M. DE BRETEUIL
A Madame d’Êpinay.
Naples, le 18 juin 1774.
...Ce matin a appareillé la frégate française qui vous rend, à notre grand regret, M. de Breteuil (1) et sa fille ; à midi nous l’avons perdue de vue. Il pourra vous arriver en même temps que ma lettre. Il n’y a pas d’exemple d’aucun Français qui ait été plus aimé, plus estimé, plus regretté des Napolitains. Il n’y a qu’un avis, une voix sur cela. Le roi, la reine et la nation entière le regrettent et s® trouvent désolés de son départ. Un seul homme n’en est pas fâché; mais il n’est pas Napolitain. Si vous n’aviez pas saint Irénée et saint Rémi, je soutiendrais que saint Breteuil a été le pre-
(1) Breteuil (Louis- Auguste Le Tonnelier, baron de), né en 1 773, mort le 2 novembre 1807, eut l’ambassade de Naples de 1771 à 1774.
mier des apôtres de la France, du moins à Naples. Son séjour sera remarquable parle changement de nos mœurs et de nos goûts.
Sous son apostolat, nous avons acquis le goût des spectacles français et des ballets décents et sérieux. Aufresne et M. Le Picque seront remarquables dans l’histoire de la révolution des mœurs. Ils ont influé plus qu’on n’imagine sur le tout : ilsontfait plus connaître Voltaire et Diderot, et ces messieurs feront connaître le reste...