‹ Contes incongrusChapitre 3 sur 5 · C. INC · texte numérisé non relu

C. INC

1S C0NJECTIJR18

suivant de l'œil les faits et gestes des conso.nma- Icurs du café des Rois-Mages.

— Ah! monsieur de Labudens! fit-elle toute seule, en voyant un grand bel homme s'engager dans le chemin familier. 11 est en retard de cinq minutes aujourd'hui.

Or, M. de Lahadens, au lieu de gagner le trottoir opposé, celui où était sis l'estaminet, disparut soudain de la rue en obliquant vers le trottoir même de la maison. Son image s'envola du miroir, et, en se penchant sur celui-ci, la veuve dut conclure que c'était devant son huis même qu'il s'était arrêté. Venait-il donc faire une visite dans la maison? Deux locataires seulement en se comptant ellemême. C'était la voisine d'en haut, sans doute, à qui il allait rendre cette visite. Tiens I Elle n'avait jamais ouï dire qu'ils se connussent. Au reste, elle entendrait bien sonner d'en bas, puis monter l'escalier.

Eh bien, pas du tout. Elle n'entendit ni sonnette, ni pas. Sa surprise fut extrême, et, sa curiosité étant poussée à bout, elle jeta le canevas à terre, y laissa rouler les pelotons de laine et ouvrit la fenêtre pour regarder au-dessous. Mais elle la repoussa bien vite, en exhalant un formidable : Ah ,'

Peut-être le moment serait-il venu de vous présenter ce M. de Lahadens dont j'ai l'air de faire

CONJECTUÎÏES 19

mon Dieu. Un Dieu, non, mais un héros : un des Cent-Suisses qui, en 1830, avaient tenté de défendre la légitime monarchie contre tout le peuple français. Car j'ai omis de vous dire que l'aventure se passe en 1831, un an après ce politique événement. Le gentilhomme avait regagné son pays, réintégré sa ville natale et était actuellement un des clients les plus froids des Rois-Mages. Il y décrottait les verres de bière comme pas un, mais non sans leur faire une oraison funèbre avec les panaches de fumée qu'exhalait sa haute pipe de porcelaine. Pas tout jeune, mais de conservation rassurante, avec une belle stature et infiniment de virilité douce dans le regard, l'air très militaire et une paire de moustaches où la mousse des chopes accrochait ^es goémons. Plein de courtoisie auprès des dames, M. de Labadens n'en avait pas moins des habitudes invétérées de célibataire. Très peu mondain, au demeurant.

Aussi ce n'était pas du tout une visite qu'il allait faire en se rapprochant de la porte de la maison où madame veuve Meiniincd achevait son paysage Celle-ci avait justement remarqué qu'il était en retard. Aussi n'avait-il pu prendre, en sortant de chez lui, une précaution, cependant bien nécessaire dans une ville où les hydrauliques hôtelleries de M. de Rambuteau sont absolument inconnues. C'était le contraire d'une soif vive qui avait poussé l'ancien soldat vers cette oasis d'ombre pour y faire absolument l'inverse de se désaltérer. Je ne sais si fe me fais bien comprendre. C'était un homme prudent qui ne voulait pas arriver à la brasserie avec

la vessie encombrée. Il avait cédé à une u6cc:^sité, d'une part, et à une précaution, de l'autre. Combien n'ont pas cette double excuse dans la vie I

Méthodiquement, une fois se croyant à l'abri des regards indiscrets, il avait ouvert la boutonnière de gauche du pont de sa culotte, — car vous savez qu'en ce temps-là, les culottes à pont étaient à la mode, — et cette demi-mesure lui avait sufû pour donner cours à son intention et passage à ses moyens d'action. C'est ceux-ci que la veuve avait aperçus, ce qui lui avait fait refermer si vivement la fenêtre, en poussant un Ah! qui tenait peut-être tout autant de l'enthousiasme que de l'indignation. Les révoltes de la pudeur ne sont pas toujours sans charmes. Rien n'est plus doux que d'être scandalisé par un spectacle dont on est innocent.

