‹ Contes industrielsChapitre 8 sur 30 · CE DONT EST CAPABLE UNE MANCHETTE, ETC · texte numérisé non relu

CE DONT EST CAPABLE UNE MANCHETTE, ETC

« J'aime mieux cent fois la blonde, cette dentelle élégante et soyeuse qui fut un instant ma sérieuse rivale, que le reflux de la mode a emportée et que le flux nous ramènera un jour.... Mais je parle de couleurs à un aveugle. Savez-vous seulement ce que c'est que la blonde? savez-vous que les riches départements du Calvados et de la Manche ont occupé pendant longtemps plus de 150 000 ouvriers à cette fabrication qui s'élevait à près de 20 millions de francs par an? Oui, moi, dentelle de pure race, dentelle de lin, reine des dentelles, je regrette la blonde, je regrette cette dentelle originale, qui du moins n'était pas un mensonge, et qui donnait un charme, une douceur incomparables aux plus piquantes physionomies. Mais la fausse dentelle.... ce n'est pas la pauvreté, c'est le vice ! »

Je calmai de mon mieux cette dentelle irritée, en m'étonnant que tant de fiel pût entrer dans l'âme d'une manchette. Je la remerciai et la serrai poliment dans un tiroir à côté de ses vieux compagnons d'infortune : le paquet de lettres, le ruban bleu, la petite clef de vermeil et la tresse de cheveux châtains.

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