‹ Contes hollandaisChapitre 11 sur 17 · L'HÉRITAGE · texte numérisé non relu

L'HÉRITAGE

Tu voulais dîner à Meudon je voulais souper à Suresnes — 7 heurie t pousse à Bourg-la-Reine ei Ginisty à l'Odéon...

Tu voulais boire du regin"let, l'aie m'attirait à l'horizon — On effeuill' Doumic à Boston, ii Xanterre on couronn Sarcey

Alors nous prîmes deux trains

Paris et vers Montparnasse — ':>rnier qui n'est pas dans le train Lemerr qu'a tué le Parnasse, etc.

Par . .Alors la gâchette reti-

rée, et assuré désormais qu'il avait chantonné sans soulever d'ennemi, Cyprien avança à pas de loup vers la porte ei l'ouvrit brusquement, sur h' jardin. C'était le silence ! Il referma, traversa le fumoir-, ouvrit sur la rue, c'était l'ombre, le silence, la paix : il regarda à la fenêtre, tout dormait, saut' les étoiles, el encore ! Donc, il rentra bravement au fumoir.

— Maintenant qu'Humbert est cassé, qu'estce que je vais devenir ?

Prends la reine d'Angleterre ! cria la voix.

— Ah ça, mon oncle, est-ce que c'est vous ? dit Cyprien.

— Son oncle, il appelle son oncle, oh ! la bonne blague, reprend la voix.

— Je vous ferai observer, voix, que vous êtes à peine polie.

— Prends la reine d'Angleterre,

La reine d'Angleterre, sa bourrique et son

[marmot

s'en allaient à la guerre pour dompter VEsqui-

[mau

Tu ne m'as pas reconnu, hein ! Cyprien, hein ! le neveu !

— La Providence m'en garde, et pour te montrer que tu es une voix de rien du tout, une voix de fumoir, une voix de cendrier, je vais fumer le roi des Belges.

Congo, Congo, le roi dormira bientôt

reprit la voix, bien du plaisir petit Cyprien, je m'en vais.

— Par où ?

— Par la porte, donc.

La porte s'ouvrit, se referma.

Cyprien, hagard, saisit le revolver, rouvrit la porte sur le jardin. — c'était toujours le silence et l'ombre opaque, - — il vit quelque chose remuer pourtant et s'élança : c'était un tournesol qui se balançait au vent de la nuit. Cyprien le cassa de dépit, il attendit le revolver au poing, l'effet. de cette provocation ; rien ne bougea, et Cyprient rentra dans le fumoir. Il tendit la main vers le roi des Belges.

— Allons, allons, ne te presse pas ; il est en carton celui-là. reprit la voix intangible.

Cyprien ne répondit rien, il entassa du tabac dans le roi, lui fourra l'allumette, lui mit son petit casque d'étain, il répéta dix fois cette manœuvre, le roi ne tirait pas.

re, Cyprien se rappela qu'il avait encore dans sa poche un cigare, un havane né à Rouilly ou à Chàtcauroux. il n'était pas fixé, mais un bon cigare d'étalon démocratique et qu'il en avait eu à Paris pour trois sous ; il l'alluma : il se liait, en cette occurrence fantomatique, à ■ it vraiment régulier et polytechnique qui avait présidé à la confection de re cigare ; aussi

que je donnai à la buraliste deux i ilement furent, à

prop< follemenl dépensés en la-

bac. Là-dessus, j'ai donné un sou à l'armée, un

sou à la marine, deux centimes à notre admirable mode de perception de l'impôt, et l'autre centime, je le départage à mon député et aux plus qu'admirables troupes de la Comédie-Française et de l'Opéra. Aussi, puis-je compter pour me défendre, sur mon armée, ma flotte et mon député, et sur le reste pour me distraire ».

A ce moment, une sorte de rafale fit tinter les volets, une plainte infinie s'éleva du jardin ; ce fut un long sanglot, et aussi de la transe modulée et de la plainte éolienne, et de l'appel au secours.

— Qu'est-ce qu'il y a donc, s'écria, à haute voix, Cyprien !

— Ça, dit le roi des Belges, c'est les choux qui se plaignent que tu fumes un de leur frère. Tu ne ferais pas ça si tu étais né dedans. . . ça ne se fait pas à l'étranger. . . sais-tu, Monsieur.

— ■ Bon Dieu, de bon Dieu, de tonnerre de bon Dieu ! je vais me coucher.

La porte qui donnait vers l'escalier s'ouvrit toute seule.

— Non, réflexion faite, je n'irai pas me coucher. Ah si, je vais à la Tulipe.

— C'est fermé, reprit la voix.

— ■ Allons, nous sommes deux, à ce qu'il paraît, comme toujours ; je vais dormir.

l'héritage lit

Cyprien s'en alla bouder dans un coin du divan. Il entendait respirer, très nettement.