M. de Labadens avait entendu le mouvement de la croisée, ce qui lui avait coupé net l'inspiration... heureusement, rien de plus! Instinctivement, il avait rentré en lui-même tout ce qui en était sorti, et avait refermé la boutonnière indiscrète. Mais il était demeuré sur son désir et s'était résolu d'attendre un moment pour en poursuivre de nouveau la satisfaction. Le temps psychologique écoulé, il rabattit <tc>nc, de nouveau, un des côtés de son pontlevis, mais l'autre, précisément, le droit. Les poètes ont quelquefois de ces fantaisies.

Or, dans ce temijs ccpeûdanL fort court, un véritable travail s'était fait dans le cerveau de la veuve. Ayant ramassé sa tapisserie et ses pelotes, elle s'était remise en observation devant le miroir. Elle ne pouvait manquer d*y voir, dans quelques secondes au plus, l'arroseur improvisé, traversant la rué et regagnant enfin le trottoir des Rois-Mages, délivré, plus léger, sa lourde pipe à la main. Je t'en moque, rien! Alors, qu'avait-il pu devenir? Ah! voilai il avait pris seulement ce hors-d'œuvre avant le gros du repas. Fi ! Mais non, il avait vraiment une visite à faire dans la maison et ce n'avait été qu'une précaution oratoire un exorde mouillé avant d'entrer en conversation. Toujours rien I C'était à donner vraiment sa langue au chat. Ah I madame Merminod n'y tint pas. Elle rejeta encore son ouvrage sur le tapis et rouvrit la croisée, juste à temps pour voir la nouvelle édition de l'ouvrage que M. de Labadens venait de tirer, en changeant de côté la gravure, tout simplement comme nous l'avons dit, et en montrant à droite l'image qui était à gauche auparavant. Pour le coup, sans même refermer la fenêtre, tant son émotion était grande, la veuve selaissa retomber dans son fauteuil en murmurant : Deuxl

Elle avait si longtemps conjugué le verbe : « Pas du tout I » n'était-il pas juste que ce qui manauait

aux uns s'en vînt en double aux autres? La loi des compensations] voulait ainsi. Les gens extraordinairement doués le sont toujours au détriment des autres. Nous n'avons d'hommes de génie que parce qu'il y a des imbéciles.

Et tout au caprice enthousiaste de son imagination, elle répétait encore : Deuxl

La revanche promise lui apparaissait sous les traits de ce Janus d'un nouveau genre dont le double visage était dans le pantalon. Les fainéants sont bien heureux qu'il se trouve des hommes de courage, prêts à porter, à leur place, l'essentielle pièce de leur armure I Cela était pour feu Merminod dont la mémoire ne brillait pas dans cette comparaison. Le non bis in idem ne s'applique nullement à l'histoire naturelle. — Deuxl s'exclamait la veuve, — Deux! Et elle s'enfonçait dans de voluptueuses méditations.

Eh bien, mais? Elle n'était pas déplaisante, ellemême, et ne manquait pas de quelque fortune. M. de Labadens était un héros, mais rien de plus. Les militaires ont souvent fait cas des veuves riches.

Le lendemain, quand Tex-Cent-Suisse passa à l'heure accoutumée, elle lui fit une œillade pleine d'encouragement. Elle se le fit présenter dans le monde et les choses allèrent bon train. Six mois après, ils étaient mari et femme. Très loyal, M. de Labadens ne daigna pas prolonger l'illusion, ce qui lui eût été aisé en couchant, la première nuit de ses noces, avec son pantalon à pont et en renouvelant, dan? le lit, le même jeu de boutons que sous la fenêtre. Ce chassé-croisé imaginaire lui parais-

sant indigne de lui, il aima mieux rappeler par sa conduite le joli vers du fabuliste, qui dit, en parlant des amis :

N'en ayons qu'un, mais qu'il soit bon!

Et mordieul il fit deux jumeaux à la première passe, ce qui permit à sa nouvelle épouse de murmurer une fois encore : Dsiixl

PETITES JOYEUvSETES

A table, la conversation roule sur les arts :

— Aimez-vous les majoliques, demande Constantin à

madame Parvenue.

Madame Parvenue {qui après faute sur faute se tient sur

ses gardes). — Heu I... cela dépend... oui, quand c'est bien

cuit!

