‹ Contes;Chapitre 28 sur 56 · COMKS m: IlOCCACK · texte numérisé non relu

COMKS m: IlOCCACK

iiorliT une t''|iéf an còti'. Il s'iiiiliKniillc, il se rriiótc, il se r('|iiciiil, il \fut rpcoiimicneor, il s'embarrasse de nouveau, coni'ond les noms: en nu iimi, il ne sail ni ce (|u'il dil, ni ce <|iril doil dire. Madame llnrelle. (|ni ;'i liavers ce galimatias idinjuil (|uc le lail doni il ^ a^'issail ('tait intci'essant, snulTiail crueUeuM'ut de le voir' estrn|iié de la jdus L'tiauf;e manière. F.lle patienta ipiel- (|ue temps : mais, voyant eidin (|ue le conteur s'embarrassait de plus en |dus, et désesjicrant de le voir sortir du désordre où il s'était jeté, elle ne put se contenir, et prit le paiii de lui dire brusquement : « Je vous |)rie, monsieur, de vouloir liien me laisser descendre; votre ebeval est trop rude jiour nmi. » Le cavalier, (pii ne inanf|uait |)as d'intelligence, (pioicpril sût mal raconl<'r. comprit fort bien ce (pie cela voulait dire : il laissa là l'Iiistoire (pi'il avait si mal commencée et plus mal continuée, parla d'antres elioses, el Unit pai amuser la dame (|n'il avait d'abord si l'oit ennuyée.

NOUVKLLi: H

K lit II i.\.N(;i:it

Le pape Bonifaee, avant (pielques alTaires à dénuMer avec la république de Floi'ence, y envoya des ambassadeurs. Ils allèrent loger elicz messire Geri Spina, qui jouissait d'un grand crédit auprès du souverain pontife. Gerì fit de son mieux pour leur rendre le séjour de Florence agréable, et les accoin|)agnail partout. Ils passaient presque tous les matins dans la rue de Notre-Dame d'Ugbi, où demeurait un célèbre boulanger, nommé Ciste. Quoique cet liomiiie eut amassé beaucoup de bien à l'aire du jiain, el (pi'il ei'it des senlimenls bien supérieurs à sa profession, il ne vonlnl jamais la (piillei . Il ne laissait pas de vivre dans la plus grandi' aisance, d'avoir boniu' table, el la cave garnie des meilleurs vins (|u'ou recueillit dans la Toscane et ses environs. Comme il voyait passer clia(|ue jour devant sa b()uti(|ue messire (ieri et les ambassadeurs de Sa Sainteté à des beures où la grande clialeur commençait à se l'aire sentir, il crut qu'il serait très-honnéte à lui de les imiter à boire de son bon \iii : mais comme il connaissait la distance (pi il v a\ait entre les iiiini-tics iriiii grand souverain et nu boulanger, il craignit de b nr en laire la |iiii|iomIioii. Il pensa donc à trouver un moyen pour les engager à s'inviter eux-mêmes. Dans cette idée, à l'beure à peu près rpi'il croyait que Geri el les ambassadeurs passeraient, il se l'ait appui 1er devaiil >a porte un simii joit propic, plein d'eau l'raiebe, un petit vais-