— Ce n'est pourtant pas mon souffle. Ah ça, quelle turne de fantômes ! Après tout, fumons et buvons jusqu'au jour.

Il avisa le musée des Souverains ; il bourra le Tzar ; le Tzar se fumait très bien. Il rouvrit l'armoire, en tira un cruchon de bière, et le vida dans un broc qu'il prit au hasard sur la cheminée.

— Merci, dit le broc.

— Ah ! tu me remercieras après, laisse-moi boire.

— Ah ! je suis désenchanté, merci, merci, merci.

lit Cyprien vit un petit homme, rond, replet avec une petite touffe de cheveux blancs sur la tête, le ventre ceint d'une écharpe tricolore, qui lui serrait la main avec effusion.

— Merci, Cyprien.

Mais m'expliquerez-vous ?

— Non, rien.

— Asseyez-vous.

— Plus souvent que je reste une minute de plus dans eetje baraque ! Au revoir, mon vieux.

\h, tu vas rester.

Et Cyprien voulut saisir le petit bonhomme

par sa houppe de cheveux ; le petit bonhomme se baissa pour lui échapper, Cyprien lui lâcha son poing sur la tête ; il vit sur sa table un broc cassé et puis plus rien. Et tandis qu'il béait d'étonnement, il entendit du fond du jardin :

— Merci, merci, encore merci.

— Ah ! j'étais si tranquille à l'Anti-Phaéton, soupira le légataire.

— Fallait y rester, dit la voix.

— A 100 francs par mois, c'était maigre.

— C'est vrai, répondit la voix.

— Voix, voulez-vous prendre un verre de bière ?

— Ce n'est pas de refus, mais je ne le puis qu'après l'accomplissement d'une formalité.

— Laquelle.

— Prends sur l'étagère de droite, près des pipes, ce magot chinois tout blanc ; là, tu y es, et casse-le.

— - Ne le casse pas, clama une voix de basse.

— N'écoute pas ce bourreau, ce traître, cet histrion.

— N'écoute pas cette voix tentatrice, perfide.

— N'écoute pas ce butor.

— N'écoute pas ce gros individu qui te mystifie depuis bientôt deux heures.

— Ah, tu ne diras pas que c'est ma voix !

l'héritage 143

Cypiïen dit : Où es-tu, voix de basse.

— Ici, près de la pendule.

— Où es-tu, voix plus douce, son antagoniste. En face, dans le petit moutardier en forme

ûr Cauchoise î

Cyprien se leva, alla chercher les deux objets et les mit sur la table, il bourra sa pipe, puis il chercha, près de l'armoire, trois pintes bien simples qui n'eussent l'air de rien, des pintes qui ne parussent pas des pintes parlantes, les tourna et retourna avec précaution, puis à peu près certain que ce n'était que de la poterie ordinaire, les remplit, en mit une devant le moutardier, l'autre, devant le magot, prit la sienne par l'anse et dit : à votre santé !

Trinquer avec lui, jamais, dit le moutardier !

— Tant pis, je bois, dit le magot !

Il 'tendit son bras de porcelaine, trinqua, tourna, vida la pinte et la reposa en disant : Il y a bien longtemps que ça ne m'était arrivé, et Dieu sait si j'ai attrapé soif à regarder boire ton oncle, ton scélérat d'oncle.

l h Bcél) i\ ridicule de le traiter

ainsi ! En tout cas on imbécile

comm

Le magot hocha la tête et la balança de gau-

che à droite. Gyprien y portait la. main pour étudier le mécanisme, mais le magot s'écria :

— Tu vas me casser.

Et Cyprien retira ses mains.

— C'est toujours comme ça les hommes, dit la pinte de Cyprien, (qui pouvait parler, car elle était vide). C'est domestique au possible. On leur dit, quand ils sont près d'une porcelaine et qu'ils vont la toucher : ça va casser ;et ils s'arrêtent immédiatement par respect héréditaire des vaisselles ; c'est pas de sitôt qu'ils feront vraiment une révolution pour Marianne.

— Ah pour sûr.

— Où est-elle Marianne ? dit Cyprien.

— Cherche, crétin, dit la pinte !

Cyprien furieux, lança sa pinte contre le mur.

— Touché la Déclaration des Droits de l'homme, en son assiette mnémonique de Rouen! Macarons ! qui veut des macarons, des petits macarons, qui veut des macarons, ron-ron-ronron, qui veut des macarons !

— Ah ça, Ah ça, c'est bien ici la maison des fous?

— Ici, Ici ! vous rêvez, dit le moutardier cauchois, vous êtes en votre .maison, au palais Van Turlure, dont vous êtes le "nominatif héritier ; de plus, je vous ferai remarquer que vous me Fumez

l'héritage 145

au nez, que vous m'y faites monter la moutarde, que si je n'étais bien élevée, je vous aurais déjà adressé ma cuiller sur la joue, que vous êtes un malotru, que vous ne savez pas à qui vous fumez.

