‹ ContesChapitre 174 sur 193 · ET TF. NIR EST UN AUTRE · texte numérisé non relu

ET TF. NIR EST UN AUTRE

Jean, amoureux de la jeune Perrette,

Ayant en vain auprès d'elle employé

Soupirs, serments, doux jargon d'amourette.

Sans que jamais rien lui fût octroyé,

Pour la fléchir s'avisa de lui dire,

En lui montrant de ses mains les dix doigts.

Qu'il lui pourroit prouver autant de fois

Qu'en fait d'amour il étoit un giand sire.

De tels signaux parlent éloquemment,

Et, pour toucher, ont souvent plus de force

Que soins, soupirs, et que tendre seruient:

Perrette aussi se prit à cette amorce.

Jà ses resiards sont plus doux milli^ fois ;

Plus de fierté: l'amour a pris sa place;

Tout est changé jusqu'au son de sa voix.

On souffre Jean, voire même on l'agace,

On lui sourit ; on le pince parfois ;

Et le galant, voyant l'heure venue,

L'heure aux amarits tant seulement connue,

Ne perd point temps, prend quelques menus droits,

Va plus iivant, et si bien s'insinue

Qu'il acquitta le premier de ses doigts;

Passe au second, au tiers, au quatrième.

Reprend haleine, et fournit le cinquième.

Mais qui pourroit aller toujours de même?

Ce n'est moi jà, quoique d'âge à cela ;

Ne Jean aussi ; car il en resta là.

Perr.tte donc, en son compte trompée,

Si toutefois c'est tromper que ceci:

Car j'en connois mainte très-haut huppée

Qui voudroit bien être trompée ainsi ;

Perrette, dis-je, abusée en son compte,

Et ne pouvant rien de plus obtenir,

Se plaint à Jean, lui dit que c'est grand'honte

D'avoir promis et de ne pas tenir.

Mais, à cela, cettui trompeur apôtre.

De son travail suffisamment content,

Sans s'émouvoir, répond, en la quittant :

« Promettre est un, et tenir est un autre.

Avec le temps j'acquitterai les dix:

Kn attendant, Perrette, adieu vous dis M »

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