L’HISTOIRE DU TONNERRE
A Madame de Belsunce.
Naples, le J $ mai 177}.
Il ne suffit pas d’être roué, madame, il faut être poli ; vous savez cela. Par conséquence directe, il ne suffit pas de m’écrire des lettres ; il faut qu’elles soient agréables pour exciter de jolies réponses. Tout est désolant dans votre lettre sans date ; mais ce qui l’est plus pour moi, c’est l’état physique et moral de madame votre mère, souffrante, abandonnée ; rien n’est plus affreux. S’il y avait quelque chose à comparer à cela, ce serait le chagrin qUe me cause ma malheureuse affaire de Merlin.
Vous avez eu beaucoup d’esprit de ne m’en rien dire; mais votre mère, dans son apostille, me l’a gardée pour la bonne bouche. Le moyen d’être gai après cela !
Vous voulez que je vous conte l’histoire du tonnerre ; mais je ne sais pas ce qu’il y a à conter sur cela : il est tombé au milieu d’une grande conversation napolitaine, pour faire voir que la maussaderie napolitaine était à l’épreuve du tonnerre. Personne n’a eu de mal ; il est constant qu’il a passé sous les jupes d’une dame galante qui était sur un sopha. Il a enlevé l’or et respecté le dessous des jupes de cette dame : tant le ciel protège la galanterie lorsqu’elle est bien effrontée! Elle est alors la même chose que la justice, puisque la justice consiste à donner le sien à tout le monde, suum unicuique tribuere. Le chevalier Hamilton, avec une machine électrique très-belle, fait ici la parodie du tonnerre ; mais c’est pour ainsi dire avec les fantoccini qu’il donne Tancrède. Il croit au fil condocteur ; il l’a démontré, il désarme Jupiter. Tout cela serait bel et bon, si Ton ne pouvait mourir autant blessé par le tonnerre que par les pierres qu’il détache ou par l’étouffement de sa puanteur...