CONTES DE VI S A Y AM AT Y A
Visayâmatya, l’entendant venir, murmura : « Il y a une raison pour le dire et une raison pour ne pas le dire. » Le roi ayant entendu ces mots se retira et rentra chez lui. Au cours de la troisième veille, il se leva encore de sa couche, reprit son glaive et sortit. L’intelligent officier, le voyant revenir, dit : « Le malheur est sur elle ou bien sur moi. » Entendant ces mots, le roi 11e tua point son officier et rentra dans son château bien décidé à découvrir le sens des trois phrases énigmatiques qu’il avait entendues sortir de la bouche de Visayâmatya.
Cela décidé, le roi prit sa douche journalière, s’habilla, puis déjeûna. Son repas terminé, il envoya chercher Visaya pour lui demander, devant tous les autres amatyas, dans la salle des audiences royales, quel était le sens des trois phrases qu’il lui avait entendu prononcer.
En ce temps-là, un chef des marchands ( sêthey ) étant mort, ses deux fils se disputèrent au sujet du titre de sêthey que leur père avait reçu du roi conformément à la coutume ancienne, et dans lequel chacun
d’eux prétendait succéder. Le frère aîné, dans ce but, s’attribua la maison paternelle, mais le cadet alla trouver le roi et lui demanda de le nommer sêthey à la place de feu son père, puis il offrit 300.000 dâmlœng d’or au roi. Le roi accepta le présent et lui dit d’attendre encore sept jours, puis qu’il le nommerait sêthey pour succéder à son père, si, d’ici là, aucune opposition sérieuse n’était produite. Ayant ainsi fait cette promesse, le roi sortit de chez lui pour voir si l’officier de garde dormait. L’ayant trouvé endormi, il lui coupa la tête et lajeta dans le yant.
A la même époque, un prince fils du roi était devenu l'amant de la fille d’un amatya, et la reine avait pris pour amant un amatya du roi. Et ces trois choses étaient alors un grand malheur pour le roi, car il était présumable que la première était déjà connue de tout le peuple, que l’autre était connue de beaucoup et que quelques-uns savaient déjà la troisième.
Visaya étant arrivé à l’audience royale, le roi lui demanda ce que signifiaient les paroles qu’il lui avait entendu dire au cours
CONTES DE VISAYAMATYA
de la première veille de la dernière nuit : « Je ne sais si je le dirai ou si je ne le dirai pas. » L’amatya répondit : « Vous avez reçu, ô roi, un cadeau de l’un des fils du sêthey qui désire que vous le nommiez sêthey à la place de feu son père. Les habitants du royaume savent cela et j’avais l’intention de vous prévenir [afin que vous ne donniez pas ce titre pour de l’argent]. Mais j’étais hésitant, parce que je craignais que si je vous disais cette chose, vous me traitiez de méchant, et parce que j’avais peur que, si je ne vous la disais pas, les habitants, trouvant que vous étiez un mauvais roi, vous détrônassent. Cette dernière crainte m’avait été suggérée par le brahmane ermite. »
Le roi dit : « Ah ! l’ermite vous a dit cela ! »
L’amatya voyant le danger que courait l’ermite, ajouta :