Cyprien approcha un peu de lui le petit moutardier, et se mit à l'enfumer consciencieusement.

— Ça te fait une diversion, railla l'objet, tu l'ennuies, tu t'embêtes, tu as peur, tu m'enfumes pour te le faire oublier.

rien prit le moutardier et le remit dans l'armoire.

— Très bien, dit le magot !

Cyprien prit le magot et le remit dans l'armoire.

Et maintenant, dit-il, j'aurai la paix.

lzar, encore qu'il fût d'un émail tout allemand, se conduisait parfaitement bien ; la bière de la Tulipe, malgré son goût d'orge prononcé, se laissait boii i qu'un cinquième

du sctai nvénu, donnerait l'impul-

sion née . sa rêverie, tandis qu'après,

un nouveau pot de bière de la Tulipe, lui en procurerait la flore : le Tzar était là pour dérouler les écharpes sans fin de- la fantaisie ; Cyprien s'absorbait en rêverie, il projetait de faire un

peu le tour de toutes ces porcelaines et de voir en route ce qu'elles avaient dans le ventre ; il lui semblait bien entendre une discussion dans la panse de l'armoire, mais sa volonté était de n'y point prêter attention, et pour bien le montrer à la Voix, aux Voix possibles qui pourraient encore se trouver dans les cruches, il prit dans sa poche un journal qu'il avait déjà lu, un journal de contenance ; mais très-bientôt, soit que cette gazette froissât ses opinions, soit qu'elle les reflétât trop fidèlement, soit que l'article de tête fût de M. de Vogué, soit qu'il consistât en quelques fortes paroles de M. Alexandre Hepp, il commença à extraire de cette substance, le papier, la matière de petits rectangles qui devenaient sous ses doigts agiles, des sphères et s'amusa à en bombarder le mur, un peu au hasard.

Quelqu'épithète un peu violente, quelque mot un peu lourd eut-il le pouvoir de matérialiser sa métaphore, le fait est qu'un coq en grès se mit à crier Cocorico ! ce dont Gyprien augura simplement que ce devait être le matin pour les poteries, et espéra qu'elles allaient toutes se lever. Il n'en fut rien ; à une seconde boulette adroitement ajustée, le coq recommença un petit cocorico grêle et qui parut à Gyprien ridicule,

l'héritage 147

presque sans résultat; de là à attribuer à ce coquelet l'épithète de coq en pâte et sans daigner s'apercevoir que ce coq n'était point un coq ordinaire, ce que démontrait sa couleur grise, les dimensions anormales d'une seule patte médiane, et l'existence sur son dos de perles de couleur; de chercher un sou dans son porte-monnaie, et de le jeter à la tète de ce musicastre sans variété, ce fut l'affaire d'un instant : « Pan ! dans l'œil ! » s'écria Cyprien, jaugeant le coup; mais ô surprise, voilà que le coq se fêla, se brisa, et que des pièces d'or s'éboulèrent :

\h ! voici du sérieux.

Mais comment donc ! reprit la Voix.

Arrivés au débarcadère

qu'eu* n'était pas là. — Si « Pot-BouilV » c'est bien dy Zola, On ne sait pas trop ce qui est d' Brunetière.

et Cyprien, tout en chantonnant, ramassa les

monnaies tombées et prit dai !eux mains

lébris du coquelet; il y avait là de fort belles

monnaies d'or, . plus dos centimes, et

'•ilement que c'avait été une tirelire; ■■ mais le mécanis mécanisme,

où es! le mécanisme! qu'est-ce qu'il avait, dans le

ventre, cet animal », et, plein d'ardeur, Cyprien regardait les tessons divers qui furent un coq, essayant de les assembler, et dans son zèle il ne s'aperçut pas que sa pipe était un peu négligemment posée sur le bord de la table; il la poussa, le Tzar tomba, et se brisa.

— Le Tzar est mort, vive le Tzar î s'écria Cyprien et il lui fallut une minute pour bourrer et allumer Félix-Faure, puis il recompta ses monnaies, il y en avait bien pour une centaine de francs.

— Ehé! ehé! si j'explorais les auires ventres! non, pas tout de suite! ce ne serait pas délicat ! fumons ! mon oncle était un homme vraiment chouette ; mon oncle vous ne feriez pas mal, si c'était vous la Voix qui est sortie, de rentrer, si vous êtes la Voix qui venez de parler, de venir vous asseoir et prendre un verre de bière avec votre neveu.

— Petit imbécile, reprit la Voix, si ton oncle avait jamais eu la moindre envie de prendre un verre de bière avec toi, il t'aurait fait venir un peu plus tôt dans sa maison ; tu ferais mieux de respecter sa mémoire, de ne point l'offusquer au Paradis où tout son bonheur est assombri de voir qu'il a choisi pour héritierun casse-tout. On voit bien que tu n'as pas eu toujours de tout à discré-

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tion, ça se devine à tes manières et à cette consommation falstaffienne de denrées.

