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lui dit qu’elle était très désireuse de se réconcilier avec lui, mais qu’elle ne serait vraiment son épouse que s’il consentait à lui faire connaître sa puissance de transformation magique. Le séna bodey au corps de roi lui dit qu’il la désirait tant qu’il était prêt à lui donner de suite satisfaction. La reine fit alors apporter un cerf mort et le séna bodey, afin de montrer sa puissance, fit passer dans ce corps mort sa vie, son intelligence et sa sensibilité. Le corps du roi, vidé de la vie et de l’intelligence du séna bodey resta gisant et mort devant la reine. Le perroquet dont le séna bodey ne s’était pas méfié, voyant son ancien corps libre de la vie du ministre, se réjouit en lui-même. Et sa vie, son intelligence et sa sensibilité, par sa propre puissance, quittèrent le corps de l’oiseau et rentrèrent dans son propre corps. Cela fait, la reine donna l’ordre de tuer le cerf animé par le principe de vie et l’intelligence du séna bodey. Avec la vie de ce cerf s’éteignit tout ce qui concourait à la formation du ministre.
Quant au roi et à la reine, redevenus mari et femme, il continuèrent de régner
homme ressemblant à son maître aller puiser de l’eau au rivage royal d’un royaume voisin, résolut de l’enlever et de le ramener dans son palais. Mais comme il n’avait pas confiance dans les dispositions du roi du pays voisin, il résolut d’apprendre availt de rien tenter les formules magiques (i) qui lui permettraient d’échapper aux dangers qu’il pourrait avoir à courir. Il alla trouver un mahàrshi très savant en magie et se mit à étudier les sciences secrètes sous sa direction. Quand il fut assez instruit pour savoir transformer une pierre en un lingot d’or, il partit pour aller chercher son maître, et s’engagea dans la forêt du froid (2). Parvenu au bord d’un bassin, il aperçut, sans se montrer, une troupe de Kînaras (3) qui étaient occupés à s’enduire le corps avec la sève qui suintait de l’écorce d’un certain arbre.
Il vit que sous l’influence de cette
(j) Visés mûnt.
(2) Hemmovan, du pâli Hémavana, Himalaya.
(3) Etres à têtes, bras et bustes humains, dont toute la partie du tronc depuis la ceinture est de coq, d’autruche plutôt. Le féminin de Kînara est Kinari,
COXTKS LAOTIKNS
sève les Kînaras se transformaient en éléphants. Quant ils furent las de s’amuser sous cette forme, il vit qu’ils prenaient l’écorce d’un autre arbre, s’enduisaient le corps avec la sève qui en sortait et que, sous son action, ils reprenaient leur forme de Kînaras et de Kînari. Quand, sans l’avoir découvert, ces êtres eurent quitté le bord du bassin, le conseiller dévoué prit de l’écorce des deux arbres et se remit en route. Il arriva bientôt chez la femme où le roi demeurait, se présenta à tous les deux et proposa au roi de le suivre, mais son hôtesse refusa de le laisser partir sous prétexte qu’il lui devait 10.000 dàmlœng d’or pour dix mois qui s’étaient écoulés au delà du premier mois payé par le roi.
Le conseiller dévoué, entendant cette réclamation, prit une pierre, prononça sur elle une formule magique et remit à la femme un lingot d’or qui valait plus de 10.000 dàmlœng. Cette femme les autorisa à partir. Cependant le séna bodey, se méfiant d’elle, jeta quelques morceaux d’écorce dans l’eau où elle devait se baigner et quand elle s’y plongea elle se trouva de suite transformée en un éléphant.
