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Comme l'oiseau reste dans le piège où il a été pris

L'heure du rendez-vous m'embarrasse. V.t pourquoi? Si l'amant ne vint pas, sœur Claude et sœur Thérèse Lurent à tout le moins de quoi se consoler : S'il vint, on sut cacher le lourdaud et la chaise ; L'amant trouva bientôt encore à qui parler.

PIN DE LA QUATRIÈME PAKTiLc

I Comment l'esprit vinit aux ftlles. C'est un des contes dont la source n'est pas connue.

n. VAhbesse, ou VAhbesse malade (édition de 1685), est tirée de la XXP nouvelle des Cent Nouvelles nouvelles, intitulée, dans l'édition àe'^èT2k\-(\,VAhbesse guérie. Dans le vieux conte, la controverse entre les religieuses sur la question : « S'il n'est chose qu'on ne doye entreprendre pour eschevcr (éviter) la mort,. » est beaucoup plus solennelle que dans- le conte de La Fontaine. L'abbesse oppose une plus sérieuse résistance au recipe du docteur.

Cf. Malcspini, Ducenlo Xovelle, 79; Guillaume Bouchot, lérie 3.

La digression sur Panurge et le marchand de moulons Dindenaut est empruntée au 1V« livre de Rabelais, où l'histoire de ces deux personnages occupe les chapitres vi, vu et vni. C'est dire que La I ontaine n'en donne que le sommaire. Rabelais avait lui-ii.éme emprunté cet épisode à ïllùloire macca-

ronique de Merlin Cocaie ; par Th. Folengo), où Taveniurier Cingar joue absolument le m^me tour à des marchands tessinois (livre XII):

« Voicy de loing arriver les Tessinois sublans souvent, ayant beaucoup de bergers conduisant leur bercail qui eston en si graii 1 nombre que !a terre en senibloit couverte. Ils portoient sur leurs dos leurs fouillùuzes et avoient leurs gros iiiestins atlachés à leur ceinture, lesquels, quand il en est mestier, ils laschent pour se rutr sur les loups et les tuer. Il y avoit plus de trois mille moutons et avoient tous la laine blanche et estoient sans cornes. De la laine d'iceux se font les b:reaux et autres draps de grosse estoffe.

« On tire la première par les oreilles dedans le navire; laquelle est incontinent suivie par toutes les autres, sans avoir aucune peur; car Nature a donné cette faculté au bercail, de suivie t'iusjours la première qui marche devant.

« Mais quand ceste canaille de Tessinois ont vu Balde et ses compagnons armez dedans le navire, et leurs chevaux occuper la meilleure place du vaisseau : « 0! dirent-ils, « patron, pourquoy rompez vous les accors faits entre nous? « Ne nous as-tu pas promis que lu n'en prendrois pas d'autres « en ce navire? Gardes-tu ainsi tes promesses? Oh! barque- M rolliers, vostre foy est-elle ainsi entretenue en son entier? « 0 gens à qui est propre de donner des bourdes aux autres, « et qui ne se soucient guères de commettre une fausseté! Tu « es fol, et ne sçais, ô Chiosois, que tu fais, et tu ne coni( nois point telle marchandise et quel est ce meschant gain. <i l'ieçois tu fies solda's et diables armez duns ton vaisseau? « Jette les François, jette nos ennemis! Un paysan ne s'accorde 'i jamais avec un gendarme, et ne souffriroient manger leur « viande ensemble. J'ay bonne envie de leur rendre autant « de bastonnades que nous en avons receu d'eux. Nous en « avons maintenant le moyen. Il faut, dis-je, leur rendre le « change : que ces larrons s'en aillent hors d'icy, à leur

REMARQUES. iO,

« faciende, il y a des forêts et des cavernes : en icelles feront (' mieux leur demeure tels voleurs, que de se venir mettre « dedans des navires, et de se mesler icy, parmy des gens de « bien. S'ils ne s'en vont, nous les jetterons en l'eau par (I force. » Ainsi le plus grand paysan, et le plus audacieux, parla. Le patron ne leur répondit rien, estouppa ses oreiles à une telle honte, laquelle aucun masque ne pouvoit couvrir.