— Alors, Voix, vous n'êtes pas mon oncle.

Un bruissement se fit entendre par lequel circulait saccadé, et pressé, le mot môme du dernier Carré.

Ne te fâche pas, faïence, ne te fâche pas, potiche, cruche ou drageoir! Je te prenais pour mon oncle vénéré. Tu ne veux point éclairer ma religion sur ce que j'.ai à faire dans ce fumoir. La lettre, la lettre, tiens-toi à la lettre. La lettre ! se dit Cyprien, eh bien, j'ai bu, j'ai fumé rituellement, et maintenant je vais me coucher sur le canapé, la lettre ne précisant rien pour la lumière, donc je vais baisser un tout petit peu et tâcher de dormir d'un œil.

Elle était sans doute à Nanterre,

A Puteaux < nrbevoie. —

mlède est bien terre à t<

Oh ! qu'il est stupide, Millcvoye.

et Cyprien délaçait ses bottines, ôtait son veston itendait tout habillé.

- Bonsoir, tas de cruches, dit-il.

— Bonsoir, bonsoir.

Il e dormir : un bruit sourd, comme

ir, se faisait entendre :« D 'se dit-il,

il faudra que je remédie. » Cela devenait plus impatientant, comme le bruit d'une dispute à voix étouffée. Gyprien se leva, fit le tour de la pièce, écoutant aux portes, aux consoles, il s'as-, sura que cela venait de la panse du buffet et l'ouvrit assez vite pour entendre.

— Si vous étiez un homme poli, malgré que vous êtes en faïence, vous trouveriez le moyen de vous tirer un peu plus loin de moi, vous m'insupportez.

Monsieur Barballe, je vous en fais juge, puis-je y tenir ; voulez-vous me rendre le service de me fourrer n'importe où, loin de cette personne. L'étagère est si encombrée, et ce moutardier ou plutôt cette moutardière m'assomme jusqu'au suicide.

— Manant, reprit la jolie moutardière.

Ah ça! vous commencez à me lanterner tous les deux. Venez-ça.

Cyprien attrapa le magot, le posa sur la table à côté de sa lampe, puis atteignit la moutardière. -Attendez un peu! je voudrais bien une pipe plus petite, se dit-il; explorons; il trouva une toute petite pipe, c'était le roi d'Espagne, il le prit : Il grandira car il est Espagnol, murmurat-il. Je vous écoute ; as-tu soif, magot. Non, merci.

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Moi, tout de même, je m'offre un peu de bière: cause, magot, qui es-tu?

i suis Martin-Durand.

- Et toi, moutardière?

- Je suis Alcyonée, Madame Alcyon-Martin de Perruche-le-Roy.

- Farceuse, ricana le magot, pendant dix ans tu as été assez contente, quand Madame Vinaigre, la célèbre couturière de la rue des Abbes t'apportait tes factures avec, comme première ligne, ceci : Doit Monsieur Martin-Durand ; tu n'a pas avalé ta langue quand le maire t'a demandé : voulez-vous épouser M. Martin-Durand, et moi j'avais envie, quand il m'adressa la question complémentaire, de lui dire ceci : ah! ce n'est pas par intérêt, car la dot est légère!

- Grossier butor!

Oui, légère, car composée de vos agréments personnels, soit la beauté du diable, l'exécution coi i monastère et de tunio que voua avez transposée maintes fois à mon intention. Vous Madame Martin-Durand.

. je sui9 celle qui votre magasin de sparterie, où \ onsieur, que je \

.. voua l'exigeâtes, mon-

sieur le notable commerçant, la poussière de ses espadrilles de votre fabrication; elles en tenaient de la poussière. Vous aviez voulu ligoter mon âme éternelle, empaqueter mon génie, vous m'avez traitée en ornement de vitrine, en mannequin de luxe, moi, une mondaine, moi, un poète! Je vous ai semé, monsieur, et j'ai rencontré le charmant M. Van Turlure, qui m'a conquise, que j'ai adoré, que. . .

— - Ça n'a pas empêché que ce charmant M. Van Turlure vous a colloquée dans le moutardier, un jour que vous vouliez le bercer encore des plus beaux passages de vos Points et .Virgules...

— ■ Accès de colère qu'il eût réparé un jour. Il en avait écouté si souvent la lecture, et avec quelle joie! je le vois encore, pendant ces lectures qu'il sollicitait fréquentes, je le vois, dans son grand fauteuil à bascule, sa casquette baissée sur ses yeux; il s'arrêtait de fumer pour mieux entendre, et quand j'avais fini, c'était, sur sa face, de la sérénité, comme du repos.

— Parbleu, il dormait. -

Non, il ne dormait pas, et le jour où il se mit si fort en colère, ce fut parce que je ne goûtais pas assez la mélodie de sa phrase, en la pré-

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face de son traité de l'embouteillage des bières, aujourd'hui introuvable.