Le roi voyant cela fut très attristé parce que cette femme lui avait rendu service. Il dit : « J’aimerais mieux perdre une partie de mon royaume que de faire tort à cette femme. Ne pouvez-vous pas rendre à cet éléphant sa forme première ? »
Le conseiller dévoué dit : « Je sais ce qu’il faut pour cela, mais il n’est pas bon que cet éléphant redevienne une femme avant que nous soyons loin d’ici, car dès qu’elle aura repris sa forme de femme elle saura parler et s'empressera d’aller nous dénoncer au roi. » Alors il jeta de la deuxième écorce dans l’eau où cette femme se baignait d’ordinaire et recommanda aux gens qui la servaient d’en baigner l’éléphant à midi et pas avant, s’ils voulaient revoir leur maîtresse sous sa forme première.
Cela fait, le roi et son conseiller dévoué partirent, se dirigèrent rapidement vers la frontière et la franchirent avant qu’il fût midi. A cette heure, les gens de la maison ayant baigné l’éléphant, la femme retrouva sa forme de femme et, tout de suite, s’en alla informer le roi de ce qui venait d’arriver. Le roi envoya des guerriers à la poursuite des deux étrangers, mais, quand ils
arrivèrent à la frontière, les deux l’avaient déjà passée.
A mi-chemin de la frontière à leur ville royale, ils firent la rencontre d’une femme, belle, jolie, charmante, qui jamais n’avait accordé qu’on touchât son corps à moins de 1.000 dâmlceng d’or ; elle aurait eu honte de se donner en amour pour une somme moindre. Le roi désira coucher avec cette femme et chargea son conseiller de s’entendre avec elle. Celui-ci donna 1.000 dâmlœng d’or à la courtisane et conduisit le roi chez elle. Quand tous deux arrivèrent chez cette belle, jolie et charmante femme, elle fit entrer le roi dans sa chambre et conduisit le conseiller dévoué à une autre chambre dont une machine qu’elle déclancha ferma solidement la porte, de manière qu’il se trouva prisonnier. Puis elle s’en alla retrouver le jeune homme que ce vieux lui avait amené et s’amusa toute la nuit avec lui. « J’ai reçu beaucoup d’hommes, des rois mêmes, mais aucun d’eux n’a été avec moi comme ce jeune homme. Il est très intelligent, je veux le prendre pour mon mari. » Le roi qui s’était épris de cette femme resta avec
elle. Six mois après, elle le prévint qu’elle était enceinte. Le roi lui dit : « Voici une bague, elle vaut un royaume pour toi.
Quand tu seras accouchée, si notie enfant est un garçon, tu l’élèveras jusqu’à ce qu’il soit un jeune homme ; alors tu lui remettras cette jolie bague et tu l’enverras me chercher dans la direction où le soleil se lève. Cette bague le conduira jusqu’à moi, car je suis le roi de ce royaume ». Ayant ainsi parlé, le roi et son conseiller dévoué reprirent leur route, arrivèrent à la ville royale, puis au palais, et jusqu’à la fin de leur vie, ils y vécurent très heureux. Voilà comment ce roi qui n’avait pas connu le malheur depuis sa naissance fit connaissance avec lui.
Quand la conteuse cessa de parler, le jour commençait à poindre. Le roi était enchanté d’elle, la trouvait intelligente, si charmante, si belle et si bonne conteuse qu’il ne la tua point et la choisit pour être sa première et sa grande reine (i).
(i) Akkamahesey, du pâli aggctmahesî.
CONTF.S LAOTIENS
Note. — Le dispositif de cette série de contes, c’est-à-dire l’artifice employé pour amener la conteuse à les dire, ainsi que la finale ou conclusion rappellent si bien le dispositif et la conclusion du Livre des Mille et une Nuits qu’on doit admettre que l’auteur s’en est inspiré. (Voyez la traduction littérale de Burton.)
Mais, si je ne me trompe, à cela s’est borné l’imitation, car les contes La Statue vivifiée, le Supplicié et les quatre Prostituées, y compris les sentences données par la conteuse, sont, ainsi que je l’ai dit plus haut, extraits des Kœng Kântray et le récit ne dure pas mille et une nuits.