V.n amour da, non en guerre : il ne faut
Prendre ceci pour guerrière bravade,
Ni m'enrôler là-dessus malgré moi.
Que l'autre usage ait la raison pour soi,
Je m'en rapporte, et reviens à l'histoire
Du receveur, qu'on mit en purgatoire
Pour le guérir; et voici comme quoi.
Par le moyen d'une poudre endormante,
L'abbé le plonge en un très-long sonimeil.
On le croit mott; on l'enterre; l'on cliaiite.
Il est surpris de voir, à son réveil,
Autour de lui gens d'étrange manière:
Car il étoit au large dans sa- bière,
Et se pouvoit lever de ce tombeau
Qui conduisnit en un profond caveau.
D'abord la peur se saisit de notre homme.
Qu'est-ce cela? songe-t-il? est-il mort?
Seroit-ce point quelque espèce de sort?
Puis il demanrle aux gens cfunme on les nomme,
Ce qu'ils font là, d'où vient que dans ce lieu
L'on le retient ; et qu'a-t-il fait à Dieu ?
L'un d'eux lui dit: « Console-toi, Féronde;
Tu te verras citoyen du haut monde
Dans mille ans d'hui ', complets et bien comptés;
Auparavant il faut d'aucuns péchés
Te nettoyer en ce saint purgatoire :
Ton âme un jour plus blanche que l'ivoire
En sortira. » L'ange consolateur
Donne, à ces mots, au pauvre receveur
Huit ou dix coups de forte discipline,
En lui disant: « C'est ton humeur mutine,
Et trop jalouse, et déplaisant à Dieu ^
Qui te retient pour mille ans en ce lieu. »
Le receveur, s'étant frotté l'épau'e,
Fait un soupir : « Mille ans ! c'est bien du temps! »
Vous noterez que l'ange étoit un drôle.
Un frère Jean, novice de léans.
Ses compagnons jouoient chacun un rôle
Pareil au sien dessous un feint habit.
Le receveur requiert pardon, et dit:
« Las ! si jamais je rentre dans la vie.
Jamais soupçon, ombrage, et jalousie.
Ne rentreront dans mon maudit esprit :
Pourrois-je point obtenir cette grâce? »