et la plus gracieuse. Après les lompliments d'usage : « Seigneur Fédéric, lui dit-elle, je viens ici pour vous récompenser des soins que vous avez perdus, lorsque vous m'aimiez un peu (ilus (pie de raison; et la récompense, c'est que je viens avec madame vous demander à (liner. — Il ne me souvient pas, madame, lui réjiondil-il avec douceur cl iiKidcsIic, d'avoir l'ail ;uicnne perte pour vous: ;ui coiilraiic, vous m'uvcz |>id-
■iO
-,\i CONTKS m; IKM.CACK
curi' (le si fjrantls avantafïos, (|no si jamais on iii'n rciiuuiii i|nili|iii- nu rilc, cOl aii\ scntiiiionls (]iio vous m'avez insjiii'és (juc j'en ai rolili^ratioii. La f^iàcc (juc vous mo laites aujourd'hui m'est si précieuse, et Halle si fort mon cn-ni', f|ne, i|Uoique je sois pauvre, je ne voudrais pas la ciianj;er contre les liieiis i|nej"ai perdus. »
Après lui avoir l'ail ce coni|ilÌMieiil, il la rciiil dans son peti! n'dnil, el la conduisit ensuite dans son jardin. IVe sachant cpii lui donner pinu' lui taire coinpa);nie, il la laissa avec la jardinière et la dame qui l'avait accompagnée, pendant qu'il était allé -préparer le dincr. Cet honnête f;enlilliomme n'avait jamais si hieu senti les désagréments de la pauvreté que dans ce monicnl, où il se trou-
vait si peu 111 l'Ial de recevoii- niu' personne si chère à son cienr : il ainait mmiIu la régaler, et il se trouvait ce joiir-ià dépourvu de tout . Il enrageait de dépit, maudissait sa l'iirtniie, cl courail cà cl i;'i cunniic un honnuc (pii ne sait où donnei' de la tète. Le plus l'àciieux, c'est cpi'il n'avait ni sou ni maille, ni elTets sur lesquels il |)ùl emprunter. Cepemlaut l'Iieuredu dîner approchait, et il n'avait encore rien préparé, qniiiipi'i! en dil m Ioni Ir linqi^. 11 ne sa\,iit à (|noi se résoudre, lorsque, jetant les \en.\snrson faucon, ipn se tenait trampiillemenl perché dans sa loge, il se .détermine à en l'aire lesacritice, pour avoir du n)oins quehpu' chose d'hiuiréte à servir à la charmante veuve ipii l'Iumorait de sa visite, il le prend doiu", lui tord le cou, le plume et le met à la liroche. Ouand Ioni lui pii'l, il icloni-iia gaicnienl au jaidin, pour cni;ai;er la ilanic cl sa coni-
Cl.N(jyiÈME JOURNÉE. .'I.".
|iai;iiiL' à M'iiir îic iiidtrc à table. Le repas fini, et après une assez longue conversatiuii des [)lus amusantes, madame Jeanne crut qu'il était temps de lui déi(uivrir le motif de sa visite, et lui parla en ces termes :
« Si vous vous souvenez encore, seigneur Fédéric, de tout ce que vous ave/, lait pour moi, et de ma grande retenue, qui vous a peut-être fait penser que J'avais l'àme dure et sauvage, je ne doute pas que vous ne soyez étonné de ma présomption lorsque vous apprendrez le véritable sujet qui m'a amenée chez vous. Cependant si vous aviez des enfants, ou que vous en eussiez eu, connue vous eoiinaitriez alors quelle est la force de la tendresse paternelle, je suis assurée que vous m'e.xcuseriez. Mais vous n'en avez point ; et moi, qui en ai un, je ne puis me soustraire au.v lois communes à toutes les mères : c'est ce qui me force, contre toute raison, contre ma propre volonté, à vous demander une chose (pu' je sais (pie vous estimez beaucouj) et à bon droit, puisqu'elle est la seule consolation que la fortune vous ait laissée : en un mol, c'est votre faucon ([ue je vous demande. Mon lils est malade; il a une si grande envie de l'avoir, (pu' je crains fort, si je ne le lui apporte, que sa maladie n'empire, et que le chagrin ne le fasse mourir : c'est pourquoi je vous conjure, non par votre amitié, car vous ne m'en devez point, mais par cette bonté de cœur, cette bienfaisance généreuse qui ncs'esljamais démentie, cl ipii vous distingue si supérieuremenl des autres hommes ; je vous conjure, <lis-je, de m'accorder la grâce que je vous demande. Mon lils vous devra la santé, peut-être la vie, et vous allez i)ar ce bienfait acquérir des droits éternels sur son cieur et sur le mien. »
