‹ Contes, lettres et pensées de l'abbé GalianiChapitre 15 sur 33 · NOTRE CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

NOTRE CORRESPONDANCE

A Madame d’Êpinay.

Naples, le 5 juin 177?.

Vous savez bien, ma belle <|ame, que notre correspondance, après notre mort commune, sera imprimée. Quel plaisir pour nous ! comme cela nous divertira ! Or, je " travaille de toute ma force à faire en sorte que mes lettres l’emportent sur les vôtres, et je commence à me flatter d’y réussir. On remarquera dans les vôtres un peu trop de monotonie d’amitié toujours tendre, toujours affectueuse, toujours caressante, toujours applaudissante; au contraire, les miennes auront une variété charmante:

quelquefois je vous dis des injures, quelquefois des sarcasmes; j’ai une humeur de chien, et même quelquefois je commence

sur un ton et je finis sur un autre, et toujours je me porte bien. Voilà surtout ma grande supériorité, car enfin vos quatre derniers numéros, quelle figure pitoyable et lamentable ne feront -ils pas dans le recueil ?

Admirez donc mon adresse , si je vous dis des injures parfois, et portez-vous bien, quand ce ne serait que pour le succès de notre recueil. Tâchez de m’annoncer vite que vous êtes désobstruée ; sans cela, j’aurai, moi, une obstruction à la tête, et je ne saurai plus que vous dire.

Je viens d’envoyer en présent au pape la carte géographique du royaume de Naples que je fis graver à Paris ; il m’en a remercié par un bref latin qui est des plus pompeux et des plus flatteurs. J’aurais pourtant mieux aimé une médaille d’or; elle figure mieux dans l’inventaire d’un homme de lettres...

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