Divertissement
« De quoy te plains-tu donc? dist monseigneur; je te fais bailler ce que tu aymes. — Aime! dit le mignon, il y a manière; j'ayme trèsbien, voirement, pastez d'anguilles pour une foiz, ou pour deux, ou pour trois, ou de foiz à aultre, et n'est viande que devant je preisse ; mais de dire (|ue tous les jours les voulsisse avoir sans menger anitre fhosp, par nostre Dame! non feroye; il n'est homme qui n'en fust rompu et rebouté. Mon estomac en est si traveillé que, tani>st qu'il les sent, il a assez disné. Pour Dieu! monseigneur, commandez qu'on me hailit; aultre viande pour recouvrer mon appétit; aultrement. Je suis homme deiTait. — Ha dia, dist monseigneur, et te semble-t-i! que je ne soye ennuyé?... » {Les Cent Nouvel'ea nouvelles, nouvelle \.)
Mon doux ami, je vous apprend Que ce n'est pas une souise, En fait de certains appétits, De changer son pain blanc en bis :
Diversité, c'est ma devise. »
Quand le maître eut ainsi parlé, Le valet fut tout consolé.
Non que ce dernier n'eût à dire Quelque chose encor là-dessus :
Car, après tout, doit-il suffire D'alléguer son plaisir sans plus?
J'aime le change. A la bonne heure!
On vous l'accorde ; mais gagnez, S'il se peut, les intéress 's :
Cette voie est bien la meilleure ; Suivez-la donc. A dire vrai, Je crois que l'amateur du change De ce conseil tenta l'essai.
On dii qu'il parloit comme un ange.
De mots dorés usant toujours.
Mots dorés font tout en amours.
C'est une maxime constante.
Chacun sait quelle est mon entente*
I. La Fontaine a soin de marquer qu'il n'entend pas seulement des l^aroles éloquentes, persuasives, comme les Mots dorés de Caton ou de
PATE D'AXG LILLE.
J'ai rebattu cent et cent fois Ceci dans cent et cent endroits' :
Mais la chose est si nécessaire Que je ne puis jamais m'en taire, El redirai jusques au bout :
xMots dorés en amour font tout.
Ils persuadent la donzelle, Son petit chien, sa demoiselle, Son époux quelquefois aussi. C'est le seul qu'il falloit ici Persuader : il n'avoit l'àme Sourde à cette éloquence; et, damel Les orateurs du temps jadis iN'en ont de telle en leurs écrits.
Notre jaloux devint commode :
Même on dit qu'il suivit la mode De son maître, et toujours depuis Changea d'objets en ses déduits.
Il n'étoii bruit que d'aventures Du chrétien et de créatures.
Les plus nouvelles sans manquer Kl )ient pour lui les plus gentilles :
Pythagore, niai-s qu'il entend des paroles accompagnées de présents et de libéralités.
>. \oyez notamment t. III, p. 20, 41, 182, 183; et ci-dessus, p. oO, 01, 01, 120.
Par où le drôle en put croquer*.
Il en croqua : femmes et filles, Nymphes, grisettes, ce qu'il put Toutes étaient de bonne prise; Et sur ce point, tant qu'il vécut Diversité fut sa devise.
i. En put séduire. (Voyez t. III, p. 248. note 2.)
LES LUNliTTES. ra
XJÎ.
J'avois juré de laisser là les nonnes :
Car, que toujours on voie en mes écrits
Même sujet et semblables personnes.
Gela pourroit fatiguer les esprits.
Ma muse met guimpe sur le tapis;
Et puis quoi? guimpe, et puis guimpe sans cesse;
Bref, toujours guimpe, et guimpe sous la presse ^
C'est un peu trop. Je veux que les nonnains
Fassent les tours en amour les plus fins ;
Si ne faut- il pour cela qu'on épuise
Tout le sujet. Le moyen ? c'est un fait ^
1. Jeu de mots. On mettait sous la presse le linge blanc et empesé. Cette presse se comptait souvent d'un gros volume in-folio, comme le f^lutnrque à mettre les rabats de Ghrysale de. Femmes savantes. (P L )
2. l'uderet me profecto prodere tôt sacerdotum ineptias, nisi ipsos non puderet talia facere. (Bebeuus, lib. I.}
Contes T. II
258 QUATUlEHF. P:V'rnE.
Par trop fréquent ; je n'aurois jamais fait : Il n'est greffier dont la plume y sufilse. Si j'y tâchois, on pourroit soupçonner Que quelque cas m'y feroil retourner, T ait sur ce point mes vers font de rechutes. Toujours souvient à Robin de ses flûtes ^ Or apportons à cela quelque fin:
Je le préiends, cette tâche ici faite.
Jadis s'étoit introduit un blondin
Chez des nonnains, à titre de fillette.
Il n'avoit pa^ quinze ans que tout ne fût *;
Dont le galant passa pour soour Colette,
Auparavant que la barbe lui cifit.
Cet enire-temps ^ ne fut sans iruit : le sire
L'employa bien; Agnès en profita.
LasI qujl profit! j'eusse mieux fait de du'e
Qu'a sœur Agn'^s malheur en arriva.
11 lui fallut élargir sa ceinture.
Puis mettre au jo ir petiie créature
1. Expression proverbiale, pour dii-e : on revient toujours à ses anciennes habitudes, aux penchants de sa jeunesse. « Après, achevez ces histoires; tu y songe? de bien loin : il souvient tousjours à Robin de ses flustes. n {Moyen de parvenir, ch. Cause. ) — o Hantez les boiteax, vous clocherez; hantez les chiens, vous aurez des puces : il souvient lousjours à Robin de ses flustes. » (.Noei. dlFail, Contes d'Butrapel.)
2. Que tout ne fui veut dire : tout au plus. 3 uerl intervalle de temps.
Qii resseml)loit comme deux gouttes d'eau,
Ce dit l'histoire, à la S'uui jouvenceau.
Voilà scandale et bruit dans l'abbaye :
« D'où cet enfant est-il plu? comme a-t-on,
Disoient les sœurs en riant, je vous prie,
Trouvé céans ce petit chanpignon?
Si ne s'est-il après tout fait lui-même. »
La prieure est en uu courroux extrême :
Avoir ainsi souillé cette maison!
Bientôt on mit l'accouchée en prison;
Puis il fallut faire enquête du père.
Comment est-il entré? comment sorti?
Les murs sont hauts, antique la to irière,
Double 11 grille, et le tour trè^-petit.
« Seroit-ce point quelque garçon en fille?
Dit la prieure, ei parmi nos brebis
K'aurious-nous point, sous de trompeurs habits,
Un jeune loup? vSus, qu'on se déshabille i
Je veux savoir la vérité du cas. »
Qui fut bien pris? ce fut la feinte ouaille ^ :
Plus son esprit à songer se travaille,
Moins il espère écha^^per d'un tel pas.
Nécessité, mère de siratagème,
Lui lit... eh bien? lui lit en ce inoment
Lier... eh quoi? Foin! je suis court moi-même»