— C'est bon, dit Martin-Durand, cause toujours ; ne t'a-t-il pas laissée vingt ans dans la faïence ; il n'avait pas envie de te revoir.

— Sans doute, il avait oublié les mots magiques ; l'amour qu'il ressentait pour moi avait fait table rase en sa mémoire ou peut-être, craignait-il, une fois les longues semaines de sa colère passées, car il était très rancunier le cher homme, de ne me plus revoir aussi belle et fraîche que jadis ; peut-être, eut-il peur de ma co-

: je lui eusse sans doute arraché les yeux. mais pour pleurer ensuite ma folie criminelle, et

-iner... et comme je l'aurais soigné...

Enfin, il a renâclé, fit Martin-Durand.

Mais, coupa Cyprien, si je m'explique dûment le faïencement de Mmf Martin-Durand, je ne comprends pas bien votre porcelainage, monsieur Martin-Durand.

Une erreur, monsieur, une déplorable erreui avaient bien marché, j'a-

vais pu vendre nu in fond-, je voulais remercier, cet aimable M. Van Turlure qui m'avait débard'Eulalie ainsi se nomme menl

j'entrais dans son magasin : dès que j'eus déclaré mes noms et qualité-, il mur-

mura des mots inintelligibles, et je me sentis tout glacé, et je me sentis racorni ; j'étais devenu ce que vous voyez.

— ■ Ah ! est-ce à ma conscience que ceci s'adresse ? murmura Cyprien, en pensant au texte de la lettre.

— Laisse-Je tel qu'il est, s'écria Alcyonée, et moi, délivre-moi ! je te chanterai les vers que j'ai médités en ma prison, et puis j'irai rejoindre dans la paix du tombeau, ce Van Turlure que j'aime encore.

— ■ Autant tout de suite ! écoutez, mes enfants : je ne me soucie pas de vous garder, vous êtes un peu bavards pour moi ; il attrapa les deux objets ; devant sa porte, non loin de lui, était un puits ; il les y jeta. Là ! je serai tranquille, j'ai obéi à ma conscience ; un verre de bière, mon oncle ?

— Merci, non, mais tu as bien commencé. Les cheveux de Cyprien se hérissèrent, son

oncle était devant lui.

— Comment allez-vous... qu'est-ce que vous voulez ?

— Te féliciter, mais ta tache n'est que commencée.

Ah ça ! rics-vous Vivant ou mort ?

— Regarde-moi bien.

l'héritage 155

— Je vous regarde.

— Eh bien, tu ne vois rien ? est-ce qu'il ne me manque rien ? ne me touche pas, tu me ferais évanouir en fumée. Regarde.

Cyprien leva et abaissa sa lumière.

— Tiens, qu'est-ce que vous avez fait de votre pied gauche ?

— Si tu étais un peu moins ignare, si tu n'étais pas un poète perdu dans le bleu, si tu t'étais occupé de choses sérieuses, tu saurais qu'il manque toujours quelque chose aux apparitions.

— Alors, vous êtes... bien défunt ?

- Tranquillise-toi, la maison est à toi. le n'est pas cela que je voulais dire, mon oncle '. Vous devriez bien me donner quelques tuyaux... Ah ! ça, où ètes-vous ?

— Ecoute ta conscience, lui cria une voix qui lignait.

— Ma conscience, qu'est-ce que ma conscience peut avoir à démêler avec tous les tripo-

de eel oncle, el que c'est facile d'ausculle porcelaine! Que faire ? mon Dieu, que faire de toutes ce> diaboliques céranu ! iena ! je démolis au hasard, si l'onc'e d content, il reviendra sauver s» une, deux

(cela se cassait comme les faïences ordinaires) — le merveilleux est intermittent, pensa-t-il ; il saisit ne forte cruche et la posa sur sa table : — elle est jolie, belle couleur, bonne forme, et dedans qu'est-ce qu'il y a ?

Dedans, il y avait un rouleau ! il l'ouvrit, et y trouva un paquet avec cette inscription « pour mon chenapan de neveu » et un gros titre au porteur de rentes anglaises et ainsi de suite ; il y avait des tirelires pleines de florins, d'autres de pièces de vingt centimes patiemment collectionnées, et il cassait, il inventoriait ; derrière un petit broc où il venait simplement de trouver une adresse imprimée : M. Van Speterskerke, antiquaire, expert en tabacs, Hogstraat, Borensbourg — il découvrit une petite statuette.

C'était joli de ton, et très doux ; les yeux candides et les cheveux de lin de la petite personne étaient si fins et si polis qu'il en fut frappé d'admiration. Oh ! la jolie petite poupée — est-ce que tu parles, toi ?

— Oui, monsieur, répondit la petite poupée.

— Et qui es-tu ?

— Je ne puis vous le dire.

— Et si je te cassais pour voir ?