Le patient (dans le paroxysme de la souffrance). — Ah! docteur, je croyais que vous arrachiez les dents sans douleur.

Le dentiste. — Rien de plus vrai, je n'ai jamais souffert pendant les opérations que j'ai faites.

Charles. — Elle est jolie, mais elle ne sait rien de rien. Marthe. — Oh! pardon, elle le sait trop.

— Mon cher ami, il faut que je vous demande de me prêter cinq louis. J'ai oublié ma bourse à la maison et je suis sans le sou.

— Malheureusement, mon cher, cela m'est impossible, mais je puis vous fournir le moyen de les avoir.

— Oh! vous êtes vraiment bon.

— Tenez, voici six sous, prenez l'omnibus, rentrez chez vous prendre ce que vous avez oublié 1

Madame Jacasse a toujours soutenu à son mari que fumer

est une sale et mauvaise habitude.

— Ma chère, il est démontré que dans le tabac il n'y a aucun microbe.

— Cela prouve son bon sens, répondit madame Jacasse.

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MAMILLANA

Sous les belles avenues de platanes du Mail dont .es obliques rayons d'un soleil d'octobre traversent ics feuillages rouilles, au son de la musique militaire qui mêle ses plaintes de cuivre à la mélancolie du double déclin du jour et de l'année , perdus dans la foule des citadins qui respirent, comme a dit Beaudelaire, quelque héroïsme dans ces fanfares, M. et madame Vesinet marchent côte à côte sans se donner le bras. M. Vesinet est un grand

!20 IfÀMILLANÀ

iioiDiiie sec qui s'est pi us occupé de conserver des hypollièqucs que do se conserver soi-même. Avec in(iuiétude et d'un regard de côté, il épie le nez rubescent de sa femme, si rubcscent que, la couperose continuant à s'y acharner, un fumeur distrait viendra s'y cogner quelque jour pour allumer son cigare. Cette jolie gousse de piment jaillit d'une face déplorablement vermeille elle-même et le tout surmonte un corps de femme si pesant par la base que les petites jambes semblent à peine le pouvoir porter. Imaginez quelque chose comme une outre sur un cheviilet bas et léger.

De temps en temps, l'œil du vieux conservateur prend ime autre direction. Ce n'est pas, croyez-le ■bien, pour guigner quelque jolie passante dont l'appétissant spectacle le console de celui dont il jouit sous son toit conjugal. Les pensées de M. Vesinet ne sont pas si folâtres et un observateur se serait bien vite convaincu que cette seconde curiosité recelait, comme la première, un secret souci. Celle que regardait cet homme doublement anxieux, c'était sa propre fille Angélique, laquelle droite comme un I, marchait elle-même à côté d'eux, auprès de son fiancé, le comte Ogier des Dardanelles. Ce n'est pas sans intention que j'ai évoqué, à propos de cette demoiselle, le souvenir d'une des lettres de l'alphabet. Mademoiselle Angélique était grande, blanche, blonde , avec un joli visage; mais tout lui manquait des reliefs qui font la vie aimable aux époux convaincus. Encore avait-elle, à la rigueur, de quoi s'asseoir ; mais on n'eût jamais imaginé qu'elle put devenir nourrice. Sa virginale poi-

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trine donnait l'impression d'un lac, et l'on sait que l'alcyon du désir aime les océans gonflés de vagues monlueuses. L'éducation austèrement religieuse Je mademoiselle Vesinet ne lui permettait pas de dissimuler ce néant mamillaire par des artifices de toilette. Son père avait remarqué que l'empressement de M. des Dardanelles diminuait depuis quelque temps et que ce gentilhomme s'impatientait de ne pas voir mûrir les pommes quÉve emporta sur sa poitrine, après avoir dépouillé l'arbre du Paradis terrestre. C'est qu'il y a des hommes qui tiennent énormément à ce joli dessert.

