Édit. 1798, t. I, p. 243 et
Le recueil des Contes de La Fontaine a été grossi de nombreux morceaux qu'on lui a prêtés. On a commencé de son vivant même, et dans une édition sans date et sans nom de libraire, qui paraît une contrefaçon de l'édiiion parisienne de 1669, on a inséré cinq contes dont voici les titres : le. Miaulement des chaltes, l'Enfant, Colin, l'Espagnol, Il vaut mieux manger du lard que de mourir de faim.
Les éditeurs de Hollande qui continuèrent à imprimer le recueil des contes après la mort de la Fontaine cherchèrent à donner du prix à quelques-unes de leurs éditions en y insérant de nouveaux contes. L'édition de 1710 (Amsterdam, Henry Desbordes, 2 vol. petit in- 8") lui atti-ibue des contes intitulés / Oiseau en cage, les Denx Compères, les Noces de Guillot, les Opilations de Sylvie, le Duc d'Albe.
L'édition de 1718 (Amsterdam, Henry Desbordes, deux volumes petit in-12), sans parler des (juiproquo qu'elle eut raison de recueillir, ajoute à l'œuvre de La Fontaine le Con-
tral, la Coulurière, le Gascon, la Cruche, Promellre esl un el tenir esl un autre, et enfin le Rossignol, qui est le même conte que VOisenu en ca'je de l'édition de 1710, auquel on a ajouté un prologue de vingt-trois vers. L'éditeur nous prévient dans sa préface qu'il n'est pas certain que tous ces contes aient été composés par La Fontaine, et nous verrons qu'il avait grandement raison de faire ces réserves.
Kn 1732, sous la rubriiiue d'Amsterdam et d'Etienne Lucas, libraire de cette ville, on fit une nouvelle édition qui nonseulement reproduit les contes attribués à La Fontaine par l'éditeur de 1718, mais y ajoute un conte intitulé le Coup de corne.
En 17/i8, l'édition de Londres, 2 vol. in-12, reproduit la Cunlurière, le Gascon, la Cruche et le Rossignol, « qui, dit l'éditeur, n'approchent que médiocrement des contes de La Fontaine ». Le Contrai se trouve compris parmi ceux qu'on ne lui conteste pas.
Dans le Voyage de M. de Cléville (Londres, 1750, in-12), un conte intitulé les Effets de la nature est attribué à La Fontaine. On l'y trouve à la page 31 sous ce titre : Essai de conte, qui semble donner un démenti à l'avis au lecteur qui le précède, et qui est ainsi conçu : « Quoicfue tous les ouvragi^s des grands hommes ne soient pas parfaits, dans ceux qu'ils regardent eux-mêmes comme indignes de leur appartenir on trouve cependant toujours ces traits brillants qui les caractérisent. Le conte qu'on va lire est le premier que le fameux La Fontaine ait rimé. Je le tiens d'un fort honnête homme qui avait eu des liaisons intimes avec lui, mais je tais son nom par respect pour sa famille, qui tient un rang considérable dans l'Église et dans la robe. Je me llatte que le lecteur me saura quelque gré de faire voir la lumière à une pièce qui pourra l'instruire en l'amusant. »
Cette déclaration n'est pas faite pour inspirer confiance.
Enfin M. P. Lacroix a ajouté à cette suite de productions
apocryphes, dans l'édition des Contes qu'il donna en 1858, les Deux TeslmneiUs extraits des manuscrits de Trallage, et, dans ses Œuvres médites de La Fontaine (1863, L. Haclu'lte et C' ,in-8°), Gros Jeun et son curé eile Procès en impuissance, tirés tous deux d'un Recueil de pièces galantes tant en prose qu'en vers (Utrecht, Antoine Schouten, 1699, petit in-12j.
Ce ^ont, en tout, vingt contes qui ont été, depuis le xvif siècle jusqu'à nos jours, annexés au recueil de La Fontaine. iNous ne croyons pas inutile de reproduire ici la phus grande partie de ces contes, afin de mettre le lecteur à même déjuger ces additions successives. La première série de ces contes, c'est-à-dire ceux de l'édition contemporaine de l'auteur, de l'édition hollandaise de 1710 et de celle de 1718, en tout quinze contes, ont pour eux d'avoir été joints à l'œuvre de La Fontaine, 1«'S uns .le son vivant, les autres peu de temps après sa mort. Nous refusons d'accueillir et le Coup de corne, qui est informe et d'une grossièreté tout à fait révoltante, et les E/l'ets de In Salure, qui trahissent beaucoup trop la supercherie de l'imitateur. Nous réimprimons les Deux Teslameuls, qui racontent une anecdote contemporaine arrivée vers 1688. Si nous nous en rapportons à M. Paul f.acroix, il existe une copie de cette pièce dans un recueil manuscrit de Loménie de Brienne, avec cette note : « On attribue ce conte à M. de La Fontaine, et la chose est vraie à la lettre. Cette histoire vient d'arriver aux prêtres de la mission de Saint-Lazare à Paris, à qui M"" Falentin a donné, de concert avec son mari, tous ses biens. Le fait est certain. Pour le style, il a beaucoup de l'air de celui de La Fontaine, et je ne voudrois pas dire que ce conte ne fiît pas de lui, mais je ne voudrais pas aussi assurer qu'il en est. » Il nous semble 'que, précisément à cause du bruit que dut faire l'événement dans le public, si La Fontaine, alors dans toute sa réputation, avait rimé l'historiette, il n'y aurait pas d'incertitude à cet égard. Mais il suffit que le nom du poëte y ait été rattaché plus ou moins légèrement par un
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contemporain, pour qu'il y ait intérêt à mettre l'œuvre sous les yeux du lecteur. Le texte est celui publié par M. Paul Lacroix. Nous donnons aussi Gros Jean el son curé et le Procès en impuissance, d'après le même éditeur.