LES OIES DE FRÈRE PHILIPPE
Frère Philippe souhaité Avoit force dévots, de dévotes pas une,
Car il n'en vouloit point avoir.
Sitôt qu'il crut son fils ferme dans son devoir,
Le pauvre homme le mène voir
Les gens de bien, et tente la fortune.
Ce ne fut qu'en pleurant qu'il exposa ce fils.
Voilà nos ermites partis; Ils vont à la cité, superbe, bien bâtie,
Et de tous objets assortie :
Le prince y faisoil son séjour.
Le jeune homme, tombé des nues, Demandoit: « Qu'est-ce là ? — Ce sont des gens de cour... — Et là ? — Ce sont palais. . . — Ici ? — Ce sont statues. » 11 considéroit tout, quand de jeunes beautés
Aux yeux vifs, aux traits enchantés, Passèrent devant lui. Dès lors nulle autre chose
Ne put ses regards attirer.
Adieu palais, adieu ce qu'il vient d'admirer. Voici bien pis, et bien une autre cause D'étonnement.
Ravi comme en extase à cet objet charmant :
« Qu'est-ce là, dit-il à son père,
Qui porte un si gentil habit V (Somment l'appelle-t-on ? » Ce discours ne [)lut guère
Au bon vieillard, qui répondit :
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« C'est un oiseau qui s'appelle oie.
— 0 l'agréable oiseau ! dit le fils plein de joie. Oie, hélas ! chante un peu, que j'entende ta voix!
Peut-on point un peu te connoître^?
Mon père, je vous prie et mille et raille fois,
Menons-en une en notre bois,
J'aurai soin de la faire paître. »