i'édéric, ne pouvant satisfaire les désirs de la dame, puisqu'elle avait mangé ce qu'elle lui demandait, se mil à pleurer, avant de pouvoir répondre une seule parole. La dame crut que le chagrin de perdre son faucon était la cause de ses larmes : elle fut sur le point de se rétracter; cependant elle attendit la réponse qu'il lui ferait quand il aurait cessé de pleurer. « Madame, lui dit-il, depuis le premier moment que j'ai été épris de vos charmes, j'ai reconnu que la fortune m'a été contraire en bien des choses, et je me suis plaint de ses rigueurs; mais tous les revers que j'ai éprouvés ne sont rien en comparaison de ce (pi'clle me l'ail souffrir aujourd'hui; il m'en restera toujours une vive amertume dans l'àme. Eh ! pouvait-elle me porter un coup plus sensible, plus cruel, (juand je considère que vous vous êtes donné la [)eine de vous rendre en cette chaumière où vous n'auriez certainement pas daigné venir ijnand j'étais riche, et que vous me demandez une chose qu'il m'est absolument inq)ossible de vous donner'.' Cruelle fortune, ne cesseras-tu donc jamais de me persécuter ! J'ai soufl'crt patiemment toutes mes disgrâces ; mais je vous avoue, madame, ipie celle-ci m'accable : je n'ai plus de faucon. Aussitôt que vous m'avez fait la grâce de me dire (|uc vous veniez diiu'r avec moi, sensiitle à cette grande faveur, j'ai pensé ipi'il iallail, selon niuii petit [louvoir, vous ollrir un
51(1 CO.M'KS 1)K UOCCACr.
iiicl> |ilus (li'lical i|iii' ii; ([u'oii siTl (irdiniiiri'iiioiil piuir tl";iiilrc> |i(im)iiiu>. .\v me suis soiivciiu du l'aucou : j'ai ponsù qu'il serait assez lion pour vous èlre présunlé ; je l'ai lue sans balaneer, queliiue excellent (|u'ii lut pour la eliassc. el vous l'ai fait servir ii diner. Mais puisque vous desiriez lavoir vivant, je ne me consolerai jamais de vous I avoii- donné à manger. Je ne le vois cpie trop, il est de ma malheureuse destimi' de ne pouvoir rien l'aire {|ui vous soit agréable. » Après CCS paroles, pour la convaincre (|u'il était luin de lui m inipo^ei', il lit ap- ])orter les phnnes, les serres et le lice de l'oiseau.
-Madame Jeanne le blâma Tort d'avoir tué un iam un d'un tel prix, poui le lui servir à manger ; mais dans le i'ond de son âme, clic lui ^ut un gré infini de sa générosité, que le malheur et la misère n'avaient pu lui liiirc perdre. « ,1c vous tiendrai conqile toute ma vie, lui dit-elle ensuite, de ce sacrifice, de (piehpu' manière (pie la Providence dispose de mou (ils. » Se voyant donc sans espoir d'avoir le faucon, elle prit congé de l'édéric, le remercia de son honnêteté et de ses bonnes intentions, et s'en retourna fort triste, rêvant à ce qu'elle dirait à son enfant pour le consoler du malheur (|ui riait lurivc. Mlle le Iroiiva plus malade, et eut la douleur de le voir mourir (pieiipics jnurs ajirès, soil (pie le chagrin de n'avoir pu avoir le faucon eût empiré son état, soil (juc sa maladie fût mortelle de sa nature.
