‹ ContesChapitre 150 sur 193 · Prête à m'obéir · texte numérisé non relu

Prête à m'obéir

Pleust or à Dieu, pour fuyr mes malheurs, Que je vous tinse à mon c mmandement.

(Marot, Chansons, \Ti.)

3. Est excellent en son genre, remporte sur les autres. Locution (iroverbiale prise de l'ambre, qui a la propriété de lever la paille. « Tous deux l'interrogeant sur plusieurs propos et négociations des dames, ma foi, il nous en conta bien et nous en fit une douzaine de

Ï52 GINQCIÈME PARTIE.

Car, ({uaiit à moi, ma main pleine d'audace

En luille endroits a peut-être gàli'

Ce que la sienne a bien exécuté.

Or il est temps de finir ma préface,

Et de prouver par quelque nouveau tour

Les quiproquo de Fortune et d'Amour.

On ne peut mieux établir cette chose

Que par un fait à Marseille arrivé :

Tout en est vrai, rien n'en est controuvé.

Là Glidamant, que par respect je n'ose

Sous son nom propre introduire en ces vers,

Vivoit heureux, se pouvoit dire en femme

Mieux que pas un qui fut en l'univers.

L'honnêteté, la vertu de la dame.

Sa gentillesse, et même sa beauté,

Dévoient tenir Glidamant arrêté.

Il ne le fut. Le diable est bien habile,

Si c'est adresse et tour d'habile Lé

Que de nous tendre un piège aussi facile

Qu'est le dcsir d'un peu de nouveauté.

Près de la dame étoit une personne,

Une suivante ainsi qu'elle mignonne,

contes qui lovoiciii la paille. » (Brantome.1 — u Racine a lait une cotiicdie qui s'appelle Bajazet, et qui enlève la paille. » (M"" de Sévigné.) — « Il y avoit diinani:h3 un bal. Il y avait une Basse-Brette qu'on nous avoit assuré yn levoil lapiille. » {La même.) Voyez le Berceau, X. 111, p. 1 1 i.

De même taille et de pareil maintien, Génie de corps; il ne lui manquoit rien De ce qui plaît aux chercheurs d'aventures. La dame avoil un peu plus d'agrément ; Mais sous le masque on n'eût su bonnement Laquelle élire entre ces créatures.

Le Marseillois, Provençal un peu chaud, Ne manque pas d'attaquer au plus tôt Madame Alix ; c'étoit cette soubrette.

Madame Alix, encor qu'un peu coqu<^tte, Renvoya l'homme*. Enfin il lui promet Cent beaux écus bien comptés clair et net. Payer ainsi des marques de tendresse En la suivante ^ étoit, vu le pays, Selon mon sens, un fort honnête prix.

Sur ce pied-là, qu'eût coûté la maîtresse? Peut-être moins, car le hasard y fait.

Mais je me trompe; et la dame étoit telle Que tout amant, et tant fùt-il parfait, Auroit perdu son latin auprès d'elle :

Ni dons, ni soins, rien n'auroit réussi. Devrois-je y faire entrer les dons aussi? Las ! ce n'est plus le siècle de nos pères : Amour vend tout, et nymphes, et bergères ; 11 met le taux à maint objet divin;

1. Var. du manuscrit : Renvoyoit l'homme 2* Var. du manuscrit : D'une suivante.

Contes T. II.

G'étoit un dieu, ce n'est qu'un échevin '. 0 temps! ô meurs! ô coutume perverse! Alix d'abord rejette un tel commerce, Fait l'irritée, et puis s'apaise enfin, Change de ton; dit que le lendemain, Comme madame avoit dessein de prendre Certain remède, ils pourroient le matin Tout à loisir dans la cave se rendre.

Ainsi fut dit, ainsi fut arrêté; Et la soubrette ayant le tout conté A sa maîtresse, aussitôt les femelles D'un quiproquo font le projet entre elles. Le pauvre époux n'y reconnoîtroit rien, Tant la suivante avoii Tair de la dame : Puis, supposé qu'il reconnût la femme.

Qu'en pouvoit-il arriver que tout bien?

Elle auroit lieu de lui chanter sa gamme *.

Le lendemain, par hasard, Clidamant, Qui ne pouvoit se contenir de joie, Trouve un ami, lui dit étourdiment

i . Wr. du manuscrit :

Il met le taux à maint objet charmant ; C'étoit un dieu, ce n'est plus qu'un m;irchand.

2. Le gronf'îr, le quei-eller. Expression proverbiale. (Voyei ci-destîs, p. l'S. «"Ve 4.)

Le bien qu'Amour à ses désirs envoie.

Quelle faveur! Non qu'il n'eût bien voulu Que le marché pour moins se fût conclu: Les cent écus lui faisoient quelque peine. L'ami lui dit : « Eh bien ! soyons chacun Et du plaisir et des frais en commun. » L'époux n'ayant alors sa bourse pleine, Cinquante écus à sauver étoient bons:

D'autre côté, communiquer la belle, Quelle apparence! y consentiroit-elle?

S'aller ainsi livrer à deux Gascons!

Se tairoient-ils d'une telle fortune?

Et devoit-on la leur rendre commune? L'ami leva cette difficulté, Représentant que dans l'obscurité Alix seroit fort aisément trompée.

