‹ Contes hollandaisChapitre 15 sur 17 · OR AME BOWEN · texte numérisé non relu

OR AME BOWEN

toutes ses amies, se rappelaient avec bonheur de l'avoir revêtu dans des circonstances exceptionnelles, un peu avant leur mariage, pour des petites fêtes, et même un peu après, par caprice de jeunes femmes. Mieux, si un étranger était passé par Oosthuis, on l'eut immédiatement mené voir quelque belle jeune femme portant habituellement ce costume populaire; on se fut aussi pâmé vis-à-vis de quelque vieille dentellière; on eût fait remarquer avec des raffinements de saine critique, combien ce débris des anciens âges conservait fièrement et patriotiquement toute la beauté du costume national, ainsi que le présente la série démographique du musée d'Amsterdam; mais soi-même on l'abandonnait pour l'usage courant à des personnes dénuées de connaissances musicales, ne sachant s'exprimer qu'à l'aide du seul hollandais, et vaquant de quelque manière que ce fût, à des besognes qui ne sont point le t'ait de darnes. Le port même de ce costume, ou des modes citadines généralement admises dans l'Europe occidentale créait une démarcation; et les mondains peu nombreux d'Oosthuis étaient resserrés dans leurs costume> de un peu comme du* Européens

dans les colonie peuplées d'extraordinaires arborigènes qui d'un chapeau de paille, d'un

pagne, et d'un sourire se composent une toilette. Il était donc évident que Mmes Van Metzger et Van Alphen avaient tort de se montrer les dents, même dans un demi-sourire. Et quelles difficultés n'avaient-elles pas inaugurées par leur refus de se visiter. À leur persistance à trouver d'excellentes et inébranlables excuses, pour ne point se rencontrer chez des personnes tierces, Ja bourgeoisie d'Oosthuis en avait été réduite à inaugurer deux séries d'invitations, et les jours où l'on avait Mme Van Metzger, on n'avait pas Mme Van Alphen. Ces messieurs se plaignaient aussi, car leurs promenades communes, autrefois si attrayantes, étaient bouleversées; le premier qui rencontrait M. Van Alphen n'avait point le plaisir de frayer pour ce tour de ville ou cette excursion pédestre, avec M. Van Metzger qui de son côté maintenait auprès de lui, par la force coercitive de la courtoisie, celui de ses amis qu'il avait d'abord rencontré, et cela faisait toujours deux bandes à part, ce qui était très fâcheux, étant donné surtout le peu de personnes qui pouvaient composer ces deux bandes ; il y en avait à peine assez pour en constituer une.

Si les dissentiments de "ces dames n'étaient que gênants, pour la bonne circulation de la vie

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civilisée à Oosthuis, l'écart que ces messieurs maintenaient entre eux, n'était point sans importance politique ; le bourgmestre était un homme d'âge et tout faisait prévoir qu'il ne gérerait plus bien longtemps la vie économique ni la vie de représentation et de festivité d'Oosthuis ; le bourgmestre s'entendait à merveille avec son échevin le docteur, et il y avait toutes les probabilités pour que le gouverneur delà province désignât le docteur au choix du souverain, pour qu'il pût prendre les rênes du gouvernement dans un délai malheureusement prochain; mais qui serait l'échevin? Cette désigna-

si facile, si M. Van M t M. Van Al-

phen avaient été en bonne intelligence, devenait plus ardue en cette période d'hostilité, car il en fallait choisir un, et alors on se brouillerait irrémédiablement avec l'autre, tandis que s'ils s'étaient supportés, s'ils s'étaient aimés, on eût pu obtenir de l'un qu'il se désistât au profit de l'autre; déjà au Conseil communal, où ces messieurs avaient leurs fauteuils, il était imp ble de réunir, connut' jadis, l'unanimité sur les

lions à débattre, car ils se piquaient dt mais du même a> puis leur brouille,

Mitant plus ir-

aciliables qu'aucun point de fond ne faisait

diverger l'onde calme et paisible de leurs opinions ; il y avait là un danger pour l'avenir, c'était la porte ouverte à l'anarchie, au socialisme, que pouvait-on savoir ! Et tout de même l'échevin devait être un notable du pays, à l'exclusion du maître de poste trop déracinable, et de l'instituteur, par définition. Alors que faire? Surtout en cette pénurie de notables qui affligeait Oosthuis.

Pour calmer ce dissentiment, il en aurait fallu connaître les causes; or, on ne les pénétrait pas bien ; le pasteur aurait usé volontiers de son autorité pacificatrice; mais la chose était particulièrement délicate, car, pour ne se pas rencontrer à l'église, Mme Van Metzger et Mme Van Alphen avaient pris un parti radical ; non qu'elles s'abstinssent du service divin, ce qui eût été très voyant et contraire d'ailleurs, à leurs théories sur le mondé, mais elles avaient prétexté des hérésies. Mme Van Alphen était devenue l'ouaille d'un pasteur arminien qui distribuait la manne de la sagesse à Arneuzen, et à l'heure même où Mme Van Alphen prenait le tramway à vapeur avec sa fille unique, pour grignoter les quatre kilomètres qui séparaient Oosthuis et Arneuzen, Mme Van Metzger partait avec son fils pour écouter la parole docte d'un pasteur de la