Celte mort aflligea beaucoup la dame. Après avoir donné (juclipics jours à ses larmes, elle se vit sollicilée par ses frères à se remarier, |)arce qu'elle; était encore jeune et fort riche. Elle n'en avait pas trop d'envie ; mais se voyant tous les jours pressée par ses parents et ses amies, elle se ressouvint de riionnétcté, de la constance, de la généi'osité de Fédéric, cpii avait tué son faucon pour lui donner à dîner. « Je demeurerais volontiers veuve, dit-elle à ses parents, >i cela vous faisait plaisir ; mais puisque vous voulez (pie je me remarie, je vous liréviens que je n'accepterai jamais pour époux que Fédéric d'Albérigni. — Que dites-vous là? s'écrièrent ses frères en se iiio(piaiil d'elle. Parlez-vous séricuseiiient ? nous ne jiouvons le croire. Ignorez-vous (pu' ce gentilhonnne est aujourd'hui dans la plus affreuse misère? — Je le sais, répliqua-t-elic : mais j'aime mieux un lionnnc (pii ait besoin de richesses, (jue des richesses ipii aient besoin d'ïui homme. » Ses frères, la voyant décidée à ne pas prendre d'autre mari que celui-là, ne |)ouvanl d'ailleurs se dissimuler que Fédéric ne fût un très-honnéte gcnlilhonnue, consentirent qu'elle l'épousât, tout pauvre (pi'il était. Le mariage se fit avec beaucoup de magniticcnce. Le nouvel époux, (jue l'adversité avait rendu sage, se voyant, pour la seconde fois, à la tète d'une grande fortune, devint economi», et passa avec celle (|u'il avait si longtemps aimée, des jours heureux dans les plaisirs el dans la phis Irinlrc ri \.i ]ilii> parlaite union. *
CINOCIEMK ,101 ll.NEK.
NOIJVLLLI' X
LK COCU CONSOLK
11 n'y a pas longtemps qu'à Pérousc vivait un honnie fort riche, nonniic Pierre Vinciolo, fort connu pour aimer les plaisirs, mais soupçonné d'indillérence pour ceux que les femmes procurent. A(in de détruire dans l'esprit de ses compatriotes ces soupçons qui n'étaient que trop fondés, il ])rit le parti de se marier, et épousa une demoiselle bien propre à le ramener dans le bon cbem'in. Elle était jeune, grande, robuste, les yeux vifs, le poil ardent, d'une com- |ilexion, en un mol, qui eût demande deux maris au lieu d'un. Malheureusenu'nt pour elle, celui (ju'elle venait d'épouser n'était rien moins que disposé à bien remplir les devoirs naturels du mariage; son goût et son penchant l'éloignaient des femmes ; de sorte qu'il ne couchait avec la sienne que le moins qu'il pouvait, et seulement pour lui donner le cliange sur le vice honteux dont il était entiché. Cette conduite ne contentait point la dame, (|ui était gourmandéc par son tempérament. Comme elle ne pouvait soupçonner son mari d'impuissance, puisqu'il était vigoureux et à la Heur de son âge, elle se douta de sa dépravation, et commença à se fâcher. Elle débuta par les reproches, et linit par les injures. C'étaient tous les jours nouveaux débals, nouvelle guerre dans le ménage : enfin, voyant que toutes ces querelles n'aboutissaient qu'à altérer sa santé, sans pouvoir réformer son indigne mari, elle résolut de le jiunir de son indifférence. « Puisque ce malheureux, dit-elle en elle-même, ne me rend point le devoir auquel il est obligé par le mariage, et qu'il m'abandonne ainsi à la lleur de mon âge pour satisfaire un mauvais penchant, il est juste que je me pourvoie de quebpie galant qui me dédommage des plaisirs dont il me prive. Je ne lui ai ajiporté une bonne dot et ne l'ai accepté pour mari (|ue parce que j'ai cru qu'il était homme, et qu'il aimait ce que les autres aiment et doivent aimer. Il savait que j'étais femme; il ne devait donc pas me prendre, puisqu'il n'aimait pas mon sexe. 0 l'infume ! non, je ne lui pardonnerai jamais de m'avoir ainsi trompée. Si j'avais voulu renoncer aux plaisirs du monde, je me serais faite religieuse ; mais puisque je n'y ai point renoncé, pourquoi eu serais-je privée? Dois-je laisser passer ma jeunesse sans jouir de son plus bel apanage! (juand je serai vieille, on ne voudra plus de moi. Mettons donc le temps du jeune âge à proiit, alin de nous épargner des regiets inutiles, (piand
51S l'.itNTES DI' itOCCVCK.