Une plus fine y seroit attrapée :

Il suffiroit que tous deux tour à tour, Sans dire mot, ils entrassent en lice, Se remettant du surplus à T Amour, {)m volontiers aideroit l'artifice.

Un tel silence en rien ne leur nuiroil , Madame Alix, sans manquer, le prendroii Pour un effet de crainte et de prudence : Les murs ayant des oreilles, dit-on, Le mieux éloit de se taire; à quoi b^'^ D'un '^^^ «ecret leur faire confidence?

35«i CINQUIÈME PARTIE.

Les deux galants, ayant de la façon

Réglé la chose, et disposés à prendre

Tout le plaisir qu'Amour leur promettoit,

Chez le maii d'abord ils vont se rendre.

Là dans le lit l'épouse encore étoit.

L'époux trouva près d'elle la soubrette,

Sans nuls atours qu'une simple cornette,

Bref, en état de ne lui point manquera

L'heure arriva. Les amis contestèrent

Touchant le pas, et longtemps disputèrent.

L'époux ne fit l'honneur de la maison,

Tel compliment n'étant là de saison.

A trois beaux dés, pour le mieux, ils réglèrent

Le précurseur, ainsi que de raison.

Ce fut l'ami. Lun et l'autre s'enferme

Dans cette cave, attendant de pied ferme

Madame Alix, qui ne vient nullement :

Trop bien la dame, en son lieu, s'en vint faire

Tout doucement le signal nécessaire.

On ouvre, on entre ; et sans retardement,

Sans lui donner le temps de reconnoître

1. Dans le texte des OEuvres posthumes, il n'y a point de vers pour rimer avec celui-ci, mais cette irrégularité n'existe pas dans le manuscrit ; on y lit :

Bref, en état de ne lui point manquer; 14ême uu clin d'oei' qu'il put bien remarquer L'an assura. Les amis disputèrent touchant le pas, et longtemps contestèrent.

Ceci, cela, l'erreur, le changement,

La différence enfin qui pouvoit être

Entre l'époux et son associé,

Avant qu'il put aucun change paroître,

Au dieu d'Amour il fut sacrifié.

L'heureux ami n'eut pas toute la joie

Qu'il auroit eue en connoissant sa proie.

La dame avoit un peu plus de beauté,

Outre qu'il faut compter la qualité.

A peine fut cette scène achevée

Que l'autre acteur, par sa prompte arrivée,

Jette la dame en quelque étonnement :

Car, comme époux, comme Clidamant même,

Il ne montroit toujours si fréquemment

De cette ardeur l'emportement extrême.

On imputa cet excès de fureur

A la soubrette, et la dame en son cœur

Se proposa d'en dire sa pensée.

La fête étant de la sorte passée.

Du noir séjour ils n'eurent qu'à sortir.

L'associé des frais et du plaisir

S'en court en haut eu certain vestibule',

Mais quand l'époux vit sa femme monter,

Et qu'elle eut vu l'ami se présenter.

On peut juger quel soupçon, quel scrupule,

Quelle surprise, eurent les pauvres gens.

Ni l'un ni l'autre ils n'avoient eu le ten:ips De composer leur mine et leur visage.

L'époux vit bien qu'il falloit être sage; Maie sa moitié pensa tout découvrir.

J'en suis surpris : lemrnes savent mentir, La moins hai)ile en connoît la science ^ Aucuns ont dit qu'Alix fit conscience De n'avoir pas mieux gagné son argeni. Plaignant l'époux, et le dédommageant.

Et voulant bien mettre tout sur son compte. . Tout cela n'est que pour rendre le conte Un peu meilleur. J'ai vu les gens mouvoir Deux questions : l'i.ne, c'est à savoir Si l'époux fut du nombre des confrères, A mon avis n'a point de fondement, Puisque la dame et l'ami nullement Ne prétendoient vaquer à ces mystères; L'autro point est touchant le talion, Et l'on demande eu cette occasion Si, pour user d'une juste vengeance, Prétendre erreur et cause d'ignorance A cette dame auroit éié permis.

Bien que ce soii assez là mon avis, La (lame fut touours inconsolable.

1 Var. du manuscnt ;

J'en suis surpris : la pliis sotte A tuentiT Rsl trf-s-haliile et sait cette science.

Dieu gard de mal celles qu'en cas semblable

11 ne faudroit nullement consoler!

J'en connois bien qui n'en feraient que nve :

De celles-là je n'ose plus parler,

Et je ne vois rien des autres à dire.

riN DE UA CINQUIEME PABTIg.

L La Clochette. L'origine de ce conte n'est pas connue. Le trait que raconte La Fontaine n'a rien qui puisse le rendre excusable. Le conteur disait ci-dessus : .

Ma gagnez, S'il se peut, les intéressés!.

C'est bien le moins, en effet, et l'indulgence ne saurait franchir ces larges limites. Les derniers vers du conte suivant :

Je crois qu'en ce temps-ci

L'on feroit au Scamandre un très-mcchant parti

s'appliqueraient plus justement encore au galant de la Clo^ chetle.

II. Le Fleuve Scamandre. Cette nouvelle est tirée de la dixième des lettres attribuées à Eschine. (Voyez Œuvres complètes de DémosLhènes et d' Eschine, tra.dmtes par Auger, t. II, p. 638.)

Page 1