‹ Contes laotiens et contes cambodgiensChapitre 6 sur 13 · CONTES DE VIS A YAMATY A I I · texte numérisé non relu

CONTES DE VIS A YAMATY A I I

Pendant que ces choses se passaient à la porte de la ville royale, un accident du même genre se produisait sous la chambre à coucher que le roi habitait en son château (pràsath). Un des amatyas, gardien de cette partie du palais, voyant cette ouverture exactement sous la chambre royale, alla de suite prévenir le roi et le roi comprit que la terre s’était entr’ou verte sous sa chambre parce qu’il avait prononcé une sentence avant d’avoir examiné la cause.

Je ne veux pas vous laisser sortir, ajouta le chef des gardiens de la porte du sud, parce que j’ai peur qu’il m’arrive la même chose.

Ayant entendu cette histoire, les bourreaux n’insistèrent pas et s’en allèrent à la porte de l’ouest avec leur condamné. Mais à cette porte encore, le chef des gardiens refusa de les laisser passer parce que la coutume ancienne, disait-il, défend qu’011 exécute un condamné la nuit. « Je ne veux pas, ajouta-t-il; éprouver les remords que le roi de Pansey éprouva jadis pour avoir condamné injustement à mort sa reine qu’un

merle méchant avait accusé de vouloir l’empoisonner. »

Puis ce chef des gardiens raconta aux bourreaux cette histoire :

La Reine innocente

Le merle du roi de Pansey, étant très jaloux de la reine parce que le roi marquait plus d’affection à son épouse qu’à lui-nrême, résolut de la perdre. Il l’accusa à son insu d’avoir voulu empoisonner le roi, et d’avoir été incitée à ce crime par un génie méchant, chef des sorciers, car, ajouta- 1- il, elle est aussi sorcière. « Si « vous ne me croyez pas, ô roi, et si vous « voulez en avoir une preuve, ne vous « endormez pas cette nuit près de la reine, « veillez, mais faites semblant de dormir, « et vous sentirez que le chef des sorciers « viendra vous tâter le derrière. Si vous « sentez sa main, vous aurez la preuve « que la reine est sorcière et qu’ils mani- « gancent ensemble quelque chose contre « vous. »

Ayant dit cela au roi, le merle alla trouver la reine et lui dit : « Le roi vient

CONTES DE VISAYAMATYA

« de boire une médecine pour se fortifier « et cette médecine a la propriété de faire « pousser une courte queue à ceux qui la « prennent. Cette nuit, quand le roi dor- « mira près de vous, tâtez lui le derrière et « vous y sentirez qu’une queue y aura « poussé. » La reine, très surprise de ce que le merle lui disait, demanda : « Est-ce « que vraiment il va naître une queue au « roi, oui ou non ? » Le merle lui répondit : « Oui assurément, touchez lui le derrière « cette nuit quand il dormira, et vous la « sentirez. »

Extrêmement intéressée et très curieuse, vers la moitié de la nuit, la reine, croyant que le roi dormait profondément, lui tâta le derrière pour s’assurer qu’il s’y trouvait une queue. A cet attouchement qu’il prit pour celui du génie chef des sorciers, le roi crut que la reine aussi était sorcière. Il bondit hors de sa couche, prit son glaive royal et, sans plus examiner l’affaire, tua sa reine. Or, il apprit plus tard que tout cela avait été machiné par son merle, que la reine qu’il avait tuée dans sa colère en la frappant de son glaive était innocente, et il en eut un remords si cuisant

qu’il s’en fallut peu que sa poitrine se brisât. — Conséquemment, termina le chef des gardiens, j’ai peur qu’il m’arrive la même chose et je refuse de vous laisser sortir par cette porte.

Voyant qu’on refusait de les laisser passer par cette porte de l’ouest, les bourreaux emmenèrent le condamné et s’en allèrent à la porte du nord. A cette porte encore, le chef des gardiens refusa de leur livrer passage. Il leur parla ainsi : « Je crains trop qu’il m’arrive ce qui est arrivé à un certain roi » Et il leur raconta cette histoire :

Le grand Amatya innocent

Un roi avait quatre grands amatyas, qu’il aimait beaucoup, et ce roi avait aussi une reine très belle pour laquelle il éprouvait un profond amour. Ayant été obligé de quitter son palais pour aller faire la grande guerre, il donna l'ordre aux quatre amatyas de venir, chaque nuit, l’un ou l’autre, coucher au palais afin de veiller sur sa reine. Puis il partit pour faire la grande guerre et les quatre amatyas, obéissant au

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