ti'l licliri'lix aj;csci;i |ia>>(''. Il in'cn ilniiiii' liii-iiii'iur {(Ariiiiiic. Mnii iiiliiii'lili' sera moins rriiniiicllc (|iii' l;i vieillie : je ne IpicsscrMi (|iii' les lois de iiiii\ciilii>ii. au lieu (luo lui hlcssc vu iiiriuc Iciiips ci's luis l'I ccIIl's de lu iialiiic. »
La [Ole reniplio do ces louables idées, elle ne songea (|u';hi\ miovciis d (M'culcr son projet, en làeliaiil néanmoins de ne ])as se com|)iomettre dans l'espiil de son mari. Elle s'adressa, pour cet elVet, à une vieille entremelleuse, (ju'on amail piise pour une sainte, à n'en jn},'er ipie ])ar l'extérieur. Celle femme avait toujours le ehapelel au poini;, et |)assait la plus grande partie du temps dans les églises ; elle n'ouvrait la iHinrlic ipic pour lii'iiir le Scii;Mriir, louer la vie des saints, ou parler des plaies de samt Irançois ; en nu mol, un I auiait eanoniséc sur sa mine. I.a lielle prit son temps [lotir s'omrir à celte lnMine livpniritc : elle lui coula son eas, et ee qu'elle se proposait d'exéeuter. « .Ma lille, répiiudil la \ieille béate, j'approuve votre dessein ; et (|uand volie mari serait moins coupable, vous l'eriez Ires-bien de iintlre ;i pidlil les instants précieux de votre jeunesse. Pour toute l'emme ipii a du iuucmeiil, d n'est point de regret plus cuisant (|ue celui d'avoir jienlu le l'ruil de ses belles années. »
Il tardait à la jeune femme (pi'elle eût achevé de parler, pour lui dire (jue si elle venait à rencontrer nu jeune bonnne qui passait frécpieminenl dans son quartier, et dtuit elle lui lit le portrait, elle làcliàt de l'aborder pour savoir s"d serait bomnie à proliter d'une bonne fortune. .Vprès cette instruction, elle lui il(UiiKi OU morceau de viande sali'c, cl la cunijédia.
La lionne vieille sut si bien s'y prendre, (pi'elle ut' tarda point à lui amener le jeune liumnie. (juehpies jours après, (die lin en procura un seciuid, puis un Irnisième, puis d'autres encore, selon la fantaisie de la jeune d.iiiie, qui, à ce ipriiii \oit, aimait le changement. Elle ne laissait pas de picndre des mesures pour diToliei- son nouveau geni'c de vie à la C(nniaissance de son man, quehpies t(irts qu'd eut envers elle.
(ionnue elle (''tait de bon app(''lit, elli' iniiltipli.iit et prolongeait tant (|u'elle pouvait les visites des galants, atin de mettre le temps ,'i piotit, selon le bon conseil lie la \ieille entremelteuse. In junr que smi mari lut imiti' à sunper chez un de ses amis, noinnn'^ llercolan, elle crut devoir proliter de l'occasiiui |iour engager la vieille à lui amener un jeune luunme des plus beaux et des mieux faits de l'élonse : re ipie ci'lle-ci tit iiirnnl illeiit . I.a dame et le nouveau galant se son! a |ieine mis m table |iiiiir -•iinper, que \inciiil(i frappe à la poi'te, et cric qu'on lui iiu\ie. la belle, enteinbint la \oi\ de son ni, ni qu'elle n'attendait pas sitôt, se crut perdue. Idie se met néamnoins en devnir de cacher l'amoureux, (|ui ne savait trop non plus que devenir. Smt qu'elle n'eût pas le temps de le cacher mieux, soit que la surprise rempéchàl de raisonner, elle le lit mettre dans une esi)èce de j;alerie atlenanle à la salle où ils soupaieni, siuis une ca^e à poules, qu'ell" eoii\iil d'un sac qu'elh' avait liiil ce jniir-l;'!. reiidaiil
Le Cocu consolé.