— Cassez-moi, si vous' voulez, je ne peux rien dire.

l'héritage 157

— Ah ! que faire ? mais petite poupée têtue, petite figurine bornée, je n'ai pas l'intention de te faire du mal.

— Je ne puis rien dire, dit la poupée.

— Je devrais te casser pour ton obstination, mais tu es trop jolie — mon oncle, ma conscience a-t-elle bien agi en ne détruisant pas cet objet ?

Rien ne répondit.

— Enfin, dit Cyprien Barballe, je vais tâcher de dormir et nous saurons ce que rêvera ma conscience.

Pendant tout son sommeil, Cyprien Barballe vit, avec les yeux du rêve, assis au pied de son lit, M. Jacob van Turlure qui fumait une longue blanche sans devise aucune ni ornement ; la volubilité sourde du rêve, il conjura II. van Turlure de lui octroyer quelque révélaindication, tuyau, point de départ ; la forme immobile se taisait, fumant avec ponctualité. Une petite idole, l< bleus pu - che-

veux de lin, le regardait ironiquement et puis. pouffait de rire : Ah '. se dil Cyprien, tu fais la poupée, va, tu ri ,n es-

, je t'humilierai par !<• voisinage d'autres

figurines plus belles ; tu n'as pas fini de jouer avec moi.

Quand le matin vint tresser ses couronnes de lumière sur le jardin, Gyprien se trouva debout avec un grand mal de tête ; des débris de porcelaine jonchaient la terre.

— Ah ! sans doute, se dit-il, j'ai rêvé ; il alla au tiroir où il avait empilé les piles de pièces d'or et les banknotes et les pièces de vingt centimes, et les titres de rentes ; rien !

— Allons, se dit-il, l'opulence ne vaut rien à ma conscience, elle lui apporte, tout au plus l'insconscience; j'ai tout cassé; ah ça est-ce que je suis fou furieux? la petite figure, où est-elle?

Etait-ce un rayon de soleil qui s'amusait ? était-ce encore un phantasme ! Il sembla à Cyprien qu'elle souriait ; il s'élança. — Dieu ! que je suis bête ! c'est l'éclat de l'émail. Elle est jolie cette statuette, je la mettrai en bonne place sur mon étagère.

Il attrapa le petit roi d'Espagne, le bourra et sortit : il alla vers l'hôtel de la Tulipe pour se refaire de ses émotions par un confortable déjeuner ; il s'assit et étendit machinalement sa main vers le journal : il n'avait pas réfléchi que ce journal était en hollandais, ce qui lui arracha de nouveau cette phrase : Suis-je bêté !

l'héritage 159

— Monsieur, dit une voix à côté de lui, comment avez-vous dormi ? Si vous ne lisez pas le journal, voulez-vous me le passer un instant.

C'était M. Van Speterskerke lui-même.

— Oui, M. Barballe ; je suis resté ici, j'ai couché ici cette nuit, j'avais rendez-vous avec votre oncle.

\vec mon oncle ?

• lui, en pensée, .-"entend; il est venu fumer une pipe au pied de mon lit.

Oh ! mm. M. Van Speterskerke, c'est au pied du mien.

II vous a fait cette insigne faveur ?

Hais je crois bien que j'ai rêvé et voua aussi:

Non, non, c'est un cas fréquent de réincarnation double. N'ouvrez pas des yeux comme

oe me prenez pas, je vous en prie, pour un simple négociant. Je suis commandeur de la vous, et votre oncle, qui était Maître du Temple, faisait cas de moi.

Barballe n'avait été un cerveau. logique ei sain, sa jugeotte eût chancelé : il revit tout son de temples et de minarets merveill aux par-

lant-. M;ii-. homme proche di cle, il se

remémora te krach des sommi

les tiroirs, et regarda M. Van Speterskerke avec une compatissante douceur.

— Tous les honneurs dont vous me savez revêtu, M. Barballe, ne vous empêchent pas, dit M. Van Speterskerke, de me considérer aussi comme un négociant, et si vous le voulez bien, de me continuer la confiance que m'accordait votre oncle, en tant que...

— Attendez, attendez, attendez, dit M. Barballe, qui partit comme un fou vers sa maison. 11 y trouva sa servante, droite, appuyée sur son balai, l'air sévère, grave, telle la Sybille de l'ordonnance exacte des étagères, et considérant les débris de porcelaine ; mais sans faire attention à l'aspect de juge de cette personne, à sa stupeur, à ses regards alternatifs vers Barballe et vers la pinte qui était sur la table, il saisit la statuette, la mit dans sa poche, et en trois bonds, fut de retour à la Tulipe.

— • M. Van Speterskerke, qu'est-ce que c'est que cela ? Pouvez-vous m'en procurer une autre du même genre, d'autres du même genre ?

— J'en ai une, dit M. Van Speterskerke.

— Voulez-vous me l'envoyer ? Combien ça coûte-t-il

— Ah, ah ! dit M. Van Speterskerke, c'est que je n'ai pas précisément envie de m'en défaire...

l'héritage 161

— Si je vous en priais.