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vieille église réformée, qui consolait et enseignait à Froude, dans une direction tout oppo- !e pasteur d'Oosthuls qui était de l'église libérale réformée y perdait deux auditrices, à son grand dépit, et la présence assidue de ces messieurs à ses offices pouvait bien le désarmer mais non le consoler, et toutes les convenances lui interdisaient d'essayer de persuader des consciences qui se retiraient de lui. Le mal pâlit sans remède, et c'est pourquoi un léger malaise gênait l'épanouissement de la vie à Oosthuis, sans compter qu'on ne savait pas du tout si cette paix armée des deux familles ne dégénérerait pas un jour en guerre ouverte, et comment prendre parti, et quelle gêne d'avoir à prendre parti !

Il était d'ailleurs peu probable que MM. Van f Van Alphen fussent eux-tQêm< courant de ce qui les divisait. Le docteur penchail à croire que simplement d'habiles insinuadames les avaient mis en défiance l'un de l'autre : et il n'y avait certes pas là de quoi • 1er l'horizon, car enfin cou

pourraient-ils jan. nliquer s'ils n'avaient

lire ni à se reprocher : quand on étudiait impartialement la situation, on découvrait ent un labyrinthe autour de ses

Or il s'était passé ceci : qu'un jour en allant à la foire de Middelbourg qui se tient le mercredi de chaque semaine, et où les dames ont coutume d'aller se rassortir de morceaux d'étoffe, de bouts de dentelle, et de rechercher aussi quelques curiosités, pour mettre sur le secrétaire Empire d'acajou et de cuivre doré, à côté des fines tasses de porcelaine de Chine ou du Japon, Mme Van Alphen qui tenait à la main son jeune fils, en fit un grand éloge à Mme Van Metzger qui tenait à la main sa fillette ; elle passa d'une parole légère sur toutes les qualités qu'annonçait, qu'avait déjà, qu'aurait plus tard son jeune rejeton, pour s'extasier devantla grâce accomplie de Mlle Van Metzger ; elle nota en passant que leur différence d'âge sans être considérable était suffisante, et que c'était celle qui sépare habituellement les deux membres d'un couplebien assorti; bref, sans émettre un espoir, ni formuler un avis, elle laissait entrevoir que deux jeunes gens de famille aisée, issus de familles amies, destinés à se rencontrer tous les jours dans des jeux innocents, autour aussi des instruments de musique habituels et sous la voûte des temples pouvaient bien un jour se regarder avec les yeux du cœur, et faire un beau matin à leurs parents la surprise d'un accord ingénu etcharmant.Bien

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que la chose n'eût rien en elle-même de déraisonnable, sauf l'âge encore tendre des enfants, et que c'eût été là peut-être propos en l'air, pour charmer l'ennui d'un bout de route, du bail jusqu'à la place du Marché, Mme Van Metz- • se sentit atteinte dans ses prérogatives de mère, et dans son pouvoir discrétionnaire sur sa gracieuse fillette ; elle se répandit immédiatement en notes abondantes sur tout ce qui pouvait faire défaut, en assortiments et commodités diverses au marché de Middelbourg et disserta ensuite et d'affilée sur l'air du temps, admettant pour la fin du jour, soit un radieux soleil, soit une pluie légère, avec des pondérations de sceptique qui ne font qu'allonger en mille replis le monologue. Cette conversation en était devenue un, car encore que Mme Van Alphen n'eût pas à ses propos une importance définitive, elle ressentait un froissement de ne les point voir considérer tout de suite, comme des pilotis solidesparmiles vagues de l'avenir, et elle se bornait à incliner la tête, avec une politesse froide, aux considérations et aux pronostics de Mme Van Metzger. Ces dai lient quittées sur la

place, à cause de la diversité de leurs courses, tranchant ainsi une vieille habitude de s'accompagner l'une l'autre où l'une des deux n'avait

que faire ; et si l'une de ces dames revint à Oosthuis par le petit bateau, l'autre accorda la préférence au tramway à vapeur, ce qui fit qu'elles revinrent isolément, phénomène jusqu'alors insolite ; ce fut le premier symptôme de la fêlure dans une union amicale fondée jusque là sur des relations de bon voisinage et les jeux communs des deux enfants. Et cela eut une répercussion sur les habitudes des enfants delà cité que jusque là on laissait jouer ensemble, et qui désormais formèrent presque deux camps, comme les grandes personnes ; mais il faut noter cette différence que si les deux familles Van Metzger et Van Alphen, paraissaient d'autant plus heureuses qu'elles se voyaient moins, l'espoir de ces familles, leur robuste et charmante enfance, adorait rompre les barrières de froideur espacées entre eux par les parents, et se faisaient les plus jolies risettes du monde.

Mme Van Metzger avait mis son mari au courant des ambitions folles de Mme Van Alphen, et au premier abord ce digne homme n'y avait rien vu de particulièrement grave ; sauf que la chose lui semblait fort prématurée, il ne voyait aucune mésalliance pour lui dans une union avec les Van Alphen; le tout était qu'on laissât à Mlle Van Metzger le temps d'apprendre àlire,à écrire,

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