‹ Contes hollandaisChapitre 16 sur 17 · OR AN JE BOWEN · texte numérisé non relu

OR AN JE BOWEN

à compter, à parler l'anglais ou le français, à ne plus considérer le sport du cerceau comme le plus noble jeu des facultés humaines, de savoir qu'il est d'autre but à la vie que d'empiler de la terre dans un pot de fer blanc, pour examiner - si la forme du contenu est semblable à celle du contenant. Certes aussi, il fallait que Mlle Ella Van Metzg^r devînt une maîtresse de ■h plus accomplie, et qu'elle renonçât à ét>nautant et aussi souvent que faire se pouvait, des entrelacs de confitures sur ses joues i nez rose. Le tout était d'attendre et de r à l'oreille de Van Alphen un beau jour, plus tard, alors que son héritier se serait débarde quelques examens universitaires que la uoble profession imeilleureet

la plus réconfortante pour un bonbon

ndait pas meilleur d<' i fectionner la

i plus "I tire bière

du pays, jusqu'à l'aie la meilleure, le stout le plus profond ou la plus magnifiquement sombre Munich, celle du

même nom qui de mme du pitch-

pin b >ur que cet amai

ititiques ut de

la famille et allassent en échange d'un prix insuffisant de vente combler des étrangers.

Ce fut alors que Mme Van Metzger fut pathétique et qu'elle donna en bloc, et d'un seul coup, son avis jusqu'alors tenu secret sur les hommes en général et le sien en particulier ; à savoir qu'ils étaient des êtres chimériques, dont le cerveau recevait avec abondante d'étranges rayons lunaires sur les vallées enchevêtrées où sans cesse dansent les sylphes et les lutins les plus hétéroclites.

Après s'être demandée comment elle avait uni son sort à celui d'un homme aussi léger et aussi évidemment destiné à tomber, si elle ne s'était trouvée là, dans les filets de la première intrigante venue, elle interrogea M. Van Metzger pour savoir s'il se sentait vraiment digne d'être l'époux d'une femme entre toutes irréprochable et clairvoyante et qui en surplus possédait en la personne de tante Gudule de Rotterdam tout un coffret, radieux jusqu'au bord, d'espérances dorées, plus des immeubles. Et sans écouter les objections de' son époux, elle se lamenta par avance sur le sort de sa petite fille et des malheurs qui ne pouvaient manquer de la guetter; pourtant la connaissance -qu'elle avait d'ellemême, de sa sagesse, de sa clairvoyance, de sa

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fermeté, de ses tenants et aboutissants parmi lesquels eiïulgeait, en pierrerie de premier ordre, tante Gudule, de Rotterdam, lui ouvrit quelque horizon plus apaisé, et elle endormit son chagrin parmi l'odorante vapeur d'une tasse de thé.

M. Van Metzger, lui, regardait sa théière qui ronronnait légèrement sur le trépied de nickel qui entourait une petite lampe destinée à tenir le thé à une température toujours suffisante. La rotondité métallique de sa théière lui renvoyait la salle où il prenait le thé, comme un vestibule très allongé de quelque château de fées minuscules, entourées de meubles qui étaient des jouets, de bahuts hauts comme un panier, de

■rons, et au bout rcevait sa femme toute menue, toute lointaine, et il s'étonnait qu'une personne dont le peflet pouvait être si petit, fit tant de bruit, lorsqu'elle se fâchait san-

Mme Van Alphen avait été plus fine; elle se

borna à laisser entendre à son mari que Mme

avait été avec elle inexplicable ;

qu'elle lui avait semblé 'elle ne s'était pas deman-

ourquoi,) d'une fraîcheur Ive, etavait

paru trouver mauvais que les enfants jouassent

nble et ml)!*1 à leur der-

nière promenade. Elle était d'ailleurs trop fière pour demander des éclaircissements, et elle l'engageait à faire comme elle, et à rendre froideur pour froideur, sans s'occuper des raisons que pouvaient bien avoir les Van Metzger de se montrer capricieux. De sorte que son mari bouda M. Van Metzger qui le trouvant comique de s'exagérer en importance l'échec des projets matrimoniaux de Mme Van Alphen, le bouda aussi.

Et une froideur s'établit durable, sans qu'aucune explication éclatât jamais.

Ces choses se passaient du vivant du roi Guillaume III, et la fâcherie des Van Metzger et des Van Alphen lui survécut ; le bourgmestre passa et fut remplacé par le docteur qui prit un échevin parmi les gros fermiers, pour ne pas froisser l'un ou l'autre des ennemis irréductibles, ce en quoi.il augmenta leur animadversion mutuelle tout en en attirant une partie sur lui-même. Tout de même on prenait son parti de l'inexplicable attitude de ces deux familles, et le demeurant de la bourgeoisie commençait à montrer aux belligérants une certaine froideur, distribuée bien également, pour ne pas faire de jaloux. On les

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cantonnait un peu dans leur bouderie ; on feignait d'oublier leurs dissentiments, et malgré qu'il y eut de l'amertume, un peu, dans l'atmosphère civilisée d'Oosthuis, la Zélande n'en était pas moins magnifique par les quatre saisons.