On s'était séparé après la promenade et la famille Vesinet dîna tristement comme si les impressions de l'automne se fussent appesanties sur elle. Comme il en avait coutume, après la dernière goutte de café, le chef de la famille prit son journal et se mit h en lire les annonces avec un soin ponctuel. Car M. Vesinet, après trente ans de passedroit dans son administration, était désabusé des choses de la [lolilique, et, quant aux choses de ^a littérature, elles lui étaient devenues indifférentes, bien (ju'il eût composé, comme tout le monde, son petit volume de vers autrefois. Sa lecture parut l'intéresser plus que de coutume, car, par deux fois, il se frappa le front, ce qui fit lever le visage de ces dames de dessus leur ouvrage. Le nez de ma-

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(lame Vcsinel en profita pour scintiller corrnie un nibis. Or, voilà ce que M. Vesinet avait lu ù celte quatrième page :

Produits de la maison Lantivesse,

« Le Trésor pectoral. — Une des beautés de la femme les plus appréciées des véritables amateurs, mais une des plus rares aussi, est certainement cette fermeté de la gorge qui faisait l'orgueil des statues antiques. L'air vicié des grandes villes, le régime sédentaire de leurs habitants, l'édu ation insuffisamment plastique des jeunes filles menacent de faire perdre à celles de notre race ces marmoréennes traditions. C'est une question pendante que celle de la régénération de cet ornement naturel. M. Lantivesse, le célèbre inventeur , offre à sa clientèle un élixir composé par lui et qui rend le courage aux poitrines les plus alanguies. Il ne le faut pas confondre avec ces laits artificiels dont l'effet est dérisoire. Le précieux liquide que nous présentons au public n'est pas une simple lotion, c'est à l'intérieur qu'il se prend, à la dose de trois gouttes par jour , lesquelles suffisent à constituer un breuvage tout à fait agréable et ayant un petit goût d'anisette. Il a pour base rationnelle des simples cueillis dans les pâturages les plus renommés de la Suisse. Il est surtout recommandé aux jeunes filles dont la coquetterie s'inquiète de ne pas âe voir assez tôt parées des attributs charmants de la féminine puberté. — Prix du flacon : 25 francs ; 50 francs avec une consultation de l'inventeur. »

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Un peu plus bas, M. Vesinet avait lu :

« Le Sang des Lys. — Les médecins se sont souvent préocciipés de la pourpre qui envahit le visage des dames d'un certain âge. Le célèbre inventeur Lantivesse vient de découvrir un remède à la couperose tant maudite de l'âge mur. Le sang des Lys rend au visage les pâleurs charmantes de la jeunesse. Ce n'est pas une de ces pommades qu'ont préconisées les charlatans ; ce n'est pas par frictions qu'il s'absorbe. Sagement introduit dans l'économie au moyen d'un clysopompe do choix, il exerce en peu de temps son action bienfaisante. Une cuillerée à café par litre d'eau. — Prix du flacon : 25 francs ; 50 francs avec une consultation de l'inventeur. »

-Mes enfants, dit M. Vesinet, je partirai demain pour Paris.

Ce Lantivesse n'était pas un mythe, comme vous pouvez le supposer. C'était un ancien droguiste convaincu — de la nécessité de s'enrichir, s'entend, — et qui faisait ses petites malpropretés en chambre dans un obscur appartement sis au troisième dans la rue aux Ours. Le plus comique est que ses remèdes étaient vraiment efficaces, ce qui suffisait à le distinguer des pharmaciens ordinaires. Ses affaires marchaient bien, et son officine était d'ordinaire le plus calme séjour du monde. Mais M. Lantivesse

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était: ce jour-là dans un état d'exaspération infinie. 11 tournait, comme une toupie, entre ses flacons et ses prospectus, bousculant ceux-ci, éparpillant ceux-là, faisant des gestes de possédé, sacrant coinnie un toniplier et iuvo(juant tous les diables. Un rival venait-il d'oflrir au public un Trésor Pectoral et un Sang des Lys plus efficaces que les siens? Non, mes enfants , il s'agissait bien d'un rival, en effet, mais dans un ordre d'idées moins purement commercial. M. Lantivesse avait une fort jolie femme et venait de découvrir qu'il était formidablement cocu. Or, il y a des gens. Dieu merci 1 qui aiment encore mieux qu'on touche à leurs inventions plutôt qu'au derrière de leurs femmes. Notre Lantivesse était furieux, exaspéré. Il était en train de méditer des vengeances borgiesques lorsqu'un coup de sonnette discret le rappela à la réalité. tJn client, sans doute ! Pour être cocu, oh n'en est pas moins marchand. Le di'oguiste dompta ses nerfs du mieux qu'il put et vint ouvrir. Ce fut M. Vesinet qui entra.