CINQCIÈMI-: .lOLlîNÉI':. ">1!i
ce loni|is, la servante, inii, comiiipdn le sent tiès-hien, était dans sa conlidence, enleinie ee (pii était sur la table : et, cela fait, clic emirt ouvrir la porte à Yinciolo. (1 (Juoi ! vous voilà déjà? lui dit sa femme. Vous avez eu bientôt soujié. — Je n'iii rien fait moins que cela, repondit le mari. — Vous m'étonnez, reprit-elle: et d'où vient que vous n'avez pas soupe? — In accident qui a mis toute la maison d'Hercolan en désordre nous en a empêchés. A peine nous liions-nous mis à table, lui, sa femme et moi, que nous avons entendu éternuer à quatre ])as de nous. On y a l'ait peu d'attention la première fois ; mais nous Tivons été fort surpris d'entendre le même bruit cinq ou six fois de suite, et même davantage. Ne voyant personne autour de nous, nous ne savions que jienscr, et nous étions dans le plus grand étonncment : alors Hercolan, qui était déjà de mauvaise humeur contre sa femme, de ce qu'elle nous avait fait attendre un peu de tenqjs à la porte, lui a demandé, en colère, ce que cela voulait dire. Comme elle ne lui répond rien, et qu'elle paraît embarrassée, il .<e lève de table, et va vers un escalier tout proche de la chambre où nous étions, sous lequel était un petit réduit fait de planches, d'où il lui a semblé (pie partait l'éternument. La porte de cette espèce de cabinet, comme il v en a dans presque toutes les maisons, n'a pas été plutôt ouverte, cpTil en est sorti une puanteur insupportable. Nous avions déjà senti cette mauvaise odeur, et llarcidau s'en était plaint ; mais sa femme s'était excusée, en disant que ce n'était autre chose que la vapeur d'un peu de soufre qu'elle avait brûlé jiour blanchir du linge (prelle avait étendu dans cet endroit, afin (pi'il reçût la fumée ipii y restait encore. Cette fumée s'élant un peu dissipée, Ilereolan regaide dans cette cachette, et aperçoit celui qui avait éternué, et qtii venait d'éternner encoie ])ar la force du minéral dont la vapeur lui montait à la tète, et qui avait failli à l'étouffer. Se tournant alors vers sa femme : « ,1e vois à présent, lui a-t-il dit, pourquoi tu nous a tenus si longtemps à la porte. Ce procédé iiK'rite une récompense, et je suis trop équitable pour te la refuser : elle sera si bonne, que je me flatte que tu l'en souviendras toute ta vie. » La femme, sur cela, a |uis la fuite, et s'est sauvée je ne sais où, sans chercher seulement à se justifier, llcrcdlan, sans prendre garde qu'elle s'évadait, a dit plusieurs fois à l'éternueur de sortir |ironq)tement de sa niche ; mais, comme il était jilus mort que vil', il n'a pas branlé pour cela : il l'a j)ris par la jambe, et l'a traine dehors ; après quoi il est allé prendre son épée, à dessein de le tuer. La crainte d'être enveliqqjé dans un meurtre, m'a fait courir au-devant de lui, et je l'ai empêché de lui |)orter le moindre coup. Mes cris et le bruit que je faisais pour défendre le criupable ont attiré quelques voisins qui, voyant le jeune homme à demi mort, l'ont emporté je ne sais où. Voilà quel a été notre souper. J'avais à peine avale le premier morceau lorsque cette scène a commencé : ainsi juge si je dois avoir faim. »
^>'iO Cd.NTKS liK lidCCACi:.
I.;i iImiii." ciinmil |.ai- iv l'.-cil (iii'cllc ir,'.|;iil pn- In .m^iiI,. IV ,,. ,|iii cul .|,>s
aiiiotnx'UX, inalfii-r les (ianjicrs aii\(|iicls ils .s'c\|mis( ni. illc nil \cuilu, dr Ioni son cœur, i-xcusit la rciiiiiu' (rilcm.jaii : mais iiiniii].' il lui sciiiMail (|ir.n hlàinanl li's l'autcs d'aulriii clip se procurai! plus de facilité pour cacher h's siennes, elle se mit à déclamer contre elle en ces termes : « Voilà assurément nue belle condnile I (Jni l'aiirail cru'.' .le la regardais cinume la plus honnête, la |)lus vertueuse, la plus saintr de lonhs les fenimes. l'io/.-vons, après cela, à ces dévotes, (pi i ne Ioni les mijaurées ipir pour iiiicu\ caclirr Icnr jcn ! Mais
4^il'l:<^