— Ce ne serait pas une raison.

— Je vous la paierais très bien.

M. Van Spëterskerke gloussa, et se mit à pleurer de rire ; le contenu de sa tasse de café au lait, qu'il tenait entre deux doigts, lui glissa en grande partie dans le gilet.

— Ah ! quel dommage ! dit avec le plus grand sérieux, Cyprien.

M. Cyprien, dit U. Van Spëterskerke, après qu'il eût repris ses sens, je vais partir par la patache ; après cette patache, il y a un bateau, après ce bateau un petit chemin de fer ; et puis un autre bateau ; après cela il y a la ville de Borensbourg où je suis avantageusement connu, et mon magasin qui est le plus beau et le plus achalandé de la ville ; voulez-vous me faire le plaisir de partir avec moi? Vous m'avez tout l'air i ir passé une mauvaise nuit ; cela n'a rien de surprenant avec le changement de climat ; vous viendrez vous remettre chez moi comme votre oncle, vous boirez une bouteille de bon bourgogne comme votre oncle, et vous regarderez mes objets d'art comme votre oncle ; il y en a peut-être un qui vous plaira ; je vous l'expédierai lr.ès bien emballé : l'emballage de ma maison défie toute concurren

■ — Eh bien ! j'accepte !

— • Alors, préparez-vous, car nous avons trois kilomètres à faire en voiture, et le bateau part dans une heure et demie.

— Il y a dix fois le temps.

Y Paris, c'est possible ; ici, ça mettra un peu plus longtemps.

— Les chevaux ne marchent donc pas chez vous ?

— Tout de même, mais un peu lentement ; d'ailleurs, vous êtes bien comme cela ; vous êtes tout prêt.

— Je voudrais me changer, m'habiller un peu plus en citadin.

- Oh ! ce n'est pas la peine, partons. Le gros cheval, qui tirait une petite carriole, s'enfonça dans un blond lacis de routes ; c'était des moulins, des pâtis, des petites fermes, des petites maisons et devant chacune d'elles il y avait un brave homme qui fumait sa pipe et qui ôtait sa casquette en disant: bonjour M. Van Speterskerke,et JVI.Van Speterskerke dit à son compagnon :

— M. Barballe, croyez-vous à la Providence ?

— Non, dit M. Barballe.

— Vous avez tort.

— Providence, faïence, murmura M. Barballe.

l'héritage 163

— Faïence, pourquoi ? Evidemment il y a une providence spéciale pour la faïence, comme pour la porcelaine, comme pour tout ; il y a infiniment de Providences, qui sont les reflets des sages des temps anciens : il y a plus de Providences qu'on ne le croit.

\h ! dit Barballe. - Vous ne sauriez imaginer, M. Barballe, combien votre oncle était éloquent quand il parlait de la Providen* it toujours son éternel souci ; il ne s'occupait pas beaucoup de vous, parce qu'il se reposait sur votre propre Provia ne l'empêchait pas de vous aimer.

.le n'en eus pas de preuves abondantes dans ma jeuni

Mai-, maintenant ?

Maintenant, évidemment il s'est souvenu de moi, mais il a, je ; ut plus de plaisir

encore a la Provii Mme Barbe Van Tur-

lure qu'à la mienne.

Ci oyi z-moi, 'iit M. Van S; rke, vous

/. la meilleure pari

Oh ! j'en - solide.

\ OUS ; VI / dit, M. Barballe.

Mais je crois qu'a un i"

Qui sait? M. BarbaU

Ils devisaient, ils passaient le long des petits saules argentés, ils croisaient d'énormes chars à bancs peints de rouge et de blanc.

— Vous resteriez volontiers dans le pays, M. Barballe ?

— Mais oui.

— Vous avez raison, vous me faites du bien par cette parole.

— Et pourquoi, M. Van Speterskerke ?

— Oh ! je me réjouis qu'un collectionneur de vieilles faïences comme vous le serez, j'en suis sûr, se fixe ici. Il faut se fixer ; rien iqu'à emporter une petite statuette, vous risquez de la casser ; voyez-vous, les amateurs vagues et sans érudition croient seuls que la faïence et la porcelaine peuvent voyager impunément ; votre oncle, savait bien, lui, qu'elles ne s'acclimatent pas facilement. Voyez comme les Chinois et les Japonais rapetissent dès qu'on les a collés sur un vase pour l'exportation, et ils s'étiolent !

— Vous croyez donc que ce sont de vrais Chinois, de vrais Japonais ?...

— Pourquoi donc croire autre chose que la vérité !

Barballe se mit à rêver et Van Speterskerke respecta sa rêverie.

l'héritage 165

Ils arrivèrent à Borensbourg. Van Speterskerke entra dans son magasin, entraîna Barballe vers un parloir, l'y assit et sonna. Une servante parut.