« Or Balde, entendant les paroles audacieuses de ce vilain moutonnier, desgaine incontinent son espée^t met son bouclier au bras et se délibère d'attaqu^;r ces braves marauts. Cingar le retient et, le retenant, parle à luy en roreille et le prie de luy laisser la charge de faire ceste vengeance. « Cela, u dit-il, mon Balde, n'est point séant à vous ny propre à « vostre vertu naturelle; mais appartient plustôt à la subtilit « de Cingar. Arreste-toy, je te prie : tu verras maintenant « merveilles; il ne faui point endurer l'orgueil d'un vilain « merdeux : les uns riront; autres, croy-moy, pleureront. » Balde luy obéist et rengaine son espée.

« Cependant le vent doucement s'enfle, et la mer commence à se cresper et fait branler ses ondes. Le vaisseau se sépam du bord, et peu à peu s'avance au milieu et laisse le rivage, lequel, en fuyant ainsi, semble emporter avec soy les villes et pays. On ne voit déjà plus les bois, on ne voit que la mer et le ciel; et les mariniers, en chantant se reposent.

« Cingar, cauteleux, voyant le temps proche et propre pour mettre à eflet ce qu'il avoit en pensée, finement s'approche de l'un de ces paysans, luy disant : « 0 que voicy grande M abondance de vivre ! Veux-tu, mon compagnon, me vendre « un gras mouton? » Le marchand lui répond : « Moy! trois, « huict, quatorze, si un seul ne te suffit, moyennant que tu a les veuilles payer, et que tu m'en donnes au moins huict « carlins pour pièce. » Alors Cingar, le marché arresté, et prenant son mouton, luy compte de sa bourse huict carlins de cuivre, lesquels il avoit naguères forgez.

« Les marchaas estoient là présens, et toute la compaignie, riches et pauvres, lays, moines et prebstres, s'attendoient de manger chacun un bon morceau de ce mouton; mais Balde considérant la raocquerie, desjà se prépare fort bien et chuchotte en l'oreille de Léonard : « Il sortira, dit-il, tantost une « belle farce; tais-toy, je te prie, et t'appreste à rire. » Gingar prend par les oreilles ce mouton, qu'il avoit acheté en présence de la co npagnie. et le jette en la mer du haut du navire. Chose merveilleuse, et, par adventure, malaisée à croire : incontinent tout le troupeau à la file saute en la mer, et n'en demeura une seule pièce qui nesautast et nesejettast en l'eau. Par c moyf^n, la mer fut toute couverte de poissons porte-laines, et ces moutons paissoient autre chose que de l'herbe. LesTessinois s'eflforçoient de les retenir le plus qu'ils pouvoient; mais c'estoit pour néant, car enfin tout ce bestail abandonna le vaisseau. Au temps du déluge, les poissons, montez au sommet des montagnes, contemploient les foresis et se promenoient joyeux par dessus les ormes et peupliers, regardans au dessous d'eux les prez et les fleurs; et maintenaût le bercail paist soubs les eaux l'algue, mange et boit ce qu'il ne veut, et se noyé tout à fait. Neptune lors fait un grand butin, s'émerveillant d'où estoient descendus tant de moutons : d'iceux il fait un festin aux nymphes et barons de sa court, les'jVA Is s'en farcirent à bon escient le ventre, laissans, soubs la table, des ossemens pour les chats.

« Balde crève de rire, Léonard en pette, et les autres en grognent. Gingar ne rit point, mais feint estre marri et rapporte à malheur ce qu'il avoit fait de guet apens, et feignoit d'aller secourir ces bestes; mais, au contraire, subtilement il les poussoit en la mer : et vous eussiez dit, à le voir bien embesongné, que les moutons estoient à luy, tant il sçavoit bien accommoder sa mocquerie. Et parce que chaque mouton, sautant ainsi, chantoit, en prononçant bai, bai, sa misérable mort, de là la prochaine ville fut nommée Bebba et le peuple

d'autour fut par nos anciens appelé Bebbens. Iceux ont autrefois dompté les vieux Poposses et avoient sous leur domination les Malgariens. » {Histoire maccaronique de Merlin Coccaie, traduction de 1606.)

La Fontaine avait déjà cité Dindenaut dans ses failles; voy<v, tome I, p. 292.

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