VICOMTE DE MONTIGNY
As-tu jamais réfléchi, mon cher ami, sur les causes de celte proscription presque générale dont sont frappés les paysans dans notre littérature? C*est un sentiment de protestation contre cet injuste ostracisme qui m'a inspiré ce petit livre. J'ai essayé d'y mettre en relief un fait douloureux et de jour en jour plus fréquent parmi ces populations rustiques, trop dédaignées du romancier. J'ai incarné ce fait dans un personnage qui, sous une plume puissante, aurait pu atteindre à des proportions typiques, tant l'ignorance et la barbarie des mœurs villageoises l'ont rendu commun dans nos campagnes.
Au surplus, je n'ai garde d'oublier que deux illustres romanciers contemporains ont touché avec génie
à la peinture de la vie des champs ; mais Ik où le premier cherchait à tout prix le drame, Tautre a peutêtre trop uniformément rencontré l'idylle. Les paysans ne sont ni aussi imperturbablement beaux et vertueux, ni surtout aussi infailliblement laids et méchants qu'on nous les a montrés jusqu'ici. Ai-je le droit d'ajouter, après avoir cité ces deux maîtres, que j'ai voulu, dans cette modeste tentative, ne m'inspirer que de la seule vérité, c'est-à-dire raconter simplement et naïvement ce que j'ai vu ?
J'ignore l'accueil que le public fera à ce court récit ; mais je n'ai pas oublié que tu me disais un jour, en me parlant du fait lamentable qui me l'a fourni :. c Celui qui écrirait un livre sur ce sujet ferait une bonne action ! » Cela me suffit, malgré toutes les imperfections de cette simple histoire, pour être certain que tu auras autant de plaisir à la lire qu'en a eu à te la dédier
Ton vieil ami,
Louis Goudall.
LE MARTYR
DES CHAUMELLES.