qui pourrait Icnicr d'cMiisci i rllr-l:'i, qui n'osi m jciino. m mai iiiarK'c '.' 1! l'aiil coiivenil' (iirolir donne là un iiel exemple ;iii\ anlres l'emmes' Mandile soi! I lieiii'i' ipi'elle \inl ail monde! puisse celle lemme impiiie l'Ii'e elle-mi'ine un ohjet de malédiclimi, puis(|n"elle \il dans le crime et le désoidre ! L"iudi}|iU' créature ! elle est la honte cl l'opiiroln c de noire sexe. Est-ce donc là la récompense qu'elle réservait à rhonuèteté de sou mari, de cet homme généralemeut respecté, ipii avait pour elle toutes les c(miplaisanccs et tous les égards possihles'.' 1," ingrat e n'a pa-- erainl île le ili'>lioi]orer pour prix dc> ses liieidails, el de se (léshonoier eile-mi'me sans pndeiii ! Iles lemmes île cette trempe mérilcraienl d'eire In idées vives sans misi'ricorde. »
.\pi'ès avoir |iarl('' de la sorte, et n'onidiani pa^ (jiii' son galani était eneorc
CIMOLlIÈMt; JOURNÉE. 521
sous la cai;e, elle dil ;i son mali iju'il était teni[)s d'aller se coucher. Le mari, qui avait plus envie de manger i|uc de dormir, lui demanda s'il n'était rien resté de son souper. « De mon souper ! répondit-elle : vraiment, nous avons coutume défaire grande chère quand tu n'y es pas I Tu me prends, je crois, pour la lemme d'Hercolan... Va te coucher, te dis-je, tu mangeras demain de meilleur appétit. »
Ce soir-là même, les l'ermicrs de Vinciolo lui avaient apporté des denrées d'une de ses métairies, et avaient mis leurs ânes, sans les abreuver, dans une fietite écurie qui joignait la galerie où le galant était en cage. Il arriva qu'un de ces ânes, pressé par la soif, se détacha et sortit de l'écurie, flairant par-ci par-là pour trouver de l'eau. Courant ainsi de côté et d'autre, il passa près de la cage sous laquelle était le jeune amoureux, et lui marcha sur les doigts ([ui débordaient un peu ; car le pauvre diable avait été forcé, par la forme de la cage, de se tenir courbé sur le ventre, et de coller ses mains contre terre pour se soutenir avec moins de fatigue. La douleur qu'il sentit lui fit pousser un grand cri. Vinciolo l'entendit, et fut fort étonné, voyant qu'il ne pouvait venir d'ailleurs que de chez lui. Il sort de la chambre; et comme le galant continuait de se plaindre, parce que l'âne avait toujours les pieds sur ses doigts, il crie : « Qui est là? » et court droit à la cage. Il la lève, et trouve l'oiseau, qui tremblait de tous ses membres, dans la crainte que le mari irrité ne lui fit mal passer son temps. Mais Vinciolo, l'ayant reconnu pour lui avoir fait longtemps et inutilement sa cour, se borna à lui demander ce qu'il venait faire dans sa maison. Il n'en eut pour toute réponse sinon qu'il le suppliait de ne lui faire aucun mal. « Lève-loi, lui dit-il alors, et ne crains rien; mais à condition que tu me diras comment et pourquoi tu es venu ici ; » ce que le jeune homme fit incontinent. Le mari, aussi joyeux d'avoir trouvé l'Adonis, que sa femme en était triste et affligée, le prit par la main et le mena à son infidèle, qui était dans une crainte et un saisissement qu'il n'est pas possible d'exprimer. « Eh bien, ma chère femme, lui dit-il en l'abordant, comment justifierez-vous ce trait-ci? Etes-vous d'avis, à présent, qu'on brûle toutes les femmes de la trempe de celle d'Hercolan? Eallait-il déclamer avec tant de vivacité contre elle, quand vous étiez aussi coupable? Faites-vous plus d'honneur à votre sexe? Vous ne l'avez lilàmée avec tant de hauteur ([ue pour mieux cacher votre jeu. Voilà comme vous êtes faites, vous autres femmes ; vous ne valez pas mieux les unes que les autres. Je voudrais que le dialile vous einporlàt toutes tant (jue vous êtes. »
La belle, voyant que de prime abord il ne l'avait maltraitée que de paroles, et jugeant qu'elle en serait quitte à meilleur marché qu'elle n'avait cru, ne douta point que son mari ne fût bien aise de tenir dans ses filets un aussi beau garçon. Cette idée la ranima un peu, et elle lui répondit sans être émue : « Tu
ô'j'i coNi'Ks ni': iKicc.ACi:.
