III. Les Troqueurs. La Fontaine donne le fait comme
récent :
Car c'est un fiit arrivé depuis peu.
Walkenaer ajoute : '< Nous avons vu dans les archives du Palais de justice l'original d'un arrêt du Parlement rendu dans cette cause ou dans une autre semblable. » 11 est à regretter que Walkenaer n'ait pas donné une indication plus précise ou quelques extraits.
Toutefois ridée du troc est ancienne dans les traditions de la gaieté française. On connaît plusieurs farces sur ce sujet: l'une est imprimée dans le Recueil des farces, moralilés, etc., publié par Leroux de Lincy et Fr. Michel, Paris, Techener, 1837, t. 111, n" 59 : « Farce nouvelle à quatre personnages, c'est à sçavoir : le Trocheur (troqueur) de maris, la première femme, la ir femme, et la iii^ femme. »
IV. Le Cas de conscience. La même anecdote, avec des circonstances toutes dififérentes, se trouve dans le Grand l^arayigon des Nouvelles nouvelles de Nicolas de Troyes, 51° nouvelle.
« Advint une fois que, au pays de Poictou, il y avoit un sergent, assez bon compaignon, lequel se tenoiten ung village audit pays, et advint que environ Pasques ledit sergent s'en vint à confesse à son curé, et se confessa au moins mal qu'il peut. Après plusieurs péchés par lui déclarés audit curé entre les autres choses ledit curé luy demanda s'il n'avoit point rompu son mariage, car on dit communément que il souvient
fi4 QUATRIÈME PARTIE.
tousjours à ung tambourineux de ses flûtes. A ce dit le sergent au curé : « Monsieur, je ne l'ay point rompu, je vous promets que il est encore tout entier. — Comment ! dit le curé, vous vous mocquez de Dieu! — Non fais, dea! » dit le sergent. Lors luy dit le curé : « Avez-vous point eu affaire à d'autres femmes que la vostre? — Non, monsieur, je vous P' omets. — Or çà, dit le curé, vous n'en avez point eu d'envye? Avez-vous point veu d'autres femmes que vous eussiez mieulx aymé coucher avec elles que avec la vostre? — Hélas! monsieur, ouy, dit le sergent; il est bien vray que. il n'y a pas longt 'inps, je vis une fort belle femme à mou appétit et je la regardois tant doulcement, elle me sembloit tant belle, que j'eusse volontiers couché avec elle. Je vous promets, monsieur, que je l'eusse embrassée et baisée de bon couraige... Hé! par ma foy! monsieur le curé, vous en eussiez bien fait autant si vous l'eussiez eue à votre appétit.
— Voire mais, dit le curé, vous ne luy fistes rien? — Non, monsieur, dit-il. — Vous eustes seulement la voulenté que, si vous eussiez esté couché avec elle, vous luy eussiez faict cela? — Par ma foy, ouy, dit le sergent, et de bon couraige.
— Or je vous diray, mon amy, dit le curé, que la l)onne voulenté est réputée pour le faict. Pour ce péché icy que vous avez faict, je vous en charge et baille en pénitence que, vendredy prochain, vous jusnerez au pain et à l'eau. — Voire mais, dit le sergent, monsieur, je ne l'ay pas faict. ~ il ne m'en chaut, dit le curé, la bonne voulenté ist réputée pour le faict. »
« Lors dit le sergent : « Monsieur, je Tauroys faict, je vous promets que ne me feroit point de mal de jusner; mais!...
— Quel mais? dit le curé, or je vous en charge de jusner, ou autrement, si je le sçay, je ne vousbailleray point à reccpvoir à Pasques. — Hé bien donc, dit le sergent, monsieur le curé, je jusneray, s'il plaist à Dieu; mais... — Vous estes tousjours à ce mais, dit k; curé. — Par ma foy, dit le ser-
REMARQUES. Mb
« gent, monsieur le curé, je croy que, si la fortune vous estoit K, ainsi advenue, qu'il vous faseheroit bien de jusner ; mais c'est M tout ung, c'est pour la pareille; autant pour autant. Le bon il Oieupourvoyraà tout. — Hé bien, dit le curé, sçavez-vous que i< vous ferez ?Ju>nez d'aussi bon couraige comme vous eussiez « couché avec la dame. — Bien, je le veux, » dit le sergent.
« Lors lui bailla l'absolution, et nostre homme s'en va tousjours grondant pour ce jusne. Quelque temps après, environ le moys de may, que les hlez sont grans, vous devez sravoir que le curé avoit plusieurs vaches, dont il vint l'une desdites vaches auprès d'ung grant blé et y avoit une iiaye entre deux; et ceste vache cuydoit manger de ce blé, mais elle ne pov it, et tiroit sa grant langue pour cuyder manger par au travers de la haye, mais jamais n'y povoit tousclier. Or vous devez sçavoir que le sergent estoit là et regardoit la vache, attendant (ju'elle entrait dedans le blé pour la mener en prison. Si demanda à, quelqu'un qui estoit là à qui estoit la vache, et on luy respondit qu'elle estoit au curé. « Au curé, « dit-il ; saint Jehan ! vous viendrez en prison. » Et de faict mena ceste vache prisonnière. Le curé en fut adverty et vint au sergent, luy disant qu'il avoit mal faict d'avoir ainsi mené sa vache, veu qu'( lie n'avoitpoint faict de mal. « Comment, dit (( le sergent, monsieur, elle en vouloit manger ; la bonne « voulenté est réputée pour le faict. Par Dieu ! vous en payerez « l'amende pour elle. Vous souvient-il point que vous méfiâtes « jusner au pain et à l'eau par ung vendredi, parce qu ■ je « avoys eu envye de coucher avec une belle jeune femme, et « si n'y avois pas couché ? Mais vous me fistes passer par là. « Je ne l'ay pas oublié, non ! non ! et en passerez par là pour M vostre vache. » Et fallut que le curé en payast l'amende. »
V. Le Diable de Pape/iguière est tiré de Rabelais, liv. IV, ch. XLV-XLVH. Conf. Le comte Lucanor, ch. xli, — et les Vieiix Auteurs castillans, de Th. de Puy maigre, t. II, p. 50