L'ESPAGNOL
Un Espagnol avoit dans sa maison Une peste, une fausse lame.
Un diable familier, c'est-à-dire une femme Qui n'entendoit ni rime ni raison.
En vain, pour la rendre docile,
Ce inari, passable escrimeur, Lnployoit dans le lit sa force et sa vigueur; Il trouvoit cependant son remède inutile. Il cousultoit ses amis, ses parents,
Qui, juges de leurs différends,
Terminoient parfois leurs querelles, Mais qui, lassés de voir et naître et pulluler
Des riottes* continuelles,
J\'e voulurent plus s'en mêler.
Il fut contraint de prendre patience, Et d'imiter ces oiseaux passagers Qui, bâtissant leurs nids même dans les clochers,
Ont une si forte assurance
Que, sans s'étonner du grand bruit,
Ils entendent le son des cloches,
Et ne craignent pas les approches
Des gens qui sonnent jour et nuit.
Notre Espagnol, en savant politique, Méditant donc un remède à ses maux, Dissimuloit sa peine et ses travaux.
Et caressoit son diable domestique.
Quand il lui vint un affaire pressant -
Qui le contraignit d'entreprendre,
Sans différer et sans attendre.
Un voyage vers le Levant.
Il dresse, à cet effet, son petit équipage.
Et prépare, pour son voyage.
Tout ce qu il croit qui lui fera besoin.
Mais sa femme, par un caprice.
Dit qu'elle veut l'accompagner si loin.