‹ Contes, lettres et pensées de l'abbé GalianiChapitre 12 sur 33 · LE SYSTÈME DES MONARCHIES · texte numérisé non relu

LE SYSTÈME DES MONARCHIES

A M. Baudouin.

Naples, le 28 novembre 1772.

...Je vois malheureusement que je ne me trompais pas en disant à MM. les éco-

(1) Armand-Henri Baudouin de Guémadeuc, né à

nomistes, qui n’y entendaient goutte dans leur évidence, que le commerce d’exportation- serait souvent préféré à celui de lapprovisionnement d’une province éloignée; qu’on donnerait du pain aux ennemis plutôt qu’aux gens de la maison.

M. l’abbé Ribaud ou Roubaud disait qu’il ne connaissait point d’ennemis ; que tous les hommes étaient frères. C’est bien chrétien et bien peu politique. Enfin cette affaire me paraît gâtée pour longtemps en France ; on n’y suivra ni le système des économistes, ni le mien; on y suivra le système naturel des monarchies, les permissions particulières, les faveurs de la cour, les entreprises des traitants, un coup de plume d’un intendant, une patte de griffe d’un ministre d’État; cependant, la

Colmar le 17 avril 1757, mort à Paris, fut maître des requêtes ; mais des bassesses qu’il fit chez le garde des sceaux de Miroméniî l’obligèrent à vendre sa charge et à s’absenter de la capitale. Il est l’auteur de L’Espion dévalisé, Londres, 1782, in-8. La Lande le cite avec honneur dans sa Bibliographie astronomique.

France existera, puisqu’elle a existé de la sorte pendant huit siècles. On verra que le physique n’est pas changé, et l’on croira que le moral ne l’est pas non plus. On verra que les marronniers des Tuileries ont bien repoussé leurs feuilles au printemps, et l’on ne s’apercevra pas si les gens qui se promènent dessous sont des membres de l’ancien ou du nouveau parlement; c’est l’erreur naturelle des hommes de confondre le physique avec le moral; je ne m’en étonne pas. L’effet physique suit de près la cause ; l’effet moral est très-éloigné. Un orage arrive, et dans l’instant il déracine les vignes ; on fait une faute politique sur le commerce dès vins, il faut attendre deux ou trois générations pour voir que ce malheureux impôt, ce trop bu y imaginé il y a un sièclé, a déraciné plus de vignobles que tous les orages pris ensemble...

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