‹ ContesChapitre 146 sur 193 · LE REMEDE · texte numérisé non relu

LE REMEDE

Si l'on se plaît à l'image du vrai,

Combien doit-on rechercher le vrai même '

J'en fais souvent dans mes contes l'essai,

Et vois toujours que sa force est extrême.

Et qu'il attire à soi tous les esprits.

Non qu'il ne faille en de pareils écrits

Feindre les noms ; le reste de l'afTaire

Se peut conter sans en rien déguiser :

Mais, quant aux noms, il l'aui au moins les taire.

Et c'est ainsi que je vais en user.

Près du Mans donc, pays de sapiencei, Gens pesant l'air, fine fleur de Normand-,

1. Dans le conte des Troqueurs, nous avons vu ce mot appliqué à la ^ormandie. (Voir p. 170.)

2. Deux phrases proverbiales et métaphoriques, pour dire des gens I rès-tins et très-subtils.

LE HiïMliDE. 339

Une pucelle eut naguère un ainanl

Frais, délicat, et beau par excellence

Jeune surtout; à peine son menton

S'étoit vêtu de son premier coton.

La fille étoit d'un parti d'importance;

Charmes et dot, aucun point n'y manquoit,

Tant et si bien que chacun s'appliquoit

\ la gagner : tout le Mans y couroit.

de fut en vain, car le cœur de la (ille

Inclinoit trop pour notre jouvenceau :

Les seuls parents, par un espiit manceau',

La destinoient pour une autre famille.

Elle fit tant autour d'eux que l'amant,

Bon gré, mal gré, je ne sais pas comment,

Eut à la fin accès chez sa maîtrr'sse.

Leur indulgence, ou plutôt son adresse,

Peut-être aussi son sang et sa noblesse,

Les fit changer : que sais-je quoi? tout duit*

Aux gens heureux, car aux autres tout nuit.

L'amant le fut : les parents de la belle

Surent priser son mérite et son zèle.

G'étoit là tout. Eh! que faut-il encor?

Force comptant; les biens du siècle d'or

Ne sont plus biens, ce n'est qu'une ombre vaine.

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