‹ ContesChapitre 173 sur 193 · LA COUTURIÈRE · texte numérisé non relu

LA COUTURIÈRE

Certaine sœur, dans un couvent,

Avoit certain amant en ville,

Qu'elle ne voyoit pas souvent; La chose, comme on sait, est assez difficile. Tous deux eussent voulu qu'elle l'eût été moins; Tous deux, à s'entrevoir, apportoient tous leurs soins Notre sœur en trouva le secret la première : Nounettes, en ceci, manquent peu de talent.

tlle introduisit le galant,

Sous le titre de couturière,

Suus le litre et l'habit aussi.

Le tojr ayant bien réussi,

Sans causer le moindre scrupule, Nos amants eurent soin de fermer la cellule, Et passèrent le jour assez tranq lillem -nt

A coudre, mais Dieu sait comment.

La nuit vint ; c'étoit grand dommage,

QuanJ on a le cœur à l'ouvrage.

11 fallut le quitter: « Adieu, ma sœur, bonsoir

— Couturière, jusqu'au revoir! »

Et ma sœur fut au réfectoire,

Un peu tard, et c'est là le fâcheux de l'histoire. L'abbesse l'aperçut, et lui dit, en courroux:

« Pourquoi donc venir la dernière?

— Madame, dit la sœur, j'avois la couturière.

— Vos guimpes ont donc bien des trous,

Pour la tenir une journée entière?

Quelle besogne avez-vous tant chez vous.

Où jusqu'au soir elle soit nécessaire?

— Elle en avoit encor, dit-elle, pour veiller; Au métier qu'elle a fait, on a beau travailler, On y trouve toujours à faire »

Je soupçonne fort une histoire.

Quand le héros en est l'auteur.

L'amour-propre et la vaine gloire Rendent souvent l'hoinme vanteur.

On fait toujours si bien son compte Qu'on tire de l'honneur de tout ce qu'on raconte

A ce propos, un Gascon, l'autre jour,

A table, au cabaret, avec un camarade,

De gasconnade en gasconnade,

Tomba sur ses exploits d'amour.

Dieu sait si là-dessus il en avoit à dire 1

Une grosse servante, à quatre pas de là,

Prêtoit l'oreille à tout cela, Et faisoit de son mieux pour s'empêcher de rire. A l'entendre conter, il n'étoit, dans Paris, De Chloris Dont il ne connût la ruelle, Dont il n'eût eu quelques faveurs ; Son air étoit le trébuchet des cœurs.

Il aimoit celle-là, parce qu'elle étoit belle;

Celle-ci payoit ses douceurs :

Il avôit chaque jour des garnitures ' d'elle;

De plus, s'il étoit fort heureux.

Il n'étoit pas moins vigoureux :

Telle dame en étoit amplement assurée;

A telle autre, en une soirée, 11 avoit su donner jusqu'à dix fois l'assaut.

Ah ! pour le coup notre servante Ne put pas s'empt^cher de s'écrier tout haut :

« Malepeste ! comme il se vante !

Par ma foi ! je voudrois avoir ce qu'il s'en faut. »

LA CliUCHE.

Un de ces jours, dame Germaine,

Pour certain besoin qu'elle avoit.

Envoya Jeanne à la fontaine ;

Elle y courut: cela pressoit.

Mais, en courant, la pauvre créature

Eut une fâcheuse aventure.

Un malheureux caillou, qu'elle n'aperçut pas.

Vint se rencontrer sous ses pas.

A ce caillou, Jeanne trébuche.

Tombe enfin et casse sa cruche.

Mieux eût valu cent fois s'être cassé le cou!

1. Rubans pour garnir répée, le haut-de-chausses ; dentelles pour «arnit les manchettes, la chemise, etc.

Casser une cruche si l)elle !

Que faire? Que deviendra-t-elle?

Pour en avoir une autre elle n'a pas un sou.

Que! bruit va faire sa maîtresse,

De !^a nature très-diablesse !

Comment éviter son courroux?

Quel emportement ! Que de coups!

(' Oserai -je janais me r'offrir à sa vue? Non, non, dit-elle enfin ; il faut que je me tue. Tuons-nous! » Par bonhenr, un voisin' près de là

Accourut, entendant cela;

Et, pour consoler l'affligée, Lui chercha les raisons les meilleures qu'il put;

Mais, pour bon orateur qu'il fut,

Elle n'en fut point soulagée ; Et la belle, toujours s'arrachant les cheveux, Faisoit coul'^r deux ruisseaux d^ ses y nix : Enfin vouloit mourir : la chose étoit conclue.

« Eh bien, veux-tu que je têtue?

Lui dit-il. — Volontiers. » Lui, sans autre façon.

Vous la jette sur le gazon.

Obéit à ce qu'elle ordonne, A la tuer des mieux apprête ses efforts.

Lève sa cotte, et puis lui donne

D'un poignard à travers le corps.

On a grande raison de dire Que pour les malheureux la mort a ses plaisirs: Jeanne roule les yeux, se pâme, enfin expire ;

Mais après les derniers soupirs,

Elle remercia le sire :

« Oh ! le brave homme que voilà !

Grand merci, Jean ! Je suis la plus humble des vôtres.

Les tuez-vous comme cela?

Vraiment, j'en casserai bien d'autres!»

lOO APPENDICE.

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