LES NOCES DE GUILLOT
CO^TE TIRÉ DE MACHlAVtL,
Dans les noces toujours se disent les bons mots, Car la joie et l'amour vont d'une même route :
Tous deux ouvrent l'esprit sans doute ; Et si dans ces endroits il s'y fait quelques sots.
Si l'on y voit germer les têtes Des bêtes,
C'est pour le compte des traitant;- ; • Car le reste des assistants
Ne songe qu'à manger et rire.
Sur ce sujet, il me souvient D'un conte qu'on m'a fait, qui fort à propos vient. Et, tel qu'on me l'a fait, je m'en vais vous le dire.
Aux noces d'un certain Guillot,
Je ne sais s'il y fut fait sot;
Mais je sais que grosse cohorte
De gens de différente sorte
Et de différent sexe aussi,
y goba maint chasse-souci ' ;
Surtout de certaines commère?-,
Fort friandes des bonnes clière?,
1, Ce sont saus doute des verrts de viu, des rasades
A P l' E N D I C e Jô
Et de certains encolletés ' S'y tinrent tous pour invités, Car la fête jamais ne se trouveroit bonne, Surtout quand femme 11 y a.
Si quelque abbé n'assistoit en personne. Pour entonner I'alleluia, Ou pour cajoler. Tant y a Que dans cette noce-ci Trois commères sans souci, Un homme et sa femme aussi, Et cei tain porte-soutane.
S'y trouvèrent en caravane.
L'abbé étoit rêveur, triste comme la mort; Mais il n'avoit pas tout le tort, Puisque l'on enlève sa mie :
C'est sa tonton qui se marie.
C'étoit assez pour en devenir fol, Et pour s'aller casser lo col.
Enfin, après bon vin, bon pain et bonne chère,
La femme parla la première; De la nouvelle épouse elle dit les bijoux, La dot qu'elle porte à l'époux, Ses fonds, ses biens et ses chtvances.
Ses qualités, ses allianct;s.
Enfin que les conjoints sont à jamais heureux. « Il n'est que moi de malheureux.
Dit le mari d'un ton fort pitoyable; Tu ne m'as pas porté la corne d'un seul diable*... — Écouttz-le! dit la femme en courroux; Sachez, mon très-incrat époux, Que je n'ai pas porté la corne d'un seul diable,
î. Pelits-collet.i, abbés sans abbaye.
2. Cette expression proverbiale équivalait sans doute à coi-iie d'abondamr. Oo disait de même : « Le diable pourrait mourir que je n'hérilera s pas de ses cornes.
Contes T. TT.
Mais mille cornes d'autres gens,
Dont nous lirons bien de l'argent. r<
Cependant la commère Aimée,
Du jus de Bacclms animée, Lors s'écrie en riant : « Je vois en ce réduit Un lit.
Qui servira toute la nuit.
De cliamp à sanglante bataille,
Mais pourtant dé celles qu'on baille
Sans grand courroux et sans grand bruit. Nos champions déjà semblent se mettre en ordre;
Leurs yeux commencent leur t'ébat;
Ils se défient au combat.
Ils enragent de s'entre-mordre,
Et comme de vrais inhumains,
Ils désirent d'en être aux mains.
Voyez comme les yeux leur brillent :
Pour le combat comme ils pétillent 1
Je crains qu'en cette occasion
Il n'y ait quelque effusion De sang humain ou de quelque autre chose.
Qu'ici vous étaler je n'ose.
— Oii! pour moi, Lucrèce reprit, Je n'ai pas beaucoup de l'esprit; Mais je n'ai jamais pu comprendre
Comme une jeune fille, et délicate et tendre. Peut se résoudre de coucher Avec un garçon en chemise, Et je serois bien entreprise S'il me venoit ainsi toucher'.
— Vovez-vous la sainte Nitouche*!