— Pomard, articula M. Van Speterskerke.

Et le Pomard vint et deux verres, et M. Van

Speterskerke dit :

— Buvons d'abord à la santé de Van Turlure. Il resonna :

— Appelez madame, je vous prie.

Mme Van Speterskerke accourut, accueillit Barballe avec un bon sourire

Ah ! oui, M. Barballe, comment donc ! nous vous attendions !

— Encore un verre de vin, M. Barballe. Non, merci, M. Van Speterskerke, j'aimerais mieux voir la petite statuette.

— Bien, bien, où est la votre ? Voulez-vous me la confier ?

— Voilà.

Visitons le magasin, voulez-vous ?

M. Van Speterskerke arrêta d'abord son visiteur devant l< | des tulipes, puis devant 1< lies, puis il «lit :

Vous voyez ; d ni

is voir ?

Vm merci, el la staluetfc

— Ah ! oui, je n'y pensais plus, voyons, comment est-elle la vôtre ?

— Mais, je vous l'ai remise, il y a un instant.

— Mais pas du tout.

— Mais si .

— Enfin, madame Van Speterskerke, cria le négociant, as-tu vu la petite statuette de M. Barballe ?

— Elle est ici, dans le parloir.

— ■ Allez la chercher, mon ami, dit M. Van Speterskerke.

M. Barballe de se précipiter et de -demeurer pétrifié à la vue d'une gracieuse jeune fille qui cousait auprès de la table du parloir d'où il venait de sortir. Et M. Van Speterskerke qui le suivait, lui dit à voix basse : — Hein ! qui aurait cru que le vieux Speterskerke avait une jolie fille comme cà ?

— Annetteje te présente M. Barballe, le neveu de M. Van Turlure. Va-t-en, mon enfant, nous avons à causer.

— Bien, papa.

— Eh bien ? dit M. Van Speterskerke.

- Eh bien ? dit Barballe.

Mettez-vous à cette table, mon enfant, là, étendez vos doigts, silencieusement, religieusement ; évoquez l'Ame de votre oncle. Es-tu là

l'héritage 167

Van Turlure, Jacob Van Turlure, bienheureux Van Turlure, peux-tu disposer de quelques minutes ? Es-tu là, Van Turlure ?

La table oscilla, frappa un : oui.

— Es-tu content du train des choses, Van Turlure ?

— Oui.

— N'as-tu rien à dire à ton neveu qui est là.

— Si.

— Quoi ? parle.

— Parlez, mon oncle, que dites-vous ?

— Flûte

- Flûte ? répéta Cyprien.

— Votre oncle est un homme bienfaisant, je connais ses intentions, les voici.

Voulez-vous épouser Mlle Annette Van Sperke et reprendre mon commerce ? C'était le vœu de votre oncle, je le sais.

Voulez-vous le lui redemander ?

Oui, Van Turlure ! mon oncle !... Après tout, je n'ai pas besoin de le lui demander; je suis majeur et maître de mes actions, c'est moi qui vous demande la main de Mlle Van Speterski'i i.

La table se mil a ci aquer avee violence.

— Qu'as-tu, Van Turlure ? àme troublée ? parle, mon vieil ami ; que veux-tu ?

— Dis à mon neveu d'écouler.

— Bien, j'écoute, mon oncle, que voulez-vous dire ?

— F, 1, û, t, e. Flûte, c'est ça.

La table se remit à craquer.

— Et flûte ! et encore flûte !

— Ah ! j'en ai assez, dit Barballe.

— • Ecoutez, la table craque encore.

La table dit — Van Speterskerke, dis à mon neveu que maintenant que le voilà casé, je le prie de penser à moi le moins possible ; ça troublerait mes digestions. Au revoir pour jamais !

— Et moi, dit Van Speterskerke, ne me dirastu plus rien ?

— Absolument rien ; ne me dérange plus.

— Bien, dit Van Speterskerke, il se ravisera, il viendra encore fumer des pipes, le soir, près de mon lit... Enfin, à son caprice !

Et le soir, Annette disait à M. Cyprien Barballe :

— ■ M'aimez-vous toujours autant ? Me (rouvez-vous toujours aussi jolie que lorsque j'Hais en porcelaine ?

— Vous avez donc été en porcelaine ?

— Ne le savez-vous pas ?

— Je croyais avoir rêvé;

— Peut-être, que moi aussi, j'ai rêvé.

l'héritage 169

— Petite bien-aimée tendre et fragile... commença Cyprien.

— Eh bien, M. Barballe ? s'écrie joyeusement M. Van Speterskerke, il se fait tard, et Annette

- ■/. bavardé. Venez boire un verre de vin,

mon gendre ; je n'ai plus de Pomard, mais j'ai

ncore un peu de Clos-Vougeot, celui-là est bon

n'est-ce pas. Van Turlure ? dit Van Spe-

kerke, en s'adressant à la table parlante.

Parfaitement, répondit celle-ci.

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