On ne saurait imaginer rien de plus biscornu que la consultation qu'obtint de l'inventeur l'ancien conservateur des hypothèques; Lantivesse, toujours ému, bafouilla déplorablement, mêla les idées, embrouilla les choses à un tel point que son interlocuteur dut renoncer à l'écouter et fut forcé de se contenter de lui donner cent francs pour ce double galimatias. Moyennant quoi M. Lantivesse le reconduisit très poliment jusqu'à la porte, après lui avoir enveloppé chacun des flacons qu'il emportait avec un prospectus nerveusement cueilli dans le tas.

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Ces savants ont, tout de même, d'extraordinaires façons ! se disait l'excellent homme en descendant l'escalier. Et il paraît que moins on les comprend, plus ce qu'ils disent doit éclairer l'humanité. Celuià est certainement un homme de génie et je plains es imbéciles qui le prennent pour un fou.

Très délicatement, M. Vesinet avait dissimulé à sa femme et à sa fille le véritable but des remèdes qu'il leur apportait de Paris. A madame Vesinet, il avait présenté son clystère de Sang des Lys, sous le débonnaire aspect d'un émollient agréable. Pour sa fille, les gouttes du Trésor Pectoral étaient un simple tonique, tel qu'on en recommande volontiers aux jeunes filles. L'une et l'autre, qui étaient des créatures dociles, suivirent avec conscience le traitement. L'œil investigateur M. de Vesinet en observait les effets avec une anxiété croissante. Mais le nez de son épouse demeurait toujours comme un tison et rien ne germait dans les plis du corsage d'Angélique. Au contraire celle-ci semblait pâlir encore, et M. des Dardanelles paraissait de plus en plus hésitant à prendre une femme d'une santé aussi délicate.

Bientôt un phénomène plus inquiétant encore se produisit et pour lequel le malheureux conservateur refusa longtemps d'en croire ses yeux. J'ai dit, dès le début, que madame Vesinet était très pourvue d'assises naturelles , au point de ne pouvoir

MAMILLANA

marcher qu'avec une extrême lenteur. Lesdites assises prirent un tel développement qu'il ne lui fut plus possible bientôt de sortir qu'eu voiture. Quelque temps après, elle occupait à elle seule les deux coussins, et son mari était obligé de s'asseoir sur le strapontin. Quelque temps encore et il lui fallut un véhicule spécial. Un ancien carrosse du sacre de Charles X fit l'afTaire, mais un jour, elle en fit claquer les côtés. On dut élargir les portes de la maisou. Horreur ! dans le lit conjugal même , le malheureux Vesinet ne trouvait plus à se loger sous les draps tendus comme l'enveloppe d'un ballon. Une nuit, madame Vesinet rêvait sans doute, mais un petit air sortit de dessous elle et son époux stupéfait reconnut le Ranz des vaches du canton de Neufchâtel. Enfin les draps se fendirent et M. Vesinet constata que les hémisphères postérieurs de sa femme s'étaient surmontés, de deux jolis boutons de rose.

C'est ce sale cocu de Lantivesse qui était la cause de tout cela. Ne s'était-il pas trompé de prospectus en enveloppant ses maudites fioles. Si bien que, iepuis trois mois, madame Vesinet prenait en lavement le Trésor Pectoral de sa fille, tandis que celleci absorbait avec un stilli-goutte le clystère de sa maman.

Pour qui eût fouillé profondément dans la vie de Polydore Courtablèze, le seul événement qui en eût été mémorable était la remise qui lui avait été faite au Conservatoire de Toulouse, d'un basson d'honneur. Depuis ce grand événement, Polydore avait hérité et renoncé à la musique. Mais l'instrument était demeuré chez lui, comme un trophée, accroché à la muraille sous une immense couronne de laurier en papier d'or. Polydore s'était marié, habitait une

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