xoiiihiiis (|iic le ili:ililc iKiiis ciiiikh l;il loulrs! J'en >iiis lrt's-|ioi,siia(l('H', et cela ne inV'Ioiint' aiiniiu'im'iil, |iiiisini(' lu alilioiics notre sexe; mais, grâce à Dieu, il n'en sera rien. J'ajovile, puisqu'il t'aul enliii s'expliquer, (|ue tes inipréeations ne m'eiTrayent point. .Vu liout du compte, peux-ln raisonnai)lemenl te plainilie (le ma eontluite? Il y a bien de la dilléience entre la femme d'Ilercolan et la tienne : celle-là est une l>igote, une hypocrite, une vérilalde mi'ijère, à (pii son mari ne laisse pas d'accordei' tout ce quClle lui (icin^nule : elle ne jeûne de rien, toute vieille qu'elle est. Il en est le ciuitraiic de nmi. ,1c conviendrai sans peine qu'en t'ait de vêtements et de parures tu me laisses peu de cliost; à désirer ; mais ne faut-il que cela à une fcnnne de mon Age? Tu sais cond)ien il y a de temps que lu ne m'as fait la moindre caresse... J'aimerais mieux aller pieds nus et mal vêtue, jionrvn ipie tu lisses liien le service conjugal, que d'être la mieux parée de toute la ville, licoute, l'ieire, puisqu'il faut te parler sincèrement, je veux bien (jne lu saches une bonne fois que je suis femme connnc les autres ; ce qu'elles désirent, je le désire aussi ; comme elles j'ai des passions, et je dois, connne elles, chercher à les satisfaire. Si tu l'y refuses, |)eux-tu trouver mauvais cpie j'aie rccoms à d'autres? .\u moins le fais-je honneur dans mes goûts, puisque je ne m'abandonne, comme tant d'antres, ni à des valets, ni à des malotrus. Tu ne saurais nier (pu' le galant (|uc j'ai choisi ne soit un jnli garçon. »
Le mari, qui, comme je l'ai déjà fait eulcndre, n'estimait guère les femmes, et (|ui conmiençait à se lasser du clabaudagc de la sienne, rinterrompit en lui disant : (c Allons, ma fciiiiin', iTiMi parlons pln>, lu auras lieu d'elle contente de moi surtout ceci ; lu sais (jncje suiï. bon diable; ainsi jdiis de repioclics de part ni d'anlre. Tout ce que je demande, c'est à souper ; car je crois (pu' ce beau jeune homme n'a [ias fait meilleure chère (pie nmi. — Cela est très-vi'ai, répli(pia la conjmère, nous ne faisions (pie nous mellre à table lorsiiue, malheureusement pour nous, vous avez frappé à la porte. — Dépêche-toi donc, reprit Vinciolo, donne-nous à souper ; j'arrangerai ensuite les choses de manière que lu n'auras pas à le |)lain(lre. » La bonne dame, voyant son mari apaisé, lit aussitôt remettre la na|)pe, et servir les mets (prelle avait fait apprêter, el smipa lran(|uillement avei rinlïiiiie tocn ri le jeune galant. De vous apprendre ce (|ui se passa, a|)rès le repas, entre ces trois personnages, c'est ce i|ue je ne saurais l'aire. Je vous dirai seulement que le lendemain les nouvellistes de la place de Pérouse étaient fort embarrassés de décider kMpu'l du mari on de la femme ou dn galant avait passé la miil d'une manière plus agréable.
NOUVELLI- PREMIERE
lE MAUVAIS CONTEUR
11 n'v a pas longtemps (|iril y avait dans noire lionne ville do Florence une dame de condilion, très-aimal)le et parlant bien, nommée Ilorelle, ci femme de mcssire Ceri Spina. Pendant son séjour à la campagne, où elle passait six mois de l'année, elle fit la partie', avec plusieurs dames cl plusieurs messieurs qu'elle avait eus la veille à dîner chez elle, d'aller voir un sien parent ou ami doni la maison de plaisance était voisine de la sienne. La moitié de la bande était à pied, et l'autre h clicval. Comme elle était du nombre des premiers, et (ju'ellc paraissait un peu fatiguée, un des cavaliers lui offrit de la prendre en croupe, et de lui conter, chemin faisant, la plus jolie histoire du monde. La dame accepte l'olfrc, et voilà mon homme qui commence son récit. Or, vous saurez (jue ce gcntilliomme était aussi pi'opre à raconter des histoires (pi'à