Je dis mal, je me trompe sans doute
S. La Fontaine a expliqué ailleurs ce qu'il laisse deviner ici :
Heureux cent fois plus qu'il n'ayoil été : Car, quand l'amour d'un et d'autre côté Veut s'entremettre, et prend part à l'affaire. Tout va bien mieux, comme m'ont assuré Ceux que l'on tient savants en ce mj-stère.
Voyez t. m, p. 46.
NIGAISE.
Un apprenti marchand étoit,
Qu'avec droit Nieaise *■ on nommoit,
Garçon très-neuf hors sa boutique
Et quelque peu d'arithmétique;
Garçon novice dans les tours
Qui se pratiquent en amours.
Bons bourgeois du temps de nos pères
S'avisoient tard d'être bons frères;
Ils n'apprenoient cette leçon
Qu'ayant de la barbe au menton.
Ceux d'aujourd'hui, sans qu'on les flatte,
Ont soin de s'y rendre savants
Aussitôt que les autres gens.
1. Le nom de Nieaise dérive du vieux mot français nice, signifiant : Bimple innocent, niais, que La Fontaine a employé. (Voyez t. III, p. 93.)
On a vu, dans la Mandragore, le nom italien Nicia présenter la même signification.
NIGAISE. 89
Le fouYenceau de vieille date,
Possible un peu moims avancé,
Par les degrés n'avoit passé.
Quoi qu'il en soit, le pauvre sire
En très-beau chemin demeura.
Se trouvant court par celui-là r
C'est par l'esprit que je veux dire.
Une belle pourtant l'aima;
G'éloit la fille de son maître,
Fille aimable autant qu'on peut l'être,
Et ne tournant autour du pot\
Soit par humeur franche et sincère.
Soit qu'il fut force d'ainsi faire.
Étant tombée aux mains d'un sot.
Quelqu'un de trop de hardiesse
Ira la taxer; et moi, non :
Tels procédés ont leur raison ;
Lorsque l'on aime une déesse.
Elle fait ces avances-là :
Notre belle savoit cela.
Son esprit, ses traits, sa richesse,
Engageoient beaucoup de jeunesse
A sa recherche ; heureux seroit
1. C'est-à-dire n'hésitant pas, n'étant pas embarrassée; expression
proverbiale.
Hé 1 faut-il tant tourner autour du pot?
(Racinb, les Pin ideurs, acte m, se. m.)
Celui d'entre eux qui cueilleroit, En nom d'hymen, certaine chose Qu'à meilleur titre elle promit Au jouvenceau ci-dessus dit:
Certain dieu parfois en dispose, Amour nommé communément.
Il plut à la belle d'élire Pour ce point l'apprenti marchand.
Bien est vrai, car il faut tout dire, Qu'il étoit très-bien fait de corps, Beau, jeune, et frais ; ce sont trésors Que ne méprise aucune dame, Tant soit son esprit précieux. Pour une qu'Amour prend par l'ânae, Il en prend raille par les yeux.
Celle-ci donc, des plus galantes, Par mille choses engageantes, Tâchoit d'encourager le gars, N'étoit chiche de ses regards, Le pinçoit, lui venoit sourire, Sur les yeux lui mettoit la main.
Sur le pied lui marchoit enfin.
A ce langage il ne sut dire Autre chose que des soupirs, Interprètes de ses désirs.
Tant fut, à CQ que dit l'histoire,