seau de terre de Boulogne également fort propre, plein de son excellent vin, et deux verres bien rincés et extrêmement clairs. Là, en veste et en tablier de toile fort blancbe et toujours propre, assis sur un petit banc, après avoir toussé et craché avec mesure, il buvait, au moment (|ii'il k'.s voyait venir, ses deux verres de vin avec une délectation qui faisait envie. Messire Gcri, ayant vu ce manège deuxjours de suite, lui dit à la troisième fois : « Eh bien, Ciste, est-il bon? — Excellent, monsieur, répondit le boulanger en se levant; mais le moyen de vous le persuader, si vous n'en goûtez vous-même? » Messire Geri, soit à cause du grand chaud, soit qu'il eût couru plus qu'à l'ordinaire, soit enfin que le plaisir avec lequel il voyait boire le boulanger lui donnât envie d'en faire autant, se tourne alors vers les ambassadeurs, et leur dit en souriant : « Je suis d'avis, messieurs, que nous goûtions le vin de cet honnête homme ; peut-être ne nous en repentirons-nous pas. » Us s'approchent aussitôt de Ciste, qui les conduit dans son arrière-boutique, et les prie de s'asseoir. Il fait retirer leurs domestiques, qui s'avançaient pour servir leurs maîtres, en leur disant qu'il était aussi bon échanson que bon boulanger ; et après avoir rincé quatre petits verres, il verse lui-même à boire à Geri et aux ambassadeurs, qui furent si contents de son vin, qu'ils avouèrent que depuis longtemps ils n'en avaient bu d'aussi bon, et lui promirent de revenir en boire tous les jours; ce (pi'ils llrent très-exactement. ^

Quand les ministres du pape eurent terminé leurs négociations, et qu'ils se disposaient à s'en retourner à Rome, messire Geri leur donna un repas splendide, où il invita la plupart des notables de Florence. Ciste v fut pareillement invité; mais il refusa constamment de s'y rendre. Geri, voyant cela, envoya lui demander un tlacon de son bon vin, afin d'en donner un demi-verre à chaque convive au commencement du repas. Le domestique qui avait été le rhercher, fâché de ce qu'il n'en était pas resté pour lui, s'avisa, en retournant chez le boulanger, de se munir d'une grande bouteille, le priant de la remplir. A la vue de ce grand flacon, Ciste lui dit : « Tu te trompes, mon ami, ce n'est certainement ])oint ici que ton maître t'envoie. » Le valet eut beau lui protester qu'il ne se tronqiait ])as, il n'en put tirer d'autre réponse, et retourna vers son maître, à (jui il rapporta ce (jue Ciste lui avait répondu. « Retourne chez lui, dit Geri ; s'il le fait la même réponse, demande-lui où est-ce qu'il pense que je t'envoie. « Le domestique obéit, et dit à Ciste : « Soyez assuré que c'est ici que mon maître m'envoie. — Cela n'est pas possible, répondit le boulanger, tu te trompes assurément. — Où m'envoie-t-il donc, s'il vous plaît? reprit le domestique. — A la rivière d'Arno, » ré|)liqua Ciste. Sur le rapport de l'émissaire, messire Geri voulut voir le flacon ; et le trouvant d'une grandeur démesurée : « Ciste a raison, » s'écria-l-il ; et après avoir fait de vifs reproches à son valet, il lui ordonna de prendre \ni vaisseau raisonnable, et d'y retourner. Ciste, ne

ZW C.ONTKS DK lincr.ACF..

VDvaiil plus li\t;iantl tlacon : « JtM^omiais à iurscul. dil-il. (nic i"i'>l ici (juc Imi iiiaili'c t'envoie; » el lui lemiilil de f^rand nnir relui qu'il avait a|>p<irlé. I.e iiièiuc jour il fil remplir un loiiueau du luèuie vin, et le lit jiorter elie/. niessirc Geri, où il se rendit peu d'iustanls après. « Ne eroyez pas, monsieur, lui dit-il en l'aliordant, ipie j'aie été étonné de la grande cantine de ce matin ; mais vous avant l'ait voir, ces jours passés, par mes pilili- liunleillcs, (pie ce vin n'était pas pour les valets, j"ai cru devoir vous en taire ressouveiiii'. .Maintenant ipie je vous ai envoyé ce qu'il restait de celle pièce, vous en disposerez comme inni vous semblera. Je vous prie seulement de l'acccpter d'aussi bon cœni' cpie je vous le donne^ » Messirc Geri recul le présent de Ciste avec toutes les démonstrations do la reconnaissance. Depuis ce joui . il lui de ses amis, cl disait souvent que c'était grand dommage ijii'un aussi galani liummc passât sa vie dans le métier de boulaniîcr.

M)Ivi:lij; m

I,K M\l!l \V \lîK. Iti LA tîi;i'AKTIt;

Un seigneur catalan, nommé messire Diego de la Rata, grand maréelial des armées de Robert, roi de Naplcs, vint visiter Florence, lorsque le sage et vertueux messire .\ntoine Dorso en était encore évèque. Comme ce seigneur était aussi galant que bel iiomme, sa principale occupation, pendant son séjour dans notre bonne ville, était de l'aire sa cour aux'dames. 11 devint amoureux, entre autres, d'une nièce du l'rère de l'évèque, qui passait pour une beauté rare. Le mai'i de cette belle dame, quoique rielie et de naissance, avait des sentimenls Imi lins et un très-vilain caractère. Son vice iloiuinanl était une avarice sordide. \a' maiéclial, (|ui connaissait le personnage, laiil par la\iiix publique que d'après SCS propres observations, ne lit pas dilliciilli' di' Ini olïrir cin([ cents ducals pour (pi'il le laissât couclier une unii avec sa l'emme, que notre avare tenait de court. La proposition ayant été acceptée sans beaucoup de cérémonies, le rusé Catalan, qui vunlail pumi le mari i\v sa làciiclé, lit <lorcr des pièces de monnaie conimes sous le nom de popolius, (jui avaient alors cours dans la Toscane; et après avoir passé la nuit avec la belle, qui ne fui sans doute point consuliée, el (|ui dut le piendre pour son mari, il remit à celui-ci les prétendus ducats dont il avait pris soin de se munir. J'ignore si le Catalan indi.scret se \aiila de sa bnmie i'urlune, on si le mari, en m' plaii^iiaiil de la Iroii;-

SIXIÈME JOUKNÉli. 327

perie, lit connaître liii-nicnic sa turpitude ; ce qui est certain, c'est que l'aventure fut sue de toute la ville, et que les plaisants en rirent beaucoup. L'évcque, en homme sage, lit semblant de ne rien savoir ; il reçut le Catalan à son ordinaire, et ils étaient souvent ensemble. Un jour de Saint-Jean, qu'ils se promenaient tous deux à cheval par la ville, ils s'arrêtèrent dans la rue où l'on faisait les courses. Ils s'approchent d'un groupe de dames qui s'amusaient à voir les coureurs, et se trouvent à côté d'une jeune et belle femme, nouvellement mariée, que vous pouvez avoir tous connue, et que la peste vient de nous enle-

-i.to.isA/r.

ver. C'était madame Nonne de Pulci, cousine de messire Alesso Uinucci, logée près de la porte Saint-Pierre. Cette dame, outre la jeunesse et la beauté, avait beaucoup d'esprit, et jiarlait aVec alitalil de gnice (pie de facilité. L'évéquc, qui la connaissait un peu, la fit voir au grand mcréclial. Itn moment après, le prélat, oubliant sa ])rudence ordinaire, adresse la parole à cette dame; et^ frappant sur l'épaule du Catalan : « Ouc dites-vous de Ce cavalier, madame Nonne? Pourricz-vous bien en faire la conquête?» tabelle^ croyant (pie ces paroles attaquaient son honneur, et jugeant qu'elles m- pouvaient (pie donner des impressions désavantageuses sur son compte à ceux ipii les avaient entendues, répundil pruiiiptcment, et sans i lienlier à se justilicr : « Peut-être aussi.

.V28 iiiMKS IiK UdCCACi:.

nioiisfit;iiciir, iimiiil-il di' Li |i( ine h ImÌic hi iiiicniu' : en Imil rns, je |iuis vous assurer i\nc si je nie laissais vaincre, ce ne serait pas pour de la fausse monnaie. » Le préla( el le Catalan, tous deux ])ifpiés au vif do cette repartie, l'un pour s'être cdinliiil si |ii'ii lnnuicleiiifMl .'i IV'iiaid d'une fciiinie Iiniinile, l'autre comme panni nu allié du mari avare el crapuleux, se relircrenl Ioni confus, sans oser rien répliipu'r.

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