C'était toujours l'hiver, après les grosses étoiles de la neige qui précèdent celles des Rois Mages et de Noël, sur le gel des canaux les envols rapides des traîneaux et des longs patinages sur les prairies gelées ; c'était toujours au printemps l'éveil des ileurs des pommiers, et les petits reliefs des bourgeons sur les branches arachnéennes des grands arbres; la même paix de soleil ou d'étoiles s'étendait toujours sur les toits rouges auprès des tours d'églises, sur les grands pâtis des fermes entourées de fortes bain-très de bois; les cyclistes pédalaient toujours un peu inclinés entre les haies en claire-voie que font les petits saules avoisinés de trembli

ipliers sur le long lacet des digues sablonneuses, et les troupeaux passaient toujours par. ! nts et magnifiques, C'était tés radieux où truite l'atmosphère fri nait à la fraîcheui i mer, délipi

ment ; les petits bateaux qui remontent l< étalaieni

nillon, et il y avait de

sonores Kermesses, où les gars vêtus de noir, la boucle à la ceinture, coiffés du chapeau de soie sans bord se tenaient par la main pour traverser en chantant les places des villages. Toute la beauté de l'été déferlait sur ce pays plat, et les jeunes filles heureuses délaissaient leurs manteaux lourds, et les graves habitants aussi délaissaient leurs chapeaux de soie pour s'orner de casquettes de piqué blanc; il passait des bandes de touristes qui arrivaient par l'élan des trains, des bateaux, des voitures jusqu'aux bains de Dombourgqui s'abritent de quelques bois menus et jolis; les villes mortes revivaient plus lourdefent et plus paresseusement près du nonchalant ourlet que la mer apporte à toute minute vers leurs digues abandonnées, et c'était à ce momentlà, dans une grande tiédeur pleine de gazouillements de merles, de vols de papillons sur les passe-roses, égayée de la traversée violente des grands chariots fleuris et enrubannés où les paysans allaient de village en village se faire visite, c'était à ce moment de la plus grande paix des crépuscules, et des plus longues agonies du soleil, à la saison qu'on peut le mieux contempler du banc du jardin avant qu'on vous appelle vers la tiédeur des lampes et la" matérialité du dîner, que Frans Van Alphen arrivait en vacances, de

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l'Université qu'Ella Van Metzger arrivait du pensionnat, en vacances et ils se faisaient, en cachette, les plus jolis sourires du monde.

Et d'année en année, ce fut moins en cachette; à mesure qu*Ella grandissait et que Frans devenait un homme, ils eurent dans des yeux plus calmes plus de correspondances certaines, et sans qu'ils eussent parlé, tout Oosthuis les fiançait, tout Oosthuis voulait la réconciliation des Gapulets et des Montaigus de sa grand-place par un solide mariage, et sans que qui que ce soit se fût permis de dire un mot au brasseur et au drapier qui se regardaient toujours d'un air énigmatique comme des gens qui savent tous deux un secret que l'autre ne peut pas savoir, sans qu'aucune des dames eût pressenti d'un seul mot une des belles ennemies, toujours plus glaciales, Oosthuis avait arrangé l'avenir.

Frans devenu docteur en droit parlerait à Ella sur la route qui va vers Froude ou celle qui va Vrneuzen, ou peut être quand elle serait en visite chez des parents de Middelbourg; ou bien encore ils se rencontreraient à Oosthuis même, surlesmil de la maison de Mme Chassaigne, ou chez la dame de l'instituteur; quoi qu'il en soit, en un endroit ou un autre, mais préférablement aur une jolie route, par une candeur

matinale, ils se rencontreraient. Frans osera parler, et recueillir l'aveu qui perlait en lumièi depuis si longtemps, depuis toujours, aux cl d'Ella. Ils iraient, ensuite, chacun trouver lei père, et les pères décideraient de s'aborder a sortir du Conseil communal et d'accorder tout de suite leur consentement, en disant: c'est drôle les enfants ; ou "bien : une brouille ne peut pas durer éternellement à Oosthuis ; peut-être prétendraient-ils tous les deux qu'ils savaient bien que celafinirait par un mariage; il s'agirait alors de convaincre les mères, et alors les prévisions d'Oosthuis commençaient à diverger, à s'embrouiller. Il allait se dresser là la plus formidable question de préséance. Car si la tante Gudule avait fini par laisser du bien aux Van Metzger, le commerce de Van Alphen avait fait merveille, et son fils était un fin sujet ; la ville ne se fût pas chargée de décider à qui incombait le devoir de la première visite, d'autant que ces dames d'importance égale étaient à peu près du même âge. Oosthuis prévoyait là toute sorte de difficultés, mais sans reculer sur le point essentiel, à savoir que Frans épouserait Ella.

Et de fait, il arriva des choses extraordinaires ; un dimanche d'été, on vif Mme Van Alphen qui depuis si longtemps s'en allait entendre l'of-

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