LA FAUVETTE DU CALVAIRE
Et, sur le Golgotha noir de peuple infidèle,
Quand les vautours, à grand bruit d'aile. Flairant la mort, volaient en rond;
Sortant d'un bois en fleur au pied de la colline. Une fauvette pèlerine
Pour consoler Jésus se posa sur son front.
Oubliant pour la Croix son doux nid sur la branche, Elle chantait, pleurait et piétinait en vain. Et de son bec pieux mordait l'épine blanche.
Vermeille, hélas ! du sang divin ;
Et l'ironique diadème Pesait plus douloureux au front du moribond. Et Jésus, souriant d'un sourire suprême.
Dit à la fauvette : « A quoi bon ?...
«A quoi bon te rougir aux blessures divines? Aux clous du saint gibet à quoi bon t'écorcher? Il est, petit oiseau, des maux et des épines Que du front et du cœur on ne peut arracher.
« La tempête qui m'environne Jette au vent ta plume et ta voix.
Et ton stérile effort, au poids de ma couronne. Sans même l'effeuiller, ajoute un nouveau poids. »
La fauvette comprit, et, déployant son aile, Au perchoir épineux déchirée à moitié, Dans son nid, que berçait la branche maternelle, Courut ensevelir ses chants et sa pitié.
Oh ! non, je n'irai pas, sous ce toit solitaire, Troubler ce juste en pleurs par le bruit de mes pas : Car il est, voyez-vous, de grands deuils sur la terre, Devant qui l'amitié doit prier et se taire: Oh! non, je n'irai pas